Le léopard vice-royal
  1. Le gouverneur général du Canada
  2. Son Excellence le très honorable David Johnston
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Son Excellence madame Sharon Johnston - Doctorat honorifique de l’Université de Manitoba

Winnipeg (Manitoba), le jeudi 18 mai 2017

 

Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour célébrer nos nouveaux médecins, ces hommes et ces femmes qui assureront la santé de la nation canadienne. Je suis particulièrement touchée d’être avec vous et de recevoir un doctorat honorifique en cette année du 150e anniversaire du Canada. Vous n’oublierez pas l’année de l’obtention de votre diplôme!

Je connais très bien les collations des grades. Au cours des 40 dernières années, j’ai été mariée à un professeur, un doyen et un président d’université — qui ne sont qu’un seul et même homme! En soi, c’est tout un exploit.

David et moi-même sommes chanceux d’avoir grandi à Sault Ste. Marie. Le Nord de l’Ontario ressemble au Manitoba, avec ses lacs imposants, ses forêts et ses ruisseaux. La nature nous enracine, ainsi qu’elle le fait pour les Autochtones de la région depuis des siècles. Comme c’est le cas à Sault Ste. Marie, Winnipeg possède une vaste population autochtone. Les Premières Nations vivent une crise sanitaire et j’espère que certains d’entre vous s’attaqueront à ce problème dans vos fonctions professionnelles.

Pendant un instant, j’aimerais remonter le temps à l’époque où j’avais votre âge. J’appartenais à la génération Woodstock et tout semblait possible. Fraîchement sortie de l’université, je travaillais comme ergothérapeute dans un de ces grands établissements psychiatriques désormais désuets. Les patients commençaient à réintégrer la société après un long séjour en hôpital psychiatrique. Bon nombre de ces patients, éloignés de leur famille, devenaient des itinérants et finissaient dans un autre établissement... la prison.

Ma carrière professionnelle a été interrompue par des grossesses rapprochées. Nous avons eu cinq filles en sept ans. Je ne recommande pas du tout cette pratique. Ce n’est que maintenant, quand je regarde en arrière, que je trouve cette situation amusante. J’étais dépassée et, avec la carrière florissante de mon mari, j’avais l’impression d’être une mère monoparentale. Comme beaucoup d’autres, j’ai demandé de l’aide à mon médecin. En j’en ai obtenu. Six mois après avoir reçu du soutien, je ne ressentais plus d’anxiété ni de colère. Plus important encore, je me sentais bien physiquement. Je suis devenue une coureuse engagée, parcourant près de dix kilomètres par jour. Sans les sages conseils de ce médecin, je ne crois pas que je serais ici devant vous aujourd’hui. Il n’y a rien de mal à avoir besoin d’aide psychologique. Ce qui est mal, c’est de ne pas en demander.

C’est un heureux hasard si j’ai voyagé avec David au cours des sept dernières années, sillonnant le pays pour en savoir plus sur les nombreuses méthodes novatrices permettant de traiter des problèmes de santé mentale. Nous avons observé des progrès considérables dans les domaines de la lutte contre l’itinérance, de la prévention du suicide chez les jeunes et du soutien aux jeunes adultes, aux familles, aux Autochtones et à tous les membres de notre société qui souffrent.

La Commission de la santé mentale du Canada évalue la crise actuelle dans le domaine de la santé mentale dans notre pays, car sept millions de Canadiens sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, qui entraînent des coûts annuels de 50 milliards de dollars. C’est 4 000 $ par personne par année. Ces chiffres ne tiennent pas compte des difficultés vécues par les personnes et les familles qui luttent contre une maladie dont ils ont peur de reconnaître l’existence.

Toutefois, nos efforts pour réduire la stigmatisation dans l’armée, la fonction publique et sur le marché du travail ont beaucoup progressé. Les deux derniers greffiers du Conseil privé — le bureau du fonctionnaire le plus haut placé du Canada — ont déclaré que la santé mentale constituait l’une des priorités de la fonction publique fédérale. Malgré ces efforts louables, nous savons que les patients souffrant de problèmes de santé mentale obtiendront beaucoup moins de soins que ceux ayant seulement des problèmes physiques.

En tant que médecins, vous serez parmi les personnes les plus respectées de votre collectivité. Vous serez des leaders. Maintenant que vous commencez votre carrière ou que vous continuez de vous spécialiser, je vous invite à ne pas oublier trois choses simples.

Premièrement, lorsque vous commencerez à pratiquer la médecine, n’embauchez pas de réceptionniste grincheuse. Trouvez une personne chaleureuse et réceptive aux problèmes de santé mentale. Promenez-vous ensuite dans la collectivité pour découvrir les ressources existantes en matière de santé mentale, ou au moins, demandez à un membre de confiance de votre personnel de le faire. Même les patients que vous ne pouvez pas traiter directement vous seront reconnaissants de les avoir orientés vers des personnes pouvant les aider. Il vous faudra moins de temps pour orienter un patient une fois vers une ressource utile que pour revoir ce patient à répétition.

Deuxièmement, parlez de santé mentale avec vos collègues. Eux aussi auront besoin de soutien. Le stress particulier que ressentent les membres de la profession médicale est aussi important que dans n’importe quelle autre profession, voire plus important. La fatigue, l’épuisement professionnel, le stress familial et les comportements d’adaptation, y compris la consommation d’alcool et de drogues, sont aussi présents dans le milieu des soins de santé que n’importe où ailleurs. Faites preuve d’ouverture. Soyez à l’écoute des autres. Soutenez-vous mutuellement. Le personnel soignant doit se soigner lui-même.

Troisièmement, soyez honnêtes envers vous-mêmes. Vous accédez à une profession où la demande est notoirement élevée. Et, en tant que professionnel de la santé, vous êtes une ressource précieuse pour le Canada, que nous devons conserver intacte. Il est approprié et honorable de demander de l’aide si vous en avez besoin. Montrez l’exemple en trouvant le courage de demander rapidement de l’aide. Tirez ensuite des leçons de cette expérience pour en faire profiter les autres.

Donc voilà mes trois petits conseils. Lorsqu’il est question de santé mentale, donnez des conseils utiles à vos patients, soutenez vos collègues et prenez soin de vous. Vous ne pouvez pas vous tromper.

Je vous remercie du grand honneur que vous m’avez accordé aujourd’hui. Je suis non seulement ravie d’être en votre compagnie, mais aussi fière de vous compter parmi mes collègues lorsqu’il s’agit d’améliorer la santé de tous.