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Nouvelles

ARCHIVÉE: Conférence Symons 2010 sur l'état de la Confédération

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Charlottetown, le lundi 8 novembre 2010

 

Bon après-midi, Mesdames et Messieurs. 

Je suis ravi d’avoir été invité à prendre la parole à la très prestigieuse conférence Symons sur l’état de la Confédération. Ma présence à cet événement me réjouit doublement, parce que Tom Symons est un ami de longue date pour lequel j’ai une profonde admiration. Il n’y a pas de plus amoureux du Canada que Tom, et personne d’autre n’a étudié ce pays d’une manière aussi réfléchie et ne l’a servi avec autant de dévouement que lui.

Nous savons tous que l’Île-du-Prince-Édouard est ancrée dans l’histoire et possède un riche patrimoine. Cette province est connue pour être le « berceau de la Confédération » parce que c’est à Charlottetown, sa capitale, qu’a germé  l’idée du Canada. En 2014, nous célébrerons le 150e anniversaire des fameuses rencontres de Charlottetown. Qu’allons-nous célébrer exactement?

Au cours des 30 prochaines minutes, j’aimerais m’étendre sur le sens de cette phrase de George Bernard Shaw : « Certaines personnes voient les choses et se demandent “pourquoi?” Nous rêvons de choses qui n’existent pas encore et nous demandons “pourquoi pas?” »

Le 1er octobre, j’ai prononcé un discours d’installation intitulé « Une nation éclairée et bienveillante : un appel au service à la patrie ». J’ai parlé alors de mon désir de promouvoir une nation éclairée et bienveillante. Une nation où les Canadiennes et les Canadiens peuvent exploiter leurs talents au maximum. Une nation qui accroît les connaissances de ses citoyens et qui les met en application afin d’améliorer la condition humaine, aussi bien au Canada que  dans le monde.

J’ai mentionné les trois piliers sur lesquels repose cette vision : soutenir les familles et les enfants; accroître l’apprentissage et l’innovation; et encourager la philanthropie et le bénévolat.

C’est la vision que je propose pour 2014, et « pourquoi pas? », devrions-nous dire à l’unisson.

Il va sans dire qu’il y a beaucoup à faire  pour réaliser pleinement ce but.

Je me suis inspiré du premier gouverneur du Canada. Savez-vous de qui il s’agit et de quelle époque?

C’était il y a 400 ans, et Samuel de Champlain était ce gouverneur. Récemment, l’auteur David Fischer, lauréat d’un prix Pulitzer, a écrit un livre intitulé Champlain’s Dream, dans lequel il soutient que Champlain a été un héros mal compris. Dans quel sens? Tout d’abord, on le considère habituellement comme un héros français et non comme un héros canadien. On l’imagine trop en grand explorateur, en chef militaire et en conquérant, alors que Fischer en brosse un portrait tout à fait différent. Il le décrit comme étant un homme tolérant, un bâtisseur de sociétés durables, capables d’acquérir et d’appliquer le savoir (l’apprentissage fondé sur l’expérience), un homme déterminé à nouer des liens fraternels entre des peuples de langues, de croyances et de cultures différentes. Un homme qui valorisait la famille et qui rêvait d’une vie meilleure pour la génération suivante au sein de collectivités durables.

C’était le rêve de Champlain, celui de créer, sur des bases inédites, une société éclairée et bienveillante dans le nouveau monde. C’est pourquoi j’estime qu’il est si approprié de reprendre le rêve de Champlain et d’en faire notre ambition pour le Canada en 2014.

Pour concrétiser ce rêve, le premier pilier que j’ai choisi est de soutenir les familles et les enfants.

Après avoir obtenu mon diplôme de premier cycle universitaire, je suis allé étudier le droit en Angleterre, grâce à une bourse de la Fondation Rotary. L’une des tâches agréables que cela comportait était la visite des clubs Rotary, un peu partout en Angleterre, pour parler du Canada à leurs membres. J’avais l’habitude de terminer mes discours avec le refrain suivant d’une chanson de Terre-Neuve-et-Labrador :

When I first came to this land
I was not a wealthy man
But the land was sweet and good
And I did what I could 

Ce pays était agréable et bon, dit la chanson, et les premiers colons du temps de Champlain et ceux qui les ont suivis ont appris à veiller sur leurs voisins, à partager avec eux et à s’entraider pour bâtir des granges et des villages dans l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants. Sachant bien comment se bâtit une famille, ils ont uni leurs efforts pour y parvenir.

