Le léopard vice-royal
  1. La gouverneure générale du Canada
  2. Son Excellence la très honorable Julie Payette
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Fonds communautaire de cœur et d’avenir de la Victoria Foundation

Victoria (Colombie-Britannique), le jeudi 19 juillet 2012

 

Je suis honoré de me joindre à vous ici aujourd’hui pour célébrer le lancement du Fonds communautaire de cœur et d’avenir à Victoria.

Lorsque je suis devenu gouverneur général, j’avais l’espoir qu’en parcourant le Canada, en insistant sur l’importance de donner, et en retransmettant vos histoires, je pourrais inspirer d’autres Canadiens à passer à l’action pour améliorer la qualité de vie de leur entourage.

Je ne m’attendais pas à ce que les fondations communautaires de l’ensemble du Canada embrassent cette cause de façon aussi spontanée et enthousiaste. Aujourd’hui, nous célébrons nos collectivités averties et bienveillantes et les efforts que vous déployez pour édifier un Canada toujours meilleur.

Qu’entendons-nous au juste quand nous parlons de collectivités averties et bienveillantes? L’histoire a révélé l’importance de l’esprit communautaire dans l’essence même de notre nation et la nécessité de continuer à œuvrer, ensemble, à l’amélioration du Canada.

La Confédération est peut-être l’un des meilleurs exemples de cette démarche qui nous unit dans la réalisation d’objectifs communs. Depuis ce jour, tous ceux qui ont étudié l’histoire du Canada se sont penchés sur l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, qui stipule que le Canada est un pays fondé sur les principes de la paix, de l’ordre et du bon gouvernement. Mais ce n’est pas tout à fait le fin mot de l’histoire.

Dans son livre intitulé Mon pays métis : quelques vérités au sujet du Canada, John Ralston Saul explique que le mot « ordre » a remplacé, dans la dernière version de l’Acte, un mot plus fréquemment utilisé à l’époque, soit « bien‑être ».

La formulation initiale – paix, bien-être et bon gouvernement – nous éclaire au sujet de notre histoire. Même si le mot « ordre » a remplacé le mot « bien‑être » dans la version définitive, c’est plutôt le concept du bien‑être qui est au cœur de la vision initiale du Canada.

Je ne décortiquerai pas le concept de la paix, de l’ordre et du bon gouvernement, mais permettez‑moi d’approfondir un peu le terme « bien‑être » et la connotation précise qui s’y rattachait déjà à cette époque.

Le mot welfare (ou « bien‑être » en français) est apparu dans de nombreux documents légaux et officiels à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, à l’aube de la Confédération. Cependant, pour véritablement comprendre l’esprit du mot, nous devons non pas examiner le contexte, mais plutôt la traduction française du terme welfare, qui traduit mieux le véritable concept.

Il y a en fait deux définitions que j’aimerais analyser. D’abord le terme welfare est souvent rendu en français par « bien-être » et évoque plus précisément le bien‑être du public.

Par exemple, lorsqu’il parlait de la question de l’immigration, Louis-Hippolyte La Fontaine disait que comme tous ceux qui vivent dans ce pays, ceux qui viennent ici en quête d’une vie meilleure, doivent garder à l’esprit « (…) le bien‑être et la prospérité du Canada ». Autrement dit, tous ceux qui viennent ici doivent contribuer au bien‑être des citoyens de ce pays.

C’est ce que les fondateurs de notre grand pays avaient comme vision. En tant que citoyens du pays, nous devons prendre soin les uns des autres, accepter nos différences, et créer des occasions qui permettront à tout un chacun d’être heureux et de réussir.

Nous pouvons même remonter plus loin dans notre histoire, à l’époque de la Proclamation royale de 1763 et de l’Acte de Québec de 1774, deux textes précurseurs du fondement juridique du Canada actuel. Ce sont les termes « paix publique », « bien-être » et « bon gouvernement » qui figurent dans la Proclamation royale, tandis que l’Acte de Québec parle de « bonheur » et de « bonheur futur », ce qui confirme à quel point ce concept est un aspect fondamental de notre identité nationale.

M. Saul soutient que ce concept n’a pas été importé de l’Angleterre, de la France ou d’un autre pays. Ce sont plutôt les peuples autochtones qui nous ont aidés à définir notre idéal canadien. Il évoque l’exemple du Witaskewin, un concept cri qui signifie vivre en harmonie.

Dans notre pays, c’est une notion que nous chérissons. Nos collectivités se veulent des lieux accueillants où les gens sont invités et encouragés à s’établir. Nous les aidons à trouver leur place au sein de la collectivité et les encourageons à participer à son développement. De cette manière, nous appliquons du même coup un autre concept autochtone, celui du grand cercle qui peut s’agrandir pour inclure d’autres personnes.

Samuel de Champlain comptait certes parmi ceux qui ont compris l’importance de cette sagesse autochtone. Quand il est arrivé au Canada, il a immédiatement constaté que son peuple ne pourrait pas survivre sans l’aide des Autochtones. Il a non seulement accepté leur aide, mais a aussi compris l’importance de former non pas deux peuples dissociés, mais une seule société au sein de laquelle les membres travailleraient au bien‑être de tous.

