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Nouvelles

Discours d’ouverture au Congrès des Amériques sur l’éducation internationale

Rio de Janeiro (Brésil), le jeudi 26 avril 2012

 

C’est un plaisir énorme de me trouver parmi de si nombreux collègues. Je vous considère tous comme des collègues parce que j’ai passé une grande partie de ma carrière – près de 45 ans – comme professeur et administrateur d’université. Et même si j’ai maintenant un nouveau travail, je serai toujours un enseignant dans l’âme.

Je me sers toujours des outils que j’ai affûtés durant ma carrière dans l’enseignement, car plusieurs de mes fonctions sont les mêmes – m’adresser à des auditoires vastes et, espérons‑le, attentifs, offrir mes conseils aux jeunes et reconnaître des réalisations remarquables. La seule différence, c’est que je reconnais maintenant les réalisations au moyen du ruban rouge et blanc de l’Ordre du Canada au lieu du stylo rouge que j’utilisais pour noter les examens et les travaux des étudiants.

Avant d’aller plus loin, permettez-moi d’adresser mes remerciements à ceux et celles qui ont travaillé si fort pour organiser le présent congrès. Je pense en particulier aux femmes et aux hommes de l’Organisation universitaire interaméricaine, au Bureau canadien de l’éducation internationale et au Consortium pour la collaboration dans l’enseignement supérieur en Amérique du Nord, qui sont les partenaires fondateurs du Congrès des Amériques sur l’éducation internationale, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada.

J’aimerais aussi remercier tout spécialement nos nouveaux partenaires dans l’édition 2012 de cette magnifique initiative, ainsi que nos hôtes ici à Rio de Janeiro : le Conseil des recteurs des universités brésiliennes, l’Association des Bureaux des relations internationales des institutions d’éducation supérieure du Brésil et l’Université fédérale Fluminense.

Comme plusieurs d’entre vous s’en souviennent peut‑être, le Congrès des Amériques a été lancé à Calgary, au Canada, en 2010. L’un des faits marquants de ce congrès d’inauguration a été la nouvelle selon laquelle le Brésil prendrait la relève et serait l’hôte du deuxième Congrès des Amériques en 2012. Et nous voilà ici aujourd’hui.

Il s’agit de ma deuxième visite au Brésil. Quel pays extraordinaire! Riche en histoire! Rempli de gens chaleureux et généreux! Animé des sons, des couleurs et des saveurs d’un pays dynamique, en plein essor.

Le Brésil connaît une période très stimulante. Votre pays devient incroyablement prospère. Il multiplie ses échanges commerciaux avec les autres pays. Et il est en pleins préparatifs pour la Coupe du monde de la FIFA en 2014 et pour les Jeux olympiques d’été de 2016. Ces deux événements sportifs internationaux de prestige vont sûrement rejaillir très favorablement sur votre merveilleux pays.

Je ne suis pas venu seul non plus. Je suis vraiment honoré de diriger une délégation de 30 recteurs d’universités de partout au Canada qui participent à ce congrès spécial.

Au nom de mes collègues canadiens, je veux remercier les représentants des universités du Brésil de nous accueillir si chaleureusement dans votre pays et à ce congrès. Je me sens si bien d’être ici avec autant d’universitaires.

Je partage les idées de John Masefield, poète officiel de la Grande‑Bretagne pendant de nombreuses années. Il a écrit ces mots : « Il est peu de choses terrestres plus belles qu’une université – le lieu où ceux qui haïssent l’ignorance peuvent s’efforcer de s’instruire, où ceux qui perçoivent la vérité peuvent s’efforcer de la faire comprendre aux autres. »

C’est dans cet esprit de chercher à savoir et d’aider les autres à percevoir ce qui est vrai que je suis venu à Rio de Janeiro. Chercher à savoir et aider les autres à percevoir la vérité n’est certes pas une idée nouvelle. Aristote a dit : « Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître ».

