Le léopard vice-royal
  1. La gouverneure générale du Canada
  2. Son Excellence la très honorable Julie Payette
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Conférence sur le partenariat canado-américain : accroître l’écosystème de l’innovation

Ottawa, le mercredi 2 novembre 2011


Tout au long de l’histoire, les États-Unis ont toujours été un proche ami et un allié du Canada et ce, sur bien des fronts. Grâce à cette collaboration et à ce partenariat, nos économies et nos sociétés respectives ont pu bénéficier, au fil du temps, de multiples occasions de croissance.

Aujourd’hui, vous êtes rassemblés pour discuter de nouvelles façons d’unir les efforts de nos deux nations averties, en exploitant nos talents au maximum.

L’innovation est couramment utilisée comme  indicateur de réussite; dans son dernier discours à la nation, le président Barak Obama en a reconnu l’importance, en disant que « … l’innovation change non seulement nos vies, mais nous permet de gagner notre vie. » 

Cela dit, je ne vous apprends rien en disant que l’innovation joue un rôle majeur dans notre évolution. L’histoire est là pour nous rappeler que les sociétés prospères sont celles qui innovent et que le savoir est essentiel aux nouvelles découvertes.

J’aimerais prendre un moment pour évoquer l’une des époques les plus dynamiques de l’histoire de la civilisation occidentale : la Florence de la Renaissance au 15e siècle. Ce fut une période de créativité et de bouillonnement intellectuel dans les arts, les sciences, la politique, la religion et la recherche.

Grâce au pouvoir des idées, les Florentins sont passés du Moyen Âge à la Renaissance, une ère où le meilleur de l’antiquité classique a été jumelé aux progrès dans les lettres, les sciences humaines et les sciences.

Rappelons-nous les grands noms de cette époque : Michel-Ange pour la peinture et la sculpture, Léonard de Vinci pour les arts et  l’ingénierie, Machiavel pour la politique, et Savonarola dans le domaine religieux. Plusieurs siècles auparavant, c’est à Florence que Dante avait inventé la langue italienne et que les  Medicis avaient fait leur marque dans le secteur financier.

Avec le recul, évidemment, force est de constater que ces individus étaient le produit de leur temps et que leur héritage n’a pas été purement positif, mais leur influence sur le cours de l’histoire de l’Europe est indéniable.

Nous devons donc nous poser la question suivante : qu’est-ce qui a permis à cette cité-État italienne de quelque  50 000 habitants d’atteindre de si hauts sommets?

Il y a plusieurs raisons à cela, dont la richesse de Florence en tant que ville marchande, son indépendance politique et sa fierté civique, l’existence d’une importante classe moyenne, la concurrence entre artistes et artisans, et le système bien établi de transmission des compétences d’une génération à l’autre grâce à l’apprentissage. Dans le langage d’aujourd’hui, nous parlerions de prospérité, de société civile, de compétitivité, d’apprentissage et de partage des connaissances.

Ce groupement d’activités dans la Florence du 15e siècle a réuni tous ces éléments, ce qui a donné des résultats innovateurs et parfois surprenants. Je vous en donne un exemple précis.

Dans son ouvrage intitulé Brunelleschi’s Dome, l’historien de l’art Ross King raconte comment a été construit le magnifique dôme de la cathédrale Santa Maria del Fiore, qui fut terminé en 1436. Dans la conception de cette merveille d’ingénierie, l’architecte florentin Filippo Brunelleschi a fusionné des éléments du design  classique à des innovations scientifiques et techniques, réinventant ainsi l’architecture. Cela est bien connu.

Ce qui l’est moins, ce sont les répercussions inattendues de l’innovation de Brunelleschi, soit  des progrès en astronomie qui ont été appliqués à la navigation au long cours.

Ce développement s’est concrétisé lorsque l’ami de Brunelleschi, le mathématicien et astronome Paolo Toscanelli, a monté jusqu’au sommet de la grande cathédrale pour y installer une plaque de bronze. Comme l’explique Ross King dans son livre :

« Santa Maria del Fiore venait d’être transformée en un cadran solaire géant. Cet instrument allait s’avérer d’une importance vitale dans l’histoire de l’astronomie. La hauteur et la stabilité du dôme ont permis à Toscanelli d’acquérir des renseignements clés sur ce que l’on croyait alors être les mouvements du soleil... et de pouvoir calculer, avec une précision sans précédent, le moment exact du solstice d’été et de l’équinoxe de printemps. »

Réfléchissons un peu sur ce développement remarquable. Un effet imprévu de la construction de dôme géant de Brunelleschi a fait progresser la navigation astronomique, aidant ainsi les marins à tracer leur parcours avec une plus grande précision et les  cartographes à établir des cartes plus exactes. Cette innovation et bien d’autres du genre ont donc marqué le début de la grande époque de la navigation au long cours.