Depuis Champlain, ce thème demeure une constante au Canada. Des immigrants sont arrivés ici, vague après vague, abandonnant tout dans leur pays natal pour réaliser leur rêve tenace d’une vie meilleure pour leurs enfants.

J’aimerais vous parler un peu de ma famille. J’ai été le premier petit ami de mon épouse, lorsqu’elle avait 14 ans et que nous fréquentions la même école secondaire à Sault Ste. Marie. Puis nous nous sommes mariés à 20 ans et avons eu nos cinq filles dans l’espace de sept années.

Quand mes enfants étaient jeunes, les gens me disaient parfois, « Oh! Pauvre homme! Vous n’avez que cinq filles; n’aimeriez-vous pas avoir un fils? »

Je leur répondais alors, « On voit bien que vous n’avez pas encore rencontré mes filles. »

Tout ce que j’ai appris d’important dans la vie, je l’ai appris de mes filles. Elles ont toutes des carrières dans la fonction publique. Lorsqu’on m’a offert le poste que j’occupe maintenant, après avoir passé ma vie dans le milieu universitaire, la réponse a été facile pour moi. Je ne fais que suivre leurs traces en me mettant au service du public à mon tour.

Nous avons sept magnifiques petits-enfants. Chacun d’eux est un miracle. Ils sont pour nous la plus grande source de joie.

Si je vous raconte ces histoires personnelles, c’est pour souligner la valeur inestimable que représentent pour nous la famille et les enfants. Malheureusement, nombreuses sont les familles et les enfants au Canada qui n’ont pas la chance que nous avons. Combien d’enfants ne bénéficient pas des mêmes possibilités qu’ont mes petits-enfants.

Par exemple, mon épouse a tout récemment visité une réserve des Premières Nations, dans le Nord de l’Ontario, où vivent 1 200 personnes. Au cours de la dernière année, trois meurtres y ont été commis, et l’école a été mise à feu par un inconnu. Comme vous le savez sans doute, le taux de suicide chez les jeunes des Premières Nations est trois fois plus élevé que la moyenne nationale.

Je reviens de l’Afghanistan, où la vie familiale est perturbée depuis une trentaine d’années de guerre et de violents conflits sociaux. L’un des projets clés du Canada dans ce pays est la reconstruction de 50 écoles dans la province de Kandahar et la formation des enseignants. Il y a dix ans, moins de 700 000 enfants fréquentaient l’école en Afghanistan. Aujourd’hui, il y en a plus de 5 millions, dont un quart sont des filles. Rebâtir les écoles et faire régner la paix pour permettre aux garçons et aux filles d’aller à l’école est l’élément fondamental qui permettra à la vie familiale de reprendre son cours en Afghanistan.

En 2008, j’ai présidé le Comité d’experts en matière d’infertilité et d’adoption constitué par le gouvernement de l’Ontario, auquel j’ai donné le sous-titre « La famille en premier lieu ». Dans notre rapport, nous avons conclu que l’Ontario a les moyens de devenir le meilleur endroit au monde où fonder une famille, mais qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir en raison de plusieurs lacunes. L’une de ces lacunes est le traitement des pupilles de la Couronne, ces enfants à risque que l’on retire de leurs familles biologiques pour les confier temporairement à des établissements ou des foyers d’accueil. Ce qui est absolument terrible, c’est que très peu d’entre eux aboutissent, de façon permanente, dans des familles d’accueil aimantes. Aujourd’hui, il y a presque 10 000 pupilles de la Couronne en Ontario. Moins de cinq pour cent seulement de ces enfants ont été confiés à des familles de façon permanente. Seulement huit pour cent font l’objet d’un plan pour leur trouver une famille permanente, où ils seront aimés. Face à cette situation, ne serait-il pas possible de mettre en place un programme qui permettrait de doubler le nombre de placements par année, à l’échelle du pays, pour les cinq prochaines années, comme plusieurs états américains l’ont fait?

Mon deuxième pilier est d’accroître l’apprentissage et l’innovation.

Saint Augustin a écrit : « Pour juger de la qualité d’une société, voyez ce qu’elle chérit ». Moi, je vous dirais, « chérissons nos enseignants. »

Le Canada éclairé et bienveillant que j’envisage sera à la mesure de sa capacité à cultiver tous les talents de ses citoyens et à utiliser toutes leurs connaissances pour améliorer la condition humaine. Ce Canada offrira à chaque enfant la possibilité de réaliser son plein potentiel intellectuel, en mettant l’accent sur les femmes, car une société qui ne fait pas appel à la pleine participation de la moitié de sa population n’aura que des résultats mitigés.