Plus de deux mille ans se sont écoulés depuis qu’il a prononcé cette courte phrase. Je crois que nous devrions reformuler son énoncé pour qu’il reflète davantage les besoins et les aspirations du XXIe siècle : Tous les hommes et femmes de toutes les nations ne doivent pas seulement aspirer au savoir, mais ils doivent aussi aspirer à partager avec le plus grand nombre ce qu’ils savent afin de bâtir un monde averti et bienveillant.

J’utilise ces mots – averti et bienveillant – de façon délibérée. Le jour de mon installation il y a un an et demi, j’ai précisé que je répondrais à l’appel du devoir envers mon pays en rassemblant les Canadiens de tous horizons et de tout âge pour bâtir une nation avertie et bienveillante. Une nation avertie et bienveillante est une nation qui soutient les familles et les enfants, encourage la philanthropie et le bénévolat, et renforce l’apprentissage et l’innovation.

Être ici présents, tous ensemble, est le moyen idéal de nous engager à accomplir cette mission dans chacune de nos nations – en particulier à trouver des façons de renforcer l’apprentissage et l’innovation. Et pour y arriver, le meilleur moyen que je connaisse est de pratiquer ce que j’appelle la diplomatie du savoir.

Que signifie la diplomatie du savoir? C’est notre capacité et notre désir de travailler ensemble et de partager le savoir que nous acquérons et affinons à travers les disciplines et à travers les frontières afin d’améliorer ensemble la condition humaine.

Approfondissons un peu cette définition. Je veux insister sur deux aspects : à travers les disciplines et à travers les frontières. Toute action que nous entreprenons en tant qu’éducateurs, professeurs, chercheurs et innovateurs devrait viser à rapprocher les disciplines entre elles. Pour avoir étudié l’histoire, je sais que les plus grands progrès de la civilisation n’ont pas été accomplis par une seule discipline, mais aux intersections de diverses disciplines.

Leonardo da Vinci a été le maître de l’interdisciplinarité. Ce génie de la Renaissance était vraiment en avance sur son époque quant à sa capacité à fusionner les disciplines des arts et celles de la science afin de faire émerger et d’interpréter le savoir, et ainsi, de faire avancer la compréhension humaine.

Peu d’hommes ou de femmes aujourd’hui possèdent la conscience et les talents extraordinaires de Leonardo. Mais nous pouvons sûrement nous inspirer de son exemple et cultiver des interactions et des liens plus étroits entre les disciplines.

Et non simplement entre des disciplines connexes. Nous devons partager et interpréter le savoir qui existe déjà et stimuler la découverte de nouvelles connaissances en permettant aux anthropologues et aux informaticiens de travailler ensemble. Ou aux psychologues et aux ingénieurs. Ou encore aux historiens et aux planificateurs urbains.

Sait-on quels progrès pourraient être réalisés dans le domaine de la génétique si l’on comprenait mieux la physique quantique? Que pourrait nous enseigner une meilleure compréhension de l’écologie en ce qui concerne les réseaux mondiaux de communication? Nous ne saurons pas quelles grandes découvertes, quelles inventions révolutionnaires et quelles approches novatrices peuvent émerger jusqu’à ce que nous traversions les frontières des disciplines et que nous utilisions davantage la diplomatie du savoir.

L’innovation est un mot que l’on utilise à tout propos. À un tel point qu’il a perdu toute signification universelle. Qu’est-ce au juste que l’innovation? L’innovation n’a rien à voir avec les découvertes ou les inventions, comme le croient bien des gens – même si la découverte et l’invention de nouveaux produits et services, de nouvelles méthodes et de nouvelles machines est essentielle au progrès de l’humanité.

L’innovation consiste à apporter des changements à quelque chose qui est déjà établi, à considérer d’un point de vue différent une idée, un concept ou un produit qui existe déjà, ou encore à le combiner avec une idée, un concept ou un produit sans lien apparent, afin d’améliorer un produit ou un service, ou parfois même d’en créer un complètement nouveau.

