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Nouvelles

ARCHIVÉE: Dialogue jeunesse à Montréal

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Dialogue jeunesse à l’occasion de l’Année internationale de la jeunesse

Montréal, le mardi 31 août 2010

Je viens à Montréal Nord prendre de vos nouvelles.

Comment ça va?

Je suis très touchée et très heureuse d’être ici parmi vous cet après-midi.

C’est en quelque sorte un retour aux sources. Je me sens ici en terrain connu. Je suis du tout Montréal où j’ai vécu 35 ans.

Je connais toutes les humeurs de cette ville : comment elle s’éveille, tout ce qui l’agite et là où elle s’endort.

D’une saison à l’autre, je reconnais son éclat, combien elle peut être sale à la fonte des neiges au printemps, vibrante, rayonnante et poussiéreuse à l’été, flamboyante sous un ciel soyeux, d’une incomparable lumière à l’automne et je sais où on court s’abriter et se réchauffer l’hiver.

J’ai habité l’Est à hauteur de Longue-pointe et de la Pointe aux Trembles, l’Ouest à Notre-Dame de Grâce et la Côte des Neiges, le Sud le long du Canal de Lachine et au plus près du fleuve, mais aussi au Nord tantôt dans le quartier St-Léonard, puis St-Michel, puis Ahuntsic, puis Rosemont et également à Montréal Nord.

Il m’arrivait de dire à la blague que je pourrais faire du taxi à Montréal, tant je connais tous les recoins de l’île par cœur! Et certains pensaient que c’était une façon de rappeler d’un clin d’œil mes origines haïtiennes. Et non, c’est que je connais tous les raccourcis, j’ai fréquenté tous les quartiers, j’ai vu se développer toutes les grandes artères et j’ai toujours aimé aller à la découverte des ruelles, de leurs charmes et de leurs secrets.

Montréal, je l’ai parcourue à pied et à bicyclette sur des kilomètres, en autobus, en métro et en voiture.

Mais, mieux encore, je l’ai vécue en français, en anglais, en italien, en espagnol, en grec, en portugais et bien entendu, en créole. Je connais aussi ses accents chinois et arabes.

J’ai grandi, rêvé, milité, résisté, étudié, travaillé à Montréal. Je sais ce qui fait rire, ce qui rend heureux et combien on peut pleurer et souffrir aussi à Montréal.

Je suis ici et je vous reconnais.

Je suis ici et je me reconnais. Je suis ici et j’ai hâte d’entendre à nouveau vos voix.

C’est formidable que vous ayez répondu en si grand nombre à ce rendez-vous. Je n’ai jamais cessé de penser à vous et aujourd’hui, je viens aux nouvelles et vous donner aussi un peu des miennes.

J’aime bien qu’on se retrouve dans ce lieu de parole et de rencontre, la Maison culturelle communautaire de Montréal-Nord, où nous allons miser ensemble sur l’esprit d’inclusion, de solidarité et de compassion qui doit absolument triompher de toutes les crises et de toutes les stigmatisations dont le quartier et celles et ceux qui y vivent surtout sont souvent affligés.

J’y crois.

Comme je crois que les jeunes du quartier, même dans leur colère, même dans leur désarroi et par la force même de leurs idées et de leur créativité font partie des solutions à considérer face aux défis à relever. La contribution de nombre d’entre eux, et les outils puissants et constructifs qu’ils utilisent, à grand renfort d’imagination, méritent d’être considérés.

Avec la dynamique prestation de Family Squad, nous voyons comment les arts et l’expression culturelle les mobilisent.

Pensons à Renande Christian,  par exemple.  Renande qui, à peine un mois après avoir subi une difficile opération chirurgicale, est montée sur cette estrade, toute fière, pour prouver qu’aucune circonstance, qu’aucun obstacle, qu’aucune difficulté ne peut et ne devrait empêcher quiconque de réaliser ses aspirations les plus profondes.

Renande, tu l’as fait avec courage et c’est ta façon de nous dire que la vie doit l’emporter sur toutes les épreuves, et que, oui, c’est possible, à condition que chacune et chacun y mette du sien. Mais, surtout qu’il ne faut jamais se laisser abattre par les circonstances.

