Ode à l’Ordre du Canada

Ode à l’Ordre du Canada
« Noblesse populaire »
À l’occasion du 50e anniversaire
de sa fondation en 1967 

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Rois et reines apprécient l’apparat, l’apparence
De tous les grands seigneurs qui mettent en évidence
Tous les bienfaits « divins » du règne du monarque –
Des morts (jamais des idiots) paradisiaques
Au fronton doré de cimetières éternels –
Issus d’anciennes familles aux noms immortels –
Des héros qui triomphaient de leurs ennemis,
Ou des âmes par la Charité animées.
Mais les élus du Canada sont nobles qui
Ne sont ni imités ni issus d’un Qui est qui,
Des acteurs qui agissent au-delà des frontières
(Pas d’origine hâtive pour cet ordre fier)
Et choisis par les citoyens pour ascension
À l’Ordre du Canada avec l’intention
D’exalter des Canadiens qui ont inspiré
À nous tous le désir de nous améliorer…
Institué pour honorer le centenaire
De Canadiens – ingénieurs de l’imaginaire –
Qui sont d’excellents exemples de réussite –
Dans la neige, par leurs efforts et leur conduite,
Ou par leurs manœuvres insurpassées dans les sports –
Tirs frappés au hockey, beaux paniers sans effort –
Par leur traversée en canot ou sur des skis
De fond, d’une ingouvernable Géographie,
Ou par leurs traductions de thèmes shakespeariens,
En étant des penseurs qui rêvent et font des liens,
Ou en étant d’impérissables missionnaires
De Paix ou des médecins révolutionnaires –
(Pensez à l’insuline),  ou des soldats qui choquent
L’ennemi (car nos poings sont plus forts que le roc).
Nous avons à l’attaque la parole facile,
L’adversaire recule, muet et immobile.
Qui peut surpasser nos patriotes en lice,
Pour redresser les torts faits aux droits des gauchistes?
Qui seront leurs poeticae (imitateurs)?
Ce sont plus que des platitudes d’orateurs.
Ce sont plus que des miettes de décoration
En français ou anglais de mièvres allocutions.
On ne peut les effacer, ces héros sans-grade
Qui renversent partout toutes les barricades.
Ils rédigent des lois; ils sculptent pour faire Voir;
Peignent la lumière – et éclairent le Devoir.
Pour partager tout le Merveilleux que cet Hôte
A en archive et l’honorer (non comme un autre
Fantôme dans les ruines d’un Parthénon),
Mais comme citoyens et comme des champions,
Dont le nom sera copié en prose et en vers,
D’un siècle à l’autre. Vous tous, tournez-vous vers
L’Ordre du Canada, vous vous verrez, c’est clair,
Dans ce qui est une « noblesse populaire ».*

George Elliott Clarke, O.C., O.N.S.
7e poète officiel du Parlement (2016-17)

Traduction : Robert Paquin, Ph. D.

*Expression de Thomas Chandler Haliburton (1796-1865) auteur canadien de l’ère coloniale, vers 1835.