Lorsque nous réfléchissons au sens véritable de l’innovation, nous prenons conscience qu’elle n’est possible que si nous collaborons entre disciplines, que si nous exerçons la diplomatie du savoir. Et si nous voulons bâtir des pays et même une planète caractérisés par des économies et des citoyens novateurs, il nous faudra promouvoir et exercer la diplomatie du savoir. C’est aussi simple que cela – et, bien sûr, aussi complexe que cela.

La diplomatie du savoir nécessite également de traverser les frontières. Bien qu’elle fonctionne à plusieurs niveaux géographiques – local, régional et national – je crois qu’elle est dotée d’une puissance particulière lorsque nous traversons les frontières nationales et que nous cultivons des interactions et des liens plus étroits entre les professeurs, les chercheurs, les étudiants et les établissements d’enseignement des divers pays.

L’évolution rapide des technologies de communications nous a permis d’établir plus facilement ces premiers contacts. Mais une fois ceux‑ci établis, nous devons profiter pleinement de la diplomatie du savoir afin de rapprocher les gens entre eux. Nous devons étudier ensemble – face à face. Mener des recherches ensemble. Voyager ensemble. Socialiser ensemble. Converser ensemble de manière informelle. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons libérer le véritable pouvoir de la diplomatie du savoir.

Il n’est donc que logique d’adopter cette sorte d’approche transnationale. Car les défis les plus importants auxquels est confrontée chacune de nos nations sont ou bien de source mondiale ou bien de portée mondiale. Des défis tels que, par exemple, veiller à ce que tous les citoyens aient accès à des soins de santé de qualité, à des aliments sains et de l’eau pure; faire en sorte que les citoyens et l’industrie dans les pays en croissance rapide puissent avoir accès à des sources de carburants renouvelables; faire en sorte que toutes les nations puissent connaître la prospérité tout en préservant leurs terres et leurs cours d’eau, et atténuer les effets nuisibles des changements climatiques.

Notre volonté et notre capacité de pratiquer la diplomatie du savoir détermineront si nous pouvons nous attaquer à ces défis – parmi les plus importants jamais rencontrés dans l’histoire de l’humanité.

L’ampleur de ces problèmes m’amène à poser – précisément – la prochaine question : Pourquoi devons-nous nous engager dans la diplomatie du savoir? La portée mondiale des défis auxquels nous sommes confrontés nous oblige à apprendre ensemble. Mais poussons cette réflexion un peu plus loin. Nous devons nous engager dans la diplomatie du savoir pour les raisons suivantes :

La première raison, c’est pour favoriser le mieux‑être de nos concitoyens dans nos pays respectifs. La qualité de vie de nos concitoyens au quotidien dépend tout simplement de notre capacité comme nation à aider chacun d’eux à accroître leur niveau de savoir. C’est le savoir – et non la force militaire, le PNB ou tout autre indicateur – qui est la mesure véritable de la réussite internationale d’un pays et de la réussite personnelle de chaque citoyen.

À preuve, voyons seulement ce qui se passe dans mon pays. Lors de la crise économique qui a commencé en 2008, les Canadiens âgés entre 20 et 24 ans qui n’avaient pas de diplôme d’études secondaires avaient plus que deux fois moins de chances d’être sans emploi que leurs pairs qui détenaient un diplôme d’études secondaires. C’est un exemple bien simple.

Néanmoins, l’importance d’aider nos concitoyens à développer leur savoir va plus loin que le fait de trouver et de conserver un emploi. Bâtir une nation qui s’emploie tout particulièrement à cultiver et à partager le savoir, c’est bâtir une nation qui permet à ses citoyens d’apprendre à mener une vie épanouissante, gratifiante et significative. Un pays peut-il poursuivre un objectif plus souhaitable et plus profond?