Ayant édifié une nation qui apprend, le Canada doit également promouvoir une nation bienveillante, une nation tournée vers l’extérieur, au-delà de ses frontières, vers des horizons plus vastes.

Or, tout commence par l’apprentissage. En cette ère de mondialisation, le leadership s’appuie sur la force de nos idées et sur le rythme auquel nous innovons.

Dans ce nouvel univers « sans frontières », le savoir est le fondement d’une société, et l’innovation est l’outil qui en assure l’évolution. Au fond, l’innovation, c’est tout simplement de proposer une idée qui permet de mieux faire les choses. C’est de voir les choses sous un autre angle, d’imaginer ce qui n’a jamais été vu, ce qui n’existe pas encore.  

L’enjeu pour le Canada est de s’assurer d’avoir des chances égales et d’exceller, en veillant à ne pas considérer ces deux concepts comme s’excluant l’un l’autre, mais plutôt comme étant complémentaires et se renforçant mutuellement. Je vais vous faire part d’un certain nombre d’observations sur la façon dont on peut voir les choses, dont on peut voir le verre à demi vide ou à demi plein.

Un pays éclairé et bienveillant appuie les sciences et la recherche scientifique. Car un pays éclairé et bienveillant sait qu’une société éduquée, au 21e siècle, repose sur de solides fondements en sciences.

Pourtant, le Canada est au 18e rang des pays de l’OCDE pour le pourcentage de diplômés du premier cycle en sciences et en génie, et au 25e rang pour le pourcentage de diplômés du niveau doctoral dans ces mêmes disciplines.

Un pays éclairé et bienveillant reconnaît également l’importance de la collaboration interdisciplinaire aussi bien qu’inter-frontalière.  Nous ne vivons plus dans un monde linéaire, où le savoir est généré et conservé en silos isolés.

Pourtant, moins de trois pour cent des étudiants dans les universités canadiennes sont de l’étranger, alors que l’Australie accueille cinq fois plus de ces étudiants que nous, par habitant.

Aujourd’hui, l’échange horizontal des connaissances est impératif. Un domaine de recherche en alimente un autre. Ainsi, il aurait été impossible de faire des progrès en génomique sans les développements en technologies de l’information qui ont permis de stocker et de traiter d’énormes quantités de données. Or, les « deux cultures » dont C.P. Snow a parlé lors de sa conférence devenue célèbre, The Two Cultures, c’est-à-dire les scientifiques qui, habituellement, en savent très peu en matière de lettres et de sciences humaines, et les humanistes, qui en savent encore moins en matière de sciences, sont encore plus éloignées l’une de l’autre que lorsqu’il a abordé cette question il y a 60 ans. 

L’une des plus grandes forces du Canada est le pourcentage de sa population ayant fait des études postsecondaires, qui est le plus élevé au monde.

Dans les tests internationaux administrés à des élèves du primaire et du secondaire, les Canadiens réussissent très bien. Cependant, en comparaison avec les États-Unis, le Canada compte, par habitant, 90 pour cent moins de diplômés de premier cycle, 50 pour cent moins du deuxième cycle et 70 pour cent moins du troisième cycle.

Les enfants d’immigrants s’intègrent assez  bien et leurs résultats aux tests internationaux sont les mêmes que ceux des élèves nés au Canada. Par contre, sur le marché du travail, les nouveaux immigrants sont confrontés à d’énormes difficultés d’intégration, même s’ils possèdent des diplômes d’études supérieures.   

Le niveau de scolarité des Autochtones, bien qu’en hausse, demeure nettement inférieur à celui des autres Canadiens, comme en témoigne le vécu de tant de familles et d’enfants désespérés.  

Et que dire du taux d’innovations en affaires au Canada, si ce n’est qu’il est énormément moins élevé qu’aux États-Unis. Quant à notre capital humain, force est de constater que les gestionnaires canadiens ont un niveau de scolarité inférieur à celui de leurs homologues américains et que les entreprises canadiennes sont moins exigeantes qu’aux États-Unis pour ce qui est du niveau de scolarité de leur personnel.

Le Canada jouit du taux d’emploi le plus élevé des pays du G7. Par contre, sa productivité ne s’est pas accrue au cours de la dernière décennie et traîne de la patte derrière eux.