Cet esprit est bel et bien vivant ici, c’est la principale leçon que la plupart d’entre nous avons tirée de nos histoires, de nos expériences et c’est ce qui nous permet d’avancer, d’espérer, d’émerger de nos moments de découragement, voire de nos deuils. Il nous faut accepter d’en parler. Il nous faut agir ensemble, pour mieux vivre ensemble.

Et ces dialogues jeunesse que j’ai tenus à travers le Canada, dans toutes les provinces et tous les territoires, et même lors des nombreuses visites d’État que j’ai effectuées à travers le monde, sont comme aujourd’hui, ici même à Montréal Nord, une occasion d’entendre et de faire entendre ce que des jeunes comme Renande et ses camarades et combien d’autres dans la salle ont à dire et à proposer.

Car je sais pertinemment que, malgré les nombreuses et belles réalisations des jeunes, certaines personnes ont encore tendance à vous considérer comme des utopistes ou pire, comme des éléments déstabilisateurs cherchant à s’attaquer au tissu même de notre société. Souvent, les préjugés et l’incompréhension forment des nuages noirs qui obscurcissent vos perspectives d’avenir dans notre société.

­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­Oui, très souvent on fait la sourde oreille. On banalise le point de vue des jeunes. On leur ferme la porte au nez.

D’où le découragement, la morosité, la somme de frustrations qui par moment explosent et le fort sentiment d’exclusion. C’est la raison pour laquelle j’estime qu’il est de notre responsabilité de démanteler les attitudes et les pratiques qui tiennent notamment les jeunes à l’écart et qui nous privent de leurs perspectives essentielles, de leur énergie, de leur capacité d’agir pour le bien de l’ensemble.

Et je suis convaincue que nous pouvons entamer ce processus.

Aux jeunes, je vous recommande donc de ne pas vous laisser intimider ou, pire encore, manipuler.

Faites fi des préjugés à votre endroit et prouvez à ceux qui vous accusent qu’ils ont tort.

Comment?

Par des actions et des stratégies constructives. La casse ne nous mène nulle part, elle laisse un arrière-goût amer.

Refusez de tomber notamment dans le piège du crime organisé qui profite toujours du désarroi et du sentiment d’impasse.

Soyez plutôt des agents de changement et rassembleurs par tous les moyens à votre disposition.

Encouragez vos amis, votre famille, vos voisins, les commerçants et tous les autres secteurs qui contribuent positivement à la vie et à l’essor du quartier ainsi que d’autres jeunes à se joindre à vos efforts.

Formulez vos idées, vos aspirations et vos recommandations, comme vous savez si bien le faire, avec imagination et conviction.

Ne doutez jamais de votre capacité de mobiliser votre milieu, de rassembler toute la communauté qui a autant besoin de vous que vous avez besoin d’elle.

Ce dernier point est important, parce que votre engagement envers la collectivité doit être réciproque.

Car il est impossible d’améliorer le sort d’une société sans donner une voix aux jeunes, sans s’attaquer directement à leurs problèmes et sans vous impliquer dans le processus de prise de décisions.

Pensons-y bien. Qui mieux que vous peut comprendre les réalités auxquelles vous êtes confrontés tous les jours ? Qui peut les nommer mieux que vous? Et c’est de vous et  avec vous que viennent les pistes de solutions les plus durables pour aller de l’avant.

Nombreux sont celles et ceux qui affirment que les jeunes sont les leaders de demain.

Moi, j’ai la conviction profonde que les jeunes sont aussi des leaders aujourd’hui et, qu’en se rencontrant, les générations apprennent l’une de l’autre. Et que c’est dès maintenant que nous devons écouter vos idées, tenir compte de vos points de vue, et vous accueillir à la table de décision.

Les défis auxquels notre société est confrontée sont tels que nous ne pouvons nous priver de la force de vos idées. Inclure les jeunes, c’est aussi une question, un enjeu de bonne gouvernance.  

Si je dis cela, c’est parce que j’ai vu combien vos efforts portent en eux la promesse d’une société plus riche, plus juste, plus dynamique et plus audacieuse.