La deuxième raison, c’est de favoriser l’harmonie entre les citoyens de différents pays. C’est un fait de l’histoire que lorsque les nations travaillent, ont des relations commerciales et apprennent les unes avec les autres, elles sont beaucoup moins enclines à se battre les unes contre les autres. Le temps est maintenant venu de partager les apprentissages et le savoir pour créer des liens plus étroits et plus productifs entre les nations. Dans presque toutes les parties du monde, l’information et les idées circulent plus librement, plus rapidement et à moindre coût que jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité. Personne n’est exclu. Sachons tirer profit de l’omniprésence de l’information et des idées pour établir encore davantage de liens entre les citoyens des divers pays.

La troisième raison, c’est de faire des choix plus éclairés. La rapidité et la facilité avec lesquelles s’effectuent les communications dont je viens de parler ont un corollaire : les risques auxquels nous sommes confrontés et les possibilités qui s’offrent à nous sont plus importants que jamais. Le meilleur moyen d’atténuer ces risques et de saisir ces occasions est d’échanger les données disponibles – en particulier les données scientifiques – qui existent relativement à différents défis qui se présentent dans divers endroits du monde. En d’autres mots, la meilleure manière de procéder et de faire des choix judicieux est de pratiquer la diplomatie du savoir.

Les quatrième et cinquième raisons découlent de la pratique de la diplomatie du savoir pour faire des choix plus éclairés. La quatrième, c’est que nous devons nous tourner vers la diplomatie du savoir afin d’améliorer les idées qui existent déjà. Créer un monde dans lequel nous partageons librement le savoir permet aux gens d’améliorer leurs idées en habilitant d’autres personnes à mettre ces idées à l’épreuve de la réalité. Il ne s’agit pas ici de compétition ou de tentative de discréditer les réussites des autres. Il s’agit d’utiliser la diplomatie du savoir pour nous éclairer tous ensemble.

La puissante métaphore de la bougie allumée de Thomas Jefferson illustre ce point. La bougie allumée symbolise non seulement la lumière, mais aussi la transmission du savoir acquis d’une personne ou d’un pays à l’autre. Lorsque ma bougie sert à allumer la vôtre, elle n’en éclaire pas moins. Au contraire. Les flammes de nos deux bougies brillent d’un éclat encore plus puissant sur tout ce qui nous entoure.

La cinquième raison de nous engager dans la diplomatie du savoir, c’est afin de promouvoir et de diffuser les pratiques qui ont fait leur preuve. Travailler ensemble et partager le savoir que nous avons acquis et affiné entre disciplines et entre frontières s’apparente à la méthode scientifique.

L’une des meilleures méthodes d’apprentissage et de découverte dans l’histoire de l’humanité, la méthode scientifique, a fait avancer la compréhension humaine à pas de géant. L’interconnectivité croissante de notre monde – soutenue par le désir et la capacité de partager le savoir – nous donne la possibilité de promouvoir et de diffuser les pratiques qui ont fait leur preuve comme jamais auparavant – en particulier dans les pays où les avantages de la méthode scientifique ne sont pas encore pleinement reconnus.

Il y a peu de pays aussi bien placés que le Canada pour pratiquer la diplomatie du savoir. Pourquoi mon pays est‑il un partenaire si important dans la diplomatie du savoir?

En tant que Canadiens, plusieurs choses militent en notre faveur. D’abord et avant tout, nous croyons profondément en la valeur intrinsèque du fait d’apprendre les uns des autres et de partager ce savoir à grande échelle. Nous y sommes arrivés en toute honnêteté. Si les premiers colons européens venus s’établir au Canada ont pu même survivre, c’est à cause de leur volonté d’en apprendre des peuples autochtones de notre pays.

Cet exemple lointain allait inspirer l’approche ultérieure des Canadiens à l’égard du savoir. L’incarnation même de cette approche, c’est notre système d’éducation. Au Canada, l’éducation est – et a toujours été – un important facteur d’avancement et d’égalité sur le plan économique et social.

