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ARCHIVÉE: Ouverture de la Conférence des femmes de la gouverneure générale : « Ensemble pour la sécurité des femmes »

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Ouverture de la Conférence des femmes de la gouverneure
générale : « Ensemble pour la sécurité des femmes »

Rideau Hall, le jeudi 9 septembre 2010

Quel immense bonheur de vous accueillir en si grand nombre à Rideau Hall pour entamer cette conférence de deux jours, à laquelle je tenais beaucoup, et vers laquelle j’ai cheminé avec conviction au cours des cinq dernières années à titre de gouverneur général du Canada.

C’est un grand plaisir de retrouver certaines et certains d’entre vous qui m’avez guidée lors de mes nombreux déplacements au pays, ou qui m’avez accompagnée dans le cadre de visites d’État à l’étranger.

Et partout, j’ai pris le temps d’entendre vos préoccupations et les réalités qui ont des répercussions immédiates sur la vie des femmes.

Aussi commencerai-je par remercier chaleureusement celles et ceux qui ont travaillé sans relâche à l’organisation de notre rencontre et celles et ceux qui ont le souci de répercuter la parole des femmes.

De même que je m’empresserai de saluer amicalement toutes ces femmes, tous ces hommes, tous ces jeunes rencontrés au sein d’organismes qui œuvrent sur le terrain et qui, le plus souvent avec peu de moyens, trois fois rien et autant de reconnaissance, réussissent à contrer l’exclusion des femmes et à améliorer leurs conditions de vie. 

Pour moi, comme pour vous, chers amis, empêcher plus de la moitié de l’humanité d’accéder aux droits fondamentaux et de vivre en sécurité constitue l’un des plus grands scandales de notre temps, comme je l’ai souvent dit.

Chaque année par exemple, le 8 mars, alors que nous soulignons fièrement la Journée internationale de la femme, je l’ai dit et l’ai répété au pays et dans le monde. 

En 2006, à Victoria, devant des Britanno-Colombiennes et des Britanno-Colombiens soucieux de la violence faite aux femmes considérée comme un fléau inacceptable et ignominieux.

En 2007, à Kaboul, devant des femmes afghanes affairées à reconstruire leurs communautés ravagées par l’incompréhension et la tyrannie, souvent au péril de leur vie.

En 2008, en compagnie de femmes des Premières Nations, des peuples métis et inuits, de plus en plus nombreuses à prendre le pouvoir et à devenir des leaders pour le bien de leurs communautés, et qui n’ont de cesse de lever le voile sur le triste sort de leurs sœurs, de leurs filles, de leurs mères disparues et réduites à des statistiques et à des faits divers. Permettez-moi ici d’affirmer qu’il ne s’agit pas que d’un enjeu autochtone, mais bien d’un enjeu canadien.

En 2009, au Liberia, à l’invitation de la première femme présidente du continent africain, Ellen Johnson-Sirleaf, dans le contexte de la Conférence internationale sur le renforcement des capacités des femmes, le développement du leadership, la paix et la sécurité, où j’ai rendu hommage au courage des Africaines qui déploient des efforts de tous les instants  pour vaincre les forces de la brutalité et de la misère.

Puis, en 2010, dans le pays le plus pauvre des Amériques, mon Haïti natale, quelques mois après le terrible tremblement de terre, qui a tout détruit en quelques secondes, pour rappeler que nulle reconstruction n’est envisageable, ni même pensable, sans la pleine et entière participation des Haïtiennes sur lesquelles l’espoir repose depuis si longtemps. 

De toutes ces rencontres qui ont nourri notre réflexion et notre action, un thème s’est vite imposé parce que, encore de nos jours et partout sur la planète, des femmes, des filles et des fillettes vivent dans la crainte et emmurées vivantes dans le silence.

La sécurité des femmes est prioritaire parce qu’elle est essentielle à leur émancipation et à leur participation à tous les secteurs névralgiques de nos sociétés.

Qu’une chose soit bien claire, la sécurité, en territoire canadien ou à l’étranger, est une question à multiples facettes. Il ne s’agit pas que de la violence physique ou de la violence psychologique, si répréhensibles qu’elles soient. En effet, il faut aussi permettre aux femmes de fournir leur apport à la société, de s’exprimer et de vivre en toute liberté.

Même ici, au Canada, l’une des démocraties les plus avancées qui soit, riche d’une tradition de droits et de libertés, des femmes se sont présentées à moi comme des « survivantes ».

Une à une, elles m’ont raconté leur histoire.

Une histoire qui, hélas, se répète d’une ville à l’autre, d’un village à l’autre, d’une communauté à l’autre.

Une histoire où derrière des portes closes, à l’abri des regards, dans le secret des cœurs et des consciences, des femmes, des filles et des fillettes encaissent les injures et les coups.

Or, pour s’affranchir et accéder à la liberté de penser et d’agir, au respect et à la dignité, toute femme doit pouvoir compter sur des droits inaliénables et à un environnement où sa sécurité est assurée sans condition.

Quantité de facteurs mettent la vie des femmes en péril ou les confinent à un état de précarité ou de vulnérabilité : toutes les atteintes à leur intégrité, physique, sexuelle et psychologique, mais aussi la pauvreté, la pénurie de logements sociaux, le manque d’accès à l’éducation et à la formation, toutes les formes d’exclusion, toutes les formes de banalisation face aux propos, aux comportements avilissants ou méprisants dont les femmes et les filles sont l’objet et font les frais.

