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ARCHIVÉE: Commission de vérité et de réconciliation relative aux pensionnats indiens

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Cérémonie « Témoignage de l’avenir » de la Commission de
vérité
et de réconciliation relative aux pensionnats indiens

Rideau Hall, le jeudi 15 octobre 2009

Ce que nous nous apprêtons à vivre ensemble, ici même, dans cette salle où se déroulent toutes les cérémonies officielles, est d’une importance capitale.

Je suis heureuse que nous soyons réunis sous les auspices favorables de l’Oiseau-Tonnerre, de toutes les formes vivantes et de tous les manitous qui habitent l’eau, la terre et le ciel.

Cette œuvre monumentale, née de la générosité et du talent de l’un de nos plus grands peintres, Norval Morrisseau, de la nation ojibwée, ouvre en ce lieu une fenêtre sur l’horizon des ancêtres, de ces peuples qui sont nos racines les plus profondes, et dont la présence sur cette terre vaste et généreuse remonte à des milliers et des milliers d’années.

L’œuvre de Morrisseau par sa présence imposante dans cette salle d’architecture très européenne est aussi une invitation au dialogue.

Comme si les civilisations qui ont marqué notre histoire allaient à la rencontre les unes des autres, dans un rapport de complémentarité cette fois-ci, plutôt que dans un rapport de force.

Et c’est bien dans cet esprit que nous nous trouvons rassemblés aujourd’hui, autochtones et non-autochtones, frères et sœurs de la grande famille humaine, en un cercle, le cercle de la vie, où sont représentées les régions du monde et toutes les races, reliées les unes aux autres, en interdépendance.

Je salue la présence, au sein de ce cercle, de nombreux aînés, de leaders spirituels et de dirigeants, de survivants, de jeunes et d’enfants, de citoyennes et de citoyens de tous les horizons.

Nous avons beaucoup en partage : un pays, des valeurs, une mémoire, une histoire.

Une histoire dont certains chapitres sont lumineux et glorieux, d’autres sombres et accablants.

Nous sommes en train de faire la lumière sur le douloureux chapitre des pensionnats autochtones, qui s’est échelonné sur plus d’un siècle.

Rappelons que le 11 juin 2008, devant des millions de Canadiennes et de Canadiens, des paroles de contrition et de profond regret ont résonné dans l’enceinte du Parlement. 

J’y étais.

Et je me souviens très clairement des images qu’avaient alors fait surgir en moi ces paroles.

Ces paroles nées de l’indignation suscitée par la tragique histoire des mesures d’assimilation forcée et des violences infligées à des milliers d’enfants autochtones arrachés à leur famille.

Je revoyais des photos d’archives bouleversantes, que je découvrais pour la première fois dans un centre culturel de la première nation Tr’ondëk Hwëch’in, qui m’a accueillie en juin 2007, à Dawson City, au Yukon.

Des photos déchirantes, d’une infinie tristesse, qui montraient, entre autres, des enfants autochtones entassés par dizaines dans la boîte arrière d’un camion, les yeux hagards, effrayés.

Vous savez de quoi je parle.

Ils étaient tout petits. Certains n’avaient pas cinq ans.

Je ne pouvais m’empêcher de penser à tous ces parents, ces grands-parents à qui on a dit : vous n’avez rien à leur apprendre, rien à leur offrir, nous les emmenons.

À ces femmes et à ces hommes à qui on a enlevé leur richesse la plus précieuse, leurs enfants, leur vie, leur avenir. Combien ne les ont jamais revus, combien n’ont jamais su ce qui leur était arrivé?

Mais au-delà des images et des archives qui témoignent en silence, il reste à mesurer l’étendue de la perte pour nous tous.

Car, de part et d’autre, nous avons été spoliés.

Par la déportation massive de leurs enfants vers les pensionnats, les peuples autochtones ont été dépossédés de leurs langues, de leurs cultures, de leur dignité, des liens précieux, vitaux et affectifs entre les générations, de la transmission des savoirs ancestraux.  

Du coup, les non-autochtones ont aussi été dépossédés d’une riche possibilité, celle d’apprendre et de grandir au contact de toutes ces cultures, d’apprécier et de partager l’esprit, la beauté et la sonorité de leurs langues, leur profonde connaissance du territoire, leur vision du monde, leur parcours, leur expérience millénaire.

À la place, on a vu s’ériger les murs de l’oubli et de l’ignorance qui perpétuent l’indifférence. 

Le temps est venu de se dire. Le temps est venu d’entendre et de confronter ensemble les pans de cette mémoire, si désolante soit-elle.

C’est le moment de prendre ensemble la route de la vérité et de la réconciliation.

Et si je me suis engagée, de même que l’institution que je représente, à être le témoin de ce périple que nous devons entreprendre avec courage et responsabilité, c’est que je crois en la promesse lumineuse de la vérité sur laquelle nous avons choisi de miser collectivement.

Quand le présent ne reconnaît pas les torts du passé, le futur se venge.

Aussi ne faut-il jamais reculer lorsque l’occasion se présente de réparer une injustice de l’histoire.  

Ouvrons nos cœurs. Ouvrons nos esprits.  

Laissons la parole circuler librement entre nous et accueillons-la, dans une réelle volonté de partage et de dialogue.

Il s’agit de reconstituer ensemble une histoire qui nous rassemble et qu’il nous appartient de reconnaître pleinement.

Voilà ce que à quoi nous convie cette Commission, et partout où elle se déplacera, c’est ce qu’elle doit faire : reconstruire les liens de confiance pour mieux rassembler.

À toutes celles et tous ceux qui ont survécu à l’outrage, ou qui y ont participé, et qui auront le courage d’en parler, je dis merci de franchir ce seuil difficile mais tellement nécessaire.

À toutes celles et tous ceux qui aideront à rétablir les faits et les nuances, je dis merci de contribuer à ce long voyage de la reconnaissance vers la réconciliation.

À toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens qui, à la grandeur du pays, dans nos provinces et territoires, saisiront cette occasion que nous offre la Commission d’apprendre, d’être à l’écoute et de fraterniser, je dis du fond du cœur merci.

Chaque présence comptera pour mieux briser l’indifférence, briser les solitudes, imaginer comment nous souhaitons vivre ensemble.

Il s’agit non seulement d’un souhait, mais d’un devoir collectif.

Voilà comment nous pourrons saisir l’étendue du possible entre nous.

Car ce possible est, à mon sens, l’expression la plus juste et la plus noble de notre dignité humaine.

Car ce possible est le garant d’un avenir meilleur, pour nous et pour les générations qui marchent dans nos pas.

Aujourd’hui, faisons entre nous un pacte.

Un pacte de solidarité.