Aujourd’hui, nous sommes en première place d’un grand changement qui s’amorce, tout comme celui qui s’est opéré il y a des millénaires, lorsque la société des chasseurs-cueilleurs a fait place à une société agraire sédentaire, sauf que maintenant, c’est dans l’eau que ça se passe.

Au cours des 20 à 30 dernières années, nous avons découvert de nouvelles façons d’exploiter les océans à diverses fins telles l’énergie, les mines et même l’agriculture.

Le Canada possède le plus long littoral au monde, un merveilleux avantage qui permet aux Canadiens de devenir des chefs de file dans ce nouveau domaine prometteur.

À l’instar de Brunelleschi, nous devons examiner comment nous nous étions autrefois adaptés au mode de vie agraire pour savoir comment nous y prendre pour exploiter l’univers sous-marin.

Si je vous ai raconté cette histoire, c’est pour souligner le fait que l’innovation et le partage des connaissances peut produire des résultats remarquables et souvent inattendus. L’une des meilleures façons d’accroître les connaissances, c’est de les partager, car les découvertes sont rarement le fruit du travail d’un seul individu.

La collaboration ouvre des horizons extérieurs et profite à d’autres; les opportunités qui en découlent sont souvent dues au hasard.

Tout comme l’ont fait Brunelleschi et Toscanelli, les États-Unis et le Canada doivent travailler ensemble pour renforcer notre culture de l’innovation, pour effectuer des regroupements d’une manière éclairée.

Cela signifie qu’il nous faudra faire plus que simplement investir dans la recherche et le développement; il nous faudra penser d’une nouvelle manière, surtout au Canada.

L’an dernier, le Conference Board du Canada a donné un « D » au Canada pour l’innovation; notre pays était au 14e rang des 17 pays de l’OCDE.

Cette piètre performance montre qu’il y a des lacunes dans notre façon de penser, des lacunes qui menacent les progrès du Canada.

Nous devons être disposés à prendre des risques, à penser et à rêver l’improbable et à en faire une réalité. Il y aura sans doute des échecs, mais nous apprendrons de nos erreurs et serons enrichis de nouvelles connaissances, ce qui nous aidera à évoluer en cette ère de changements rapides.

Le Canada doit faire davantage et établir un cadre qui faciliterait l’adaptation des individus, dès le jeune âge, à un monde en constante évolution, afin qu’ils puissent non seulement voir ce qui existe déjà, mais également envisager ce qui pourrait être. Le Canada, tout comme les États‑Unis, ne peut se permettre de se satisfaire de l’état actuel des choses.

Je vous invite donc à imaginer de nouveaux modes de partenariat les uns avec les autres et avec les collectivités, les villes, les provinces, les territoires et même d’autres pays, afin de raffermir notre position dans le monde.

Nous en avons un exemple frappant dans la mesure avec laquelle les Canadiens ont bénéficié du pouvoir des idées et de ce qui est l’invention la plus impressionnante des États-Unis que sont ses grandes universités. Nous avons développé de plus en plus les réseaux de collaboration mutuels avec ce pays, au-delà des frontières géographiques et intellectuelles.

Au cours de l’année écoulée, j’ai été à même de voir des collectivités qui ont développé une culture de l’innovation et qui ont, de ce fait, amélioré la vie de leurs résidants. 

J’ai vu ce qui se passe lorsque nous unissons nos efforts en tant que pays, lorsque nous collaborons avec nos amis, et lorsque nous utilisons nos ressources de façon inédite et surprenante.

Nous avons toutes les raisons d’être fiers de ce que nous avons déjà accompli, mais nous pourrions faire tellement plus.

Durant cette conférence, je vous demanderais de penser et de rêver aux divers moyens que le Canada et les États-Unis pourraient utiliser pour émerger en tant que leaders dans le domaine de l’innovation.

Merci.