Cela n’est pas le fruit du hasard. Aucun autre pays n’a travaillé plus fort que le Canada pour offrir l’égalité des chances en rendant l’éducation de haute qualité largement et librement accessible. Ce faisant, nous avons permis à des générations de Canadiens de surmonter les obstacles qui existent partout – le racisme, le vieillissement, la pauvreté, l’absence de mobilité sociale, les plafonds de verre – et de réaliser leur plein potentiel individuel.

Hugh MacLennan, l’un des grands romanciers de mon pays, a déjà qualifié le Canada de nation de « perdants ». Il n’a pas utilisé ce mot dans son sens péjoratif. Il voulait dire que bon nombre d’entre nous sont venus au Canada – souvent pour fuir l’oppression, la famine ou la guerre dans leur terre natale – afin de bâtir une vie meilleure pour eux et pour leurs enfants. Or la voie de l’avancement et du succès pour des générations de Canadiens a passé par l’accès à une éducation de qualité.

Respecter la promesse d’améliorer la qualité de vie des citoyens permet de transformer sans cesse notre pays. Et ce que ces changements ont permis d’apporter dans mon pays fait du Canada un précieux partenaire dans la diplomatie du savoir.

Aujourd’hui, le Canada se compose de gens qui viennent de partout dans le monde – plus que tout autre pays. Et ce n’est pas seulement parce que nous attirons plus d’immigrants par habitant que toute autre nation, mais aussi parce que nous encourageons les nouveaux Canadiens à préserver et à célébrer les éléments de leur culture qui n’entrent pas en conflit avec les valeurs profondément enracinées qui ont si bien réussi à notre pays. Cette approche équilibrée permet d’enrichir la culture canadienne en intégrant le meilleur de ce que nous apportent les autres.

Cette approche a aussi fait du Canada la terre non seulement de deux langues officielles, mais aussi de nombreuses autres langues. En fait, l’assemblée législative de l’un de nos plus petits territoires a officiellement reconnu 11 langues. Si le fait d’apprendre une nouvelle langue ou de s’adapter aux changements qu’implique une société multiculturelle peut avoir occasionné certaines difficultés pour les Canadiens de ma génération, tel n’est pas le cas pour les Canadiens de la génération de mes enfants ou de mes petits‑enfants. Nos jeunes vivent et épousent cette réalité dans leur salle de classe tous les jours. Les jeunes Canadiens sont l’incarnation même de la diplomatie du savoir.

Mais cette réalité ne signifie pas que les Canadiens s’en contentent. Nous savons que si nous voulons améliorer notre situation au pays, nous devons nous tourner vers le reste du monde – et le faire comme jamais auparavant. C’est la raison pour laquelle les universités au Canada élargissent leurs relations avec des partenaires internationaux, et que nous cherchons à établir des liens de collaboration avec diverses régions des Amériques dans le domaine de la recherche, de l’innovation et de l’enseignement supérieur. La présence dans cette salle, en ce moment même, de 30 recteurs d’université de partout au Canada témoigne de la volonté de notre pays à établir des partenariats, à collaborer ainsi qu’à acquérir et partager le savoir.

Vous n’êtes pas encore convaincus? En ce moment même, des chercheurs canadiens travaillent avec des collègues d’autres pays en vue de cerner les incidences socioéconomiques du vieillissement, de prévenir la propagation de maladies, d’assurer l’approvisionnement en eau et en nourriture saines, d’accroître la sécurité énergétique et d’exploiter le potentiel et les avantages des technologies numériques et de l’information. En effet, les installations de recherche du Canada attirent chaque année des milliers de chercheurs étrangers, ce qui fait du Canada une plaque tournante de collaboration internationale en matière de recherche. Selon les plus récentes statistiques, 6 500 chercheurs de partout dans le monde ont utilisé les installations de recherche ultramodernes des universités et hôpitaux de recherche canadiens, installations qui sont financées par la Fondation canadienne pour l’innovation.

