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Nouvelles

Discours liminaire à l’Université des Antilles — Éduquer et innover dans un monde branché

Port of Spain (Trinité-et-Tobago), le mercredi 2 mai 2012


Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour parler de l’engagement de nos deux pays en matière d’éducation.

Comme bien des Canadiens, j’ai la passion d’apprendre. William Osler, un des médecins canadiens les plus réputés et un des pères de l’école de médecine moderne, a dit ceci un jour :

« Ce qui est le plus difficile à inculquer à un nouvel étudiant, c’est que le programme d’études qu’il entreprend n’est ni un cours universitaire ni une formation médicale, mais un parcours de vie. »

Les Canadiens sont profondément convaincus que l’éducation peut changer nos vies pour le mieux.

En fait, j’en suis moi-même si convaincu que j’ai passé la majeure partie de ma vie, soit près de 27 ans, dans le milieu éducatif, d’abord comme étudiant, ensuite comme pédagogue, puis comme administrateur d’universités.

Au cours de ces années, nous avons vu s’accroître la volonté de rehausser la qualité de l’éducation. De nombreux pays ont misé leurs efforts sur le financement et le remaniement de leur système d’éducation dans la perspective d’améliorer leur sort. Je l’ai constaté en Asie, au Brésil et ici même, à Trinité-et-Tobago. Le même phénomène s’est produit au Canada. Il est donc difficile de ne pas exagérer l’importance de l’éducation.

L’éducation est la principale façon d’optimiser nos choix et de nous épanouir en tant qu’êtres humains. Au Canada, nous avons travaillé ensemble, tout au long de notre histoire, à bâtir un système d’éducation publique solide, car nous avons compris que l’éducation est le facteur le plus puissant de nivellement socio‑économique.

L’éducation et le développement humain sont indissociables l’un de l’autre. Au 21e siècle, le mieux-être de sociétés tout entières reposera sur leur capacité d’apprendre et d’innover et de partager les connaissances acquises.

Ce genre de partage de résultats, c’est ce que j’appelle la diplomatie du savoir.

Je m’explique. Je crois énormément dans la collaboration. En conséquence, la diplomatie du savoir se traduit, selon moi, par notre capacité et notre volonté d’œuvrer ensemble et de partager nos connaissances dans tout l’éventail des disciplines et au-delà des frontières. Grâce à un bon dosage de créativité, de communication et de coopération, les gens peuvent accomplir des choses remarquables.

Trinité-et-Tobago et le Canada sont tous deux conscients de l’importance de conjuguer les efforts dans un monde planétaire. Ce qui importe surtout, c’est que les individus mêmes s’en rendent compte également.

On dit que, dans le monde d’aujourd’hui, le succès repose essentiellement sur la force de notre participation aux réseaux mondiaux plutôt que sur le rang que nous occupons sur la scène mondiale. Internet illustre parfaitement ce principe, et nous avons vu comment le Web constitue pour les individus comme pour les groupes de petite taille un puissant levier d’action sur la scène mondiale.

Grâce aux progrès de la technologie en matière de communications, nous avons la capacité comme jamais auparavant de communiquer avec quiconque dans le monde.  

L’une des répercussions de cette technologie se reflète dans le programme « eConnect and Learn », qui a été mis en place dans les écoles secondaires de Trinité-et-Tobago.

L’objectif de fournir gratuitement à chaque élève un ordinateur portable avec accès à Internet est une brillante initiative, qui est avantageuse non seulement pour les élèves, mais également pour leurs familles. Cela permet en outre aux élèves de découvrir leur propre pays comme jamais auparavant, de communiquer avec des élèves d’autres régions, et même d’apprendre avec d’autres jeunes du monde entier.

Ce qu’il importe de comprendre, ici, c’est que les ordinateurs portables ne remplacent pas l’apprentissage traditionnel en classe, mais que leur utilisation, combinée aux manuels scolaires et à l’interaction avec les autres élèves, vient en   rehausser l’expérience. Il est important de faire cette distinction, car la technologie ne remplacera jamais l’une de nos ressources les plus estimées qu’est le professeur dévoué à ses élèves.

Ce programme innovateur combine la technologie et l’éducation pour façonner la prochaine génération de citoyens du monde.

L’autre effet d’un monde branché se situe dans les médias sociaux. Au cours de la dernière décennie, Internet a permis l’interconnectivité instantanée de toutes les parties du monde, et ce, à un coût de plus en plus abordable. C’est ce qui explique la rapidité avec laquelle des sites comme Facebook et Twitter sont devenus si populaires pour la diffusion de l’information.

À Trinité-et-Tobago, vous avez adopté d’emblée ce nouveau mode de communication, encourageant les citoyens à participer au processus décisionnel et à partager leurs points de vue.

Au Canada aussi, l’engouement pour les médias sociaux est réel. J’ai moi-même un compte sur Facebook et un autre sur Twitter. Et je dois vous dire que j’ai constamment mon BlackBerry sur moi.