Le féminisme que nous revendiquons aujourd’hui commence là où Simone de Beauvoir terminait Le Deuxième sexe en 1949, en espérant la venue du « règne de la liberté ».

Or, qui dit liberté dit évidemment respect.

De Beauvoir précisait que « pour remporter cette suprême victoire il est entre autres nécessaire que par-delà leurs différenciations naturelles hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité ».

Or, qui dit fraternité dit évidemment respect.

C’est sous la tutelle bienveillante d’une telle parole, d’une réflexion lumineuse et rassembleuse que nous ouvrons aujourd’hui cette conférence.

Les mots que nous échangerons au cours des prochains jours ont un pouvoir de transformation et d’action.

En revanche, les mots et les situations que nous taisons continuent de crier en nous.

Ces cris muets confinent à la solitude alors que la parole mène à la solidarité.

J’en suis convaincue. N’est-ce pas, chers amis?

Cette conviction animait la jeune femme que j’ai été et dont les premiers engagements ont servi à accompagner des femmes ayant subi plusieurs formes de violence et ont contribué à établir un réseau de refuges qui leur étaient destinés.

Cette conviction nourrit toujours la femme qui se tient devant vous et qui opte résolument pour le vivre ensemble plutôt que pour le « chacun pour soi » et « pour son clan », dont les crispations font tressaillir le monde.

Partout où je suis allée, à titre de gouverneur général du Canada, j’ai rencontré des femmes singulièrement remarquables et collectivement régénératrices. 

J’ai appris de ces femmes.

Nous avons appris de ces femmes.

Car nos vies sont pleines de leurs voix rassurantes, de leurs mains accueillantes, de leur marche infatigable.

De ces survivantes qui, comme ma grand-mère Dejanira qui s’usait les doigts à coudre des vêtements qu’elle vendait sur les trottoirs de Port-au-Prince pour envoyer ses enfants à l’école, j’ai appris que « l’éducation, c’est la liberté ».

De ces combattantes qui trouvent en elles le courage de se reconstruire après des années de violence et d’abus, j’ai appris à ne jamais baisser ni les yeux ni les bras.

De ces guérisseuses des premiers peuples des Amériques, j’ai appris qu’il était possible de briser les cercles de l’exclusion et de l’oppression et de les remplacer par les cercles du partage et de la guérison.

De ces opposantes qui se dressent contre tous les intégrismes, j’ai appris que le combat pour la liberté n’aura de fin que lorsqu’elle sera acquise à toutes et à tous.

De ces résistantes qui, en Afghanistan et ailleurs, ont libéré leur tête de sous la burka qui les enténébrait et m’ont regardé droit dans les yeux, j’ai appris le pouvoir de l’indignation.

De ces audacieuses qui, au Mali, ont décrété que la pratique des mutilations génitales est une violation des droits fondamentaux de la personne, j’ai appris que les traditions ne devaient pas s’exercer au détriment des uns et avec la complicité des autres.

De ces éclaireuses qui, partout sur la planète, font fi des divisions inventées par des esprits belliqueux, j’ai appris que le respect de la dignité humaine est le plus puissant antidote contre la barbarie.

De ces justicières qui dénoncent les sévices graves exercées sur des filles, des sœurs, des mères, notamment en République démocratique du Congo, j’ai appris la démence d’ « une guerre qui finit dans le ventre des femmes ».

De ces mères dont les enfants meurent au combat, j’ai appris les mots qui disent la perte.

De ces femmes leaders, des leaders comme vous, de plus en plus nombreuses, j’ai appris que le défaitisme est le contraire du progrès, ici même comme dans les pays les plus pauvres.

De ces clairvoyantes, qui nous outillent de leurs réflexions, j’ai appris à traduire leurs pensées en action.   

J’ai encore beaucoup à apprendre de vous, des femmes que je côtoie et des hommes qui voient en nous des êtres égaux devant la vie.

Et, de tous les espoirs, celui que je veux transmettre à ma propre fille me vient du travail des femmes qui, alors que seulement une maigre partie des ressources du monde leur reviennent, se dévouent corps et âme à améliorer la vie de chacune et de chacun autour d’elles.

Je parle, vous le savez, du travail des femmes qui mesurent leur réussite en fonction de ce qu’elles apportent, et non de ce qu’elles prennent.

Exclure les femmes, c’est courir à l’échec.

Car les femmes n’oublient jamais que la vie est notre bien le plus précieux.

Et c’est pourquoi, chers amis, il faut nous écouter.

Et on nous écoutera, j’en suis persuadée plus que jamais.

Si nous ne voulons pas « mourir d’anesthésie technocratique ou d’abstentionnisme émotif », pour reprendre la formule percutante de Julia Kristeva.

Pour que nous ne vivions pas « en plan avec un immense continent d’intimité, d’émotion et de parole en suspens », continue Kristeva.

Pour que nous formions avec celles et ceux que nous aimons et qui nous entendrons une parole de vie, porteuse et rassembleuse.

Oui, chers amis, au cours des prochains jours, soyons les uns pour les autres, et pour l’humanité entière, une parole de vie contre toutes les solitudes du monde.    

Merci mille fois et de tout mon cœur de votre présence.