Sur les 32 pays de l’OCDE, le Canada se hisse au 6e rang pour les dépenses en recherche et en développement dans le secteur de l’enseignement supérieur. Par contre, il figure au 16e rang pour les dépenses des entreprises en recherche et en développement.

Notre année scolaire a été fixée à l’époque où le Canada avait un mode de vie agricole. Nos collèges et nos universités sont donc généralement fermés pendant quatre mois de l’été, une période pourtant propice à l’apprentissage.

Il nous faut reconnaître l’importance cruciale du point de vue socio-économique d’investir dans le savoir ainsi que dans la formation de gens compétents et instruits, de considérer le coût de l’éducation comme un investissement social et non pas comme une dépense, d’où la nécessité d’établir des objectifs d’investissement. Nous devons réduire l’écart entre le Canada et les meilleurs au monde, en formulant des principes de responsabilité pour mieux mesurer et améliorer l’efficacité de nos investissements dans le domaine des systèmes et des institutions d’apprentissage et d’innovation. Nous devons faire en sorte qu’au moins 90 pour cent des élèves canadiens obtiennent leur diplôme du secondaire et qu’un suivi des programmes d’apprentissage pour les autres 10 pour cent soit assuré jusqu’à ce que ces jeunes aient 21 ans. En Filande, par exemple, ce taux est de 97 pour cent, alors que le nôtre est d’environ 75 pour cent. Nous devons créer des normes rigoureuses pour l’obtention de certificats d’aptitudes professionnelles, du diplôme collégial, et des diplômes de premier, de deuxième et troisième cycles.

Mon troisième pilier est d’encourager la philanthropie et le bénévolat.

J’aimerais commencer en citant Winston Churchill, qui a dit un jour « On vit de ce que l’on obtient. On construit sa vie sur ce que l’on donne. » Depuis onze ans, je prononce un discours dans lequel je pose la question suivante : « What’s in the water in Waterloo? », c’est-à-dire « Qu’est-ce qui caractérise Waterloo? »

Durant ce discours, je montre une diapo de la rivière Grand qui traverse notre région. La diapo suivante montre une vue aérienne des fermes des environs de ma propriété, où l’on aperçoit des mennonites sur la charpente d’une grange qu’ils sont en train de bâtir, en mettant en commun leurs divers talents et leur énergie pour aider un voisin.

La troisième diapo est une superposition des deux premières, image d’une grange émergeant de l’eau. C’est cette collaboration, cette entraide entre voisins, entre les secteurs universitaire et industriel, et entre les entreprises qui est à la source de la prospérité de la collectivité de Waterloo aussi bien en tant que communauté la plus accueillante au Canada pour un immigrant que pour sa contribution à la création du dernier BlackBerry.

La métaphore de la corvée pour l’édification d’une grange nous ramène au thème historique canadien de la terre et des gens qui en ont tiré leur gagne-pain et qui l’ont développée.

Cela nous rappelle que nous vivons dans un pays d’abondance provenant des ressources de cette terre qui nous est chère.

Cela nous rappelle les Autochtones, qui étaient ici il y a des dizaines de milliers d’années avant l’arrivée des premiers colons venus d’Europe il y a plus de quatre cents ans et qui ont partagé leur territoire avec d’autres.

Aujourd’hui, nous apprenons une fois de plus à partager, en mettant en pratique de nouvelles leçons sur la collaboration et les aménagements.

Champlain a dit que les habitants de la première colonie qu’il a établie à Port Royal en 1605 et de la suivante, à Québec en 1608, n’auraient pas survécu sans l’aide généreuse des peuples autochtones.

Comme je le disais plus tôt, « What’s in the water in Waterloo? ». Nous pourrions également faire un jeu de mots en choisissant quelques lettres du nom de notre pays et poser la question suivante : « De quoi est fait l’ADN du Canada? » 

La réponse se trouve peut-être dans un programme affilié à l’Université de Waterloo appelé l’Indice canadien du mieux-être, ou l’ICMÉ. Grâce à ses sept portails, ou colonnes, et sous-catégories, l’ICMÉ mesure la santé du Canada et des collectivités canadiennes. Ces portails sont :

- dynamisme communautaire
- engagement démocratique
- éducation
- populations en santé
- loisirs et culture
- niveaux de vie
- utilisation du temps

Chaque portail comporte de six à huit critères qui reflètent notre santé dans chaque catégorie et qui servent à calculer le résultat total.