Plus de 900 projets en cours dans ces centres se font en collaboration avec des chercheurs de 73 pays – dont le Brésil.

Nous tous, au Canada et au Brésil, faisons progresser la diplomatie du savoir. Et cela est tout à fait normal. Nos deux pays ont en commun bon nombre d’industries et de secteurs d’intérêt, dont l’aérospatiale, la biotechnologie, la nanotechnologie et l’énergie renouvelable, pour ne nommer que ces quatre. Cette collaboration a porté fruit. Voici deux exemples très concrets :

Marco Prado, originaire du Brésil, qui a été recruté par le Robarts Research Institute de l’Université de Western Ontario, dirige une équipe de scientifiques canadiens et brésiliens qui a découvert un nouveau traitement pour les maladies cardiaques alors qu’elle menait une recherche concernant la maladie d’Alzheimer. Cette réussite a incité M. Prado à promouvoir une collaboration encore plus intense entre les scientifiques de nos deux pays pour des recherches liées aux maladies dégénératives, telles que la maladie de Parkinson et la maladie de Huntington.

Jinyu Sheng de l’Université Dalhousie dirige une équipe internationale de chercheurs de son école et de l’Université de Sao Paulo ainsi que d’autres universités d’Australie et du Royaume-Uni. Ce groupe diversifié de professionnels collabore pour mettre au point des méthodes qui permettraient de prévoir de manière plus précise le déclenchement et les conséquences des tempêtes tropicales et des ouragans.

Ce sont là deux exemples révélateurs de notre réussite dans la mise en œuvre de la diplomatie du savoir. Mais nous n’avons fait que commencer à entrevoir tout ce que nos deux pays peuvent faire ensemble. Voici comment, entre autres, nous pourrions réellement faire avancer les choses. L’an dernier, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a annoncé le lancement de Science sans frontières, un nouveau programme de bourses d’études universitaires destiné à plus de 100 000 étudiants brésiliens de premier et deuxième cycles. J’aimerais que le Canada les accueille tous. Et il y a dans cette salle 30 recteurs d’universités canadiennes qui sont d’accord avec moi.

Je suis sérieux, Mesdames et Messieurs. Le Canada est prêt et déterminé à prendre des mesures vigoureuses pour faire avancer la diplomatie du savoir. Notre gouvernement fédéral a récemment mis sur pied un comité d’experts qui le conseillera sur l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie internationale en matière d’éducation. Le comité recommandera au gouvernement les mesures à prendre pour attirer au Canada les meilleurs étudiants étrangers, renforcer l’engagement du Canada auprès des nations émergentes, accroître le rayonnement de l’expertise, du savoir et des services d’éducation canadiens à l’étranger, et favoriser l’établissement de partenariats entre les établissements d’enseignement canadiens et étrangers.

Notre gouvernement a aussi profité du dernier budget – annoncé tout juste le mois dernier – pour réserver les fonds qui permettront à notre pays de donner suite à ces priorités. Le Canada investit plus de 200 millions de dollars pour attirer les meilleurs chercheurs et les meilleurs étudiants de doctorat au monde à collaborer avec les meilleurs de notre pays. Nous utilisons également d’autres fonds pour encourager la création de liens plus étroits entre les établissements d’enseignement et le secteur privé grâce à des stages, à des partenariats de recherche et à des centres d’excellence dirigés par l’entreprise dans des secteurs clés tels que la foresterie, la pharmaceutique, les soins de santé et l’énergie durable.

La tenue du présent congrès et le fait que vous y participiez m’indiquent que vous partagez tous mon désir et celui du Canada d’agir de façon à faire avancer la diplomatie du savoir. Et cela m’amène à ma dernière question : De quelle manière les nations devraient‑elles faire avancer la diplomatie du savoir?