Il m’importe d’en témoigner, car tout au long de mon mandat comme gouverneur général, j’ai fait de la jeunesse une priorité.  Les discussions que j’ai engagées avec des jeunes Canadiennes et Canadiens d’un horizon à l’autre du pays, les heures et les heures  passées avec eux dans leur propre milieu, sur leur propre terrain, même si cela nécessitait que j’aille à leur rencontre dans des lieux soi-disant « sensibles », tout cela m’a permis de les voir à l’œuvre et de constater l’impact extraordinaire de leurs initiatives. 

Que ce soit en milieu urbain dans des studios d’enregistrement, des ateliers de création en cinéma, d’animation, de graffiti, de musique, de poésie, de danse, de hip hop, où l’art est utilisé comme un outil de transformation individuelle ou sociale; que ce soit dans des communautés autochtones jusque dans l’Arctique; ou encore dans des centres parascolaires, des groupes d’aide aux jeunes sans abri, des écoles secondaires, des universités et même avec des jeunes détenus de la prison de Bordeaux, ici à Montréal, partout les jeunes m’ont prouvé qu’ils veulent et qu’ils peuvent changer les choses.

Je pense en particulier au quartier de North Point Douglas, longtemps classé difficile et des plus sensibles à Winnipeg. North Point Douglas,  où 200 jeunes, lors du Forum des arts urbains que j’y ai tenu en 2007, ont livré un plaidoyer déchirant et passionné devant des décideurs que j’avais aussi conviés à la rencontre. Leur cri du cœur disait l’urgence d’agir contre une somme de fléaux, violence, criminalité, insécurité, précarité, aussi contre la peur et le fatalisme qui minaient terriblement la quiétude et la vie des résidantes et des résidants du quartier.

Les jeunes ont parlé avec des mots puissants et beaucoup d’idées à la clé. L’urgence de briser l’indifférence et le silence a été entendue et a provoqué une nouvelle synergie.  On a vu les autorités municipales, provinciales, fédérales, les forces de police, tous les secteurs réunis, éducateurs, professionnels de la santé, travailleurs sociaux,  y compris des membres de l’ordre du Canada, prendre part au dialogue, répondre, écouter, s’impliquer et s’engager à donner suite. Des stratégies extrêmement efficaces ont été entreprises et qui incluaient les solutions venant des citoyens eux-mêmes et notamment des jeunes.

Résultats : en l’espace de huit mois seulement, le taux de criminalité a diminué de 70 pour cent et 32 points de vente et de consommation de crack ont été fermés.

Je suis retournée à Winnipeg pour un autre forum avec les gens de North Point Douglas la semaine dernière : ils sont plus forts, plus confiants, plus solidaires que jamais, et tellement fiers de ce qu’ils ont accompli avec le précieux concours et l’impulsion des jeunes.

Car c’est en prêtant attention à vos idées et à vos pistes de solutions que nous réaliserons notre idéal d’un pays où chacune et chacun peut atteindre son plein potentiel.

North Point Douglas n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

L’impact de cette passionnante série de dialogues jeunesse est tel que des organisations qui y ont collaboré, des collectivités qui y ont participé, y compris plusieurs  universités, ont fortement insisté pour que j’en fasse mon legs.

D’où la création de la Fondation Michaëlle Jean qui poursuivra cet engagement en faveur et en accompagnement des initiatives citoyennes de la jeunesse. Des initiatives qui méritent d’être connues et reconnues car partout au pays elles donnent naissance à des solutions des plus imaginatives pour contrer de nombreuses problématiques sociales, elles aident à reconstruire voire à sauver des vies. Des initiatives aussi qui très souvent favorisent l’expression artistique comme espace de réflexion et de mobilisation, comme outil de développement  et d’humanisation.

Le thème de l’Année internationale de la jeunesse, ‘dialogue et compréhension mutuelle’, nous rappelle que nous avons toutes et tous la responsabilité individuelle et collective de régler les questions qui nous divisent, en misant sur les buts et les aspirations qui nous rassemblent.

Il nous faut pour cela faire preuve d’audace, il nous faut vouloir beaucoup pour réaliser assez.

À vous maintenant les jeunes de Montréal de saisir ce moment, de prendre la parole. J’ai tellement envie de vous entendre. Il y a dans la salle aussi des responsables de politiques sociales, culturelles et économiques, des philanthropes,  ainsi que des décideurs prêts à écouter vos solutions.

La parole est à vous!