La deuxième traduction commune du terme anglais welfare est bonheur. M. Saul explique que le concept du bonheur émane de la notion d’épanouissement et de réalisation, qui est elle-même fondée sur le bien‑être d’autrui. Comme il le souligne, le bénévolat signifie aujourd’hui « faire quelque chose pour les autres sur une base continue. Alors, le bonheur pourrait décrire l’état d’un citoyen engagé ou d’une bénévole active. »

Parallèlement, cette pensée peut aussi décrire de façon assez exacte l’action des fondations communautaires. Elles existent non seulement pour aider les collectivités à s’épanouir, mais aussi pour inciter d’autres citoyens à adopter cette cause.

Je suis ravi de constater que le concept du « bien‑être » défini il y a des centaines d’années n’a pas été effacé de notre conscience nationale. En fait, je dirais que le bien‑être ou le bonheur collectif est profondément enraciné dans l’ADN du Canada.

Vous tous ici présents êtes engagés d’une façon qui susciterait la fierté des fondateurs de ce pays. Vous faites évoluer les collectivités dans toutes les directions. Les programmes se succèdent et se complètent pour contribuer à édifier des collectivités averties et bienveillantes. En plus, vous travaillez de concert avec les autres collectivités, toutes un peu différentes les unes des autres, mais toutes fondées sur la même vision d’une nation avertie et bienveillante.

Ici à Victoria, c’est justement cette idée même que vous mettez en pratique. Le nouveau programme de cœur et d’avenir, l’ABC du savoir‑faire physique, représente un moyen formidable de soutenir les enfants, de les aider à lutter contre l’inactivité et d’acquérir de la confiance. En retour, ces enfants pourraient fort bien y trouver de l’inspiration pour aider les autres tout au long de leur vie grâce à la gentillesse qu’on leur aura témoignée dans leur jeunesse. Qui sait ce qu’ils pourront un jour imaginer pour transformer nos collectivités? Et lorsqu’un tel mouvement gagne l’ensemble du pays, le Canada s’en trouve amélioré.

Selon le dicton, il faut tout un village pour élever un enfant. En poussant le raisonnement un peu plus loin, nous constatons qu’il faut tout un assemblage de collectivités averties et bienveillantes, animées par des citoyens engagés, pour construire un pays sain et inclusif.

Je vous ai mentionné qu’en tant que gouverneur général, je voyais à retransmettre vos histoires. C’est d’ailleurs une mission qui m’enthousiasme. Partout où je vais, au Canada et à l’étranger, je parle de ce que j’ai vu, des gens que j’ai rencontrés et des grands progrès que nous avons accomplis en tant que Canadiens pour améliorer notre pays.

Au début du mois, nous avons commencé le décompte des cinq années qui sous séparent du 150e anniversaire de la Confédération. À l’approche de cette étape marquante, je vous pose quelques questions : que pouvons‑nous faire à Victoria, en Colombie‑Britannique, au Canada pour créer une nation plus avertie et plus bienveillante? Quelle contribution offrirons-nous au monde dans cinq ans? Et comment travaillerons‑nous ensemble pour y parvenir?

Grâce au lancement du Fonds communautaire de cœur et d’avenir, la Victoria Foundation est en bonne voie de trouver réponse à ces questions.

Comme vous le dites dans votre rapport Vital Signs, et comme je peux le voir aux quatre coins du pays, vous avez le « cœur » à l’ouvrage et l’« avenir » de vos collectivités en tête.

Toutefois, il ne faut surtout pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons toujours chercher à faire mieux, à stimuler notre créativité, à relever les défis qui se présentent, à obtenir la participation de tous au développement de nos collectivités, et à édifier un meilleur Canada.

Wilfred Laurier a proclamé que le XXe siècle serait le siècle du Canada.

Aujourd’hui, je pense que le XXIe siècle sera celui des collectivités. Ce sont elles qui seront à la base de notre succès et qui définiront la vraie nature du Canada. Nos collectivités ont toujours été des sources de changement, d’innovation et de charité au Canada. Cependant, les collectivités modernes ont de plus grandes responsabilités, et davantage de possibilités s’offrent à elles dans nos sociétés de plus en plus mondialisées. L’amélioration des technologies et leur accès élargi contribuent au rayonnement et favorisent la capacité à collaborer pour léguer un héritage durable aux générations à venir.

Les collectivités peuvent prospérer chacune de leur côté, mais ce n’est que lorsque nous travaillons collectivement que nous pouvons vraiment optimiser notre potentiel en tant que nation avertie et bienveillante.

Il y a encore tellement de perspectives à envisager en ce qui concerne les collectivités averties et bienveillantes, leur évolution et ce qu’elles représentent pour le Canada. J’espère que, tout au long de mon mandat, j’aurai davantage d’occasions de m’adresser à des fondations communautaires de tout le pays pour découvrir tout ce que nous pouvons encore faire de mieux et de plus ensemble.

Félicitations à chacun d’entre vous pour toutes vos réalisations. En tant que deuxième fondation communautaire au Canada du point de vue de l’ancienneté – qui vient de célébrer son 75e anniversaire l’an dernier – vous faites en sorte que le bien‑être des collectivités demeure une partie intégrante de l’ADN du Canada. J’ai bien hâte de voir comment vous vous proposez de continuer à forger les collectivités et le Canada auxquels nous aspirons tous.

Merci.