J’ai plusieurs suggestions à présenter :

La première, c’est que nous devons prendre des mesures pour établir des liens plus étroits au niveau du premier cycle. Notre collaboration vise la plupart du temps les niveaux supérieurs. Faisons en sorte qu’il y en ait davantage parmi les plus jeunes étudiants de niveau universitaire et collégial – les 18, 19 et 20 ans – qui étudient, reçoivent de la formation et partagent leur savoir le plus tôt possible. J’irais même jusqu’à suggérer que nous prenions les mesures nécessaires pour favoriser des échanges officiels entre les écoles secondaires et les camps d’été.

La deuxième, c’est que nous devons porter une attention renouvelée à travailler chacun de notre côté, en tant que pays, et ensemble, en tant que partenaires, afin d’encourager plus de gens à apprendre des langues étrangères. Il importe peu que ces langues soient l’anglais, le portugais, le français, l’espagnol ou le mandarin. Ce qui importe, c’est de doter nos citoyens – en particulier les jeunes – de compétences qui pourront leur servir à surmonter des obstacles qui persistent entre nos pays, et de mener plus loin notre partage du savoir.

La troisième, c’est que nous devons trouver des moyens d’inciter les professeurs à passer leurs congés sabbatiques dans d’autres pays.

La quatrième, c’est que nous devons forger des liens durables entre laboratoires de différents pays.

La cinquième, c’est que nous devons rendre les échanges académiques plus attrayants et plus gratifiants en offrant aux étudiants l’occasion de travailler et d’effectuer des stages et aussi d’étudier. Mais peut-être que je vais un peu trop loin ici. Commençons par nous assurer que nos universités et nos collèges – aux plus hauts niveaux de décision – appuient les programmes internationaux d’enseignement et d’échanges. Chaque université et chaque collège dans nos pays devraient avoir des bureaux spécialisés dans l’éducation internationale. Et non seulement cela. Ces bureaux devraient recevoir un financement sûr et à long terme qui leur permettrait de recruter des hommes et des femmes doués, compétents et enthousiastes qui pourraient alors tisser des liens étroits avec des partenaires étrangers. De cette façon, tout étudiant qui veut étudier à l’étranger pourrait choisir parmi de multiples possibilités d’études à l’étranger.

La sixième et peut-être la plus importante, c’est que nous devons mettre au point un processus de collaboration concernant la délivrance de diplômes entre établissements d’enseignement et pays de façon que les étudiants puissent obtenir leur diplôme en suivant des cours universitaires dans différents pays. Ceux-ci devraient pouvoir beaucoup plus facilement profiter des semestres et même des années qu’ils passent dans des établissements d’enseignement à l’étranger pour l’obtention de leur diplôme.

Ce congrès est bien sûr une excellente occasion d’explorer ces suggestions et une multitude d’autres. Un simple regard sur le programme de la conférence m’indique que vous avez un vif désir de faire progresser la diplomatie du savoir et un sens aigü de la façon de faire. Le congrès en lui-même est une vivante expression de la diplomatie du savoir.

Dans cette perspective du savoir, et avec tout le talent et les ressources qu’il y a dans cette salle, je suis certain que vous conviendrez avec moi que c’est notre désir et notre responsabilité de voir le Congrès des Amériques sur l’éducation internationale se poursuivre, comme prévu, à tous les 18 mois, et si j’ai bien compris, au Mexique l’an prochain. C’est vraiment une bonne nouvelle. Vous pouvez compter sur le Canada pour être un allié solide dans cette entreprise.

Je vous encourage fortement à profiter au maximum du Congrès de 2012. Utilisez les liens que vous forgerez ici pour bâtir des collaborations encore plus étroites et plus gratifiantes au cours des semaines, des mois et des années à venir.

Démontrons notre capacité et notre détermination à travailler ensemble et à partager le savoir que nous acquérons et affinons; utilisons les principes de la diplomatie du savoir pour faire avancer celle-ci et créer un monde toujours plus averti et plus bienveillant.

Merci beaucoup de m’avoir écouté.

J’avais beaucoup à dire, mais nous avons encore bien davantage à faire.