Imaginons que ce projet national qui permet de mesurer l’indice du mieux-être d’une collectivité à l’autre, d’un bout à l’autre du Canada, démontrerait une progression du mieux-être année après année. Et si cette courbe ascendante devenait une réalité pour chaque collectivité de plus de 25 000 habitants ou plus et que serait créée, pour chacune, une fondation communautaire permanente subventionnée? Ainsi, nous pourrions transformer, d’ici 2014, l’indice canadien du mieux-être en un indice mondial du mieux-être.

Il y a une vingtaine d’années, mère Teresa est venue à Montréal pour le Déjeuner de la prière annuel. L’une de nos voisines, émue par le travail de cette religieuse auprès des pauvres de Calcutta, lui a demandé ce qu’elle pourrait faire pour l’aider. Mère Teresa a répondu, « Vous n’avez qu’à regarder autour de vous. Dans votre quartier, il y a une famille qui a besoin de vos soins et de votre amour. »

Peu de temps après, j’ai lu un article critiquant l’œuvre de Mère Teresa comme quoi il s’agissait d’une goutte dans l’océan. Dans son refuge à Calcutta, elle offrait son secours à quelque 200 personnes, dans une ville qui compte des millions et des millions de personnes vivant dans la pauvreté la plus absolue.

Quelques semaines plus tard, je me suis rendu compte que cette critique était fondée sur un principe de physique plutôt que de chimie.

Je m’explique. Un jour, lors d’une fête d’anniversaire, je racontais des histoires de fantômes à mes filles, qui étaient toute jeunes, et à leurs amis. Elles m’ont dit, « Papa, tu inventes sûrement ces histoires. Aucun enfant ici ne te croit. Ces mensonges ne les effraient pas. Pourquoi ne peux-tu raconter de vraies histoires comme le fait M. MacFarlane? »

Andy MacFarlane était à l’époque le doyen de la faculté de journalisme à l’Université Western, où j’étais le doyen de la faculté de droit. Ennuyé par la concurrence qu’il me faisait en tant que conteur, j’ai décidé d’assister à la fête d’anniversaire suivante qui avait lieu chez les MacFarlane, où Andy s’était déguisé en magicien avec une longue cape et de grosses manches bouffantes. Il a commencé à faire un tour de magie au cours duquel il allait transformer l’eau en vin. Il a donc pris un verre d’eau, l’a soulevé dans les airs et a prononcé le mot « Abracadabra! ». Il a ensuite dissimulé le verre sous ses manches et a exécuté une pirouette de 360 degrés, tout en ajoutant quelques gouttes de teinture rouge dans le verre, sans que personne ne s’en aperçoive. Une fois le verre sorti de sous ses manches, l’eau était devenue d’une belle couleur rose.

C’est à ce moment que j’ai pris conscience de la façon dont mère Teresa changeait la culture de Calcutta et, à l’époque, celle de Montréal. C’est la transformation de l’eau, et non pas la goutte qui y est ajoutée, qui changeait la vie de tant de familles. C’est le même but que poursuivent tant de familles et de villages à travers le Canada. Un monde où règne la paix. Un monde où chacune et chacun peut rendre la vie meilleure pour leurs enfants.

Dans le domaine des stratégies d’affaires modernes, on utilise une méthodologie appelée analyse de l’écart. Elle sert tout simplement à définir où en est l’entreprise et quels sont ses buts. Quel est l’écart entre les deux et quelles mesures doivent être prises pour combler cet écart.

Je propose que nous fassions notre propre analyse de l’écart, que nous élaborions et mettions en place des initiatives permettant au Canada d’être un pays éclairé et bienveillant, faisant l’admiration du monde entier, et ce, d’ici 2014. Car l’année 2014 sera celle du 150e anniversaire de ce rêve remarquable et ambitieux qui a surgi ici même, à Charlottetown. En 1864, les Pères de la  Confédération ont lancé un appel au service à la patrie, auquel nous devons continuer de répondre. Champlain rêvait d’une société dans le nouveau monde, qui deviendrait un modèle exemplaire.

À sa façon, George Bernard Shaw a lui aussi parlé de cette vision quand il a dit, « Certaines personnes voient les choses et se demandent “pourquoi?” Nous rêvons de choses qui n’existent pas encore et nous demandons “pourquoi pas?” »  Alors rêvons ensemble.

Je vous remercie de m’avoir invité ici, aujourd’hui.