L’utilisation des médias sociaux en est encore au stade exploratoire et nécessite une certaine vigilance de notre part face aux risques qui découlent de leur évolution trop rapide. Autant les médias sociaux peuvent être bénéfiques, autant ils peuvent être nuisibles entre certaines mains. Mais partout, les gens adoptent ce moyen de communication pour la possibilité qu’il offre de faire le bien et d’apporter des changements.

Les organismes à but non lucratif mobilisent leurs bénévoles et leurs donateurs au moyen des médias sociaux, ce qui ne se faisait pas il y a à peine cinq ans. Les gouvernements y ont recours également pour diffuser leurs informations les plus récentes aux citoyens et pour sonder l’opinion publique au sujet de leurs plans et de leurs politiques. Et rappelons-nous les événements comme le printemps arabe, où Twitter est devenu une arme de contestation populaire.

Au Canada, une brillante jeune femme, Hélène Campbell, se sert de Twitter pour encourager les gens à faire des dons d’organes. Elle même candidate à une transplantation de poumons — et je suis heureux de dire qu’elle a reçu ses nouveaux poumons au début du mois —elle a néanmoins consacré ce temps non pas pour elle, puisqu’elle livrait des messages sur l’importance de devenir un donneur d’organes pour sauver des vies.

Peu de temps après le début de cette campagne, la province de l’Ontario a constaté une hausse sensible du nombre de donneurs enregistrés. Voilà un exemple du potentiel des médias sociaux lorsqu’ils sont utilisés par des gens avertis et bienveillants.

La troisième répercussion de la technologie des communications est qu’il n’est plus nécessaire, au 21e siècle, d’être situé dans une grande agglomération pour apporter sa contribution, pour nouer des partenariats et pour s’épanouir.

C’était également l’opinion d’Harold Innis, l’un des penseurs les plus influents du Canada et un pionnier de la théorie des communications. Selon lui, les petites collectivités ou celles qui se trouvent en périphérie sont plus propices à l’émergence de nouvelles idées, parce que le statu quo y est souvent moins ancré.

Trinité-et-Tobago est en bonne posture pour devenir un acteur de premier plan dans l’économie mondiale en raison de sa taille, de son emplacement géographique et de sa volonté de promouvoir l’apprentissage et l’innovation.

L’histoire est d’ailleurs truffée d’exemples de l’impact important que peuvent avoir les petites collectivités et les petits pôles d’innovation. Pensons à l’influence qu’une ville relativement petite comme Florence, à l’époque de la Renaissance, a exercée sur le cours de la civilisation occidentale. Et voyons maintenant l’évolution, dans le Canada actuel, de la petite ville de Waterloo, en Ontario, qui est devenue un pivot florissant de l’innovation technologique.

Aujourd’hui, l’innovation se produit partout. Et elle rayonne, grâce à la pratique de la diplomatie du savoir, principalement entre les gens d’une collectivité et entre universités.

En fait, des partenariats se nouent couramment entre nations et universités. Lors de  mes voyages et dans mes années passées dans le milieu universitaire au Canada, j’ai vu la diplomatie du savoir en action. Les universités  ainsi que les universitaires, les chercheurs et les étudiants sont de parfaits ambassadeurs pour nos pays. Les échanges de personnes et de connaissances ont donné lieu à des expériences et des innovations incroyables.

N’allons pas très loin. L’Université des Antilles en est un exemple éloquent.

Cette université, qui tient ses origines de Londres et de la Jamaïque, est fondée sur le principe selon lequel une éducation de qualité et le partage du savoir et des compétences sont essentiels à l’avenir de la région. À mesure que cette institution a pris de l’ampleur, y compris à Trinité-et-Tobago, elle a été en mesure de transmettre un savoir de haut niveau à un grand nombre d’étudiants au fil des ans. Voilà ce qu’est la diplomatie du savoir en action.

Cette université a une dimension vraiment mondiale. En 1963 était inauguré le « Canada  Hall », un lien durable entre cette université, ce pays et le Canada.

Or, nos partenariats ne s’arrêtent pas là!

L’Université des Antilles a en effet conclu  de nombreuses ententes avec des universités et des collèges au Canada, qui prévoient des échanges d’étudiants, de professeurs et de chercheurs, comme c’est le cas d’institutions d’autres pays. En fait, près de 700 étudiants de Trinité‑et‑Tobago étudiaient au Canada en 2010, et plus d’une centaine de bourses d’études ont été accordées depuis 2009.

Je ne peux m’empêcher de mentionner que le principal de cette université, Clement Sankat, a des liens directs avec le Canada, puisqu’il a fait ses études à l’Université de Guelph et à l’Université Laval.

J’aimerais vous donner un autre exemple de l’efficacité de notre partenariat, qui illustre clairement, une fois encore, ce qu’est la diplomatie du savoir.

L’Université du Nouveau‑Brunswick et ROYTEC — l’UWI School of Business and Applied Studies Limited — offrent un merveilleux programme qui permet aux étudiants d’acquérir une excellente expérience d’apprentissage dans le secteur des services financiers. Et surtout, il fournit aux étudiants l’occasion d’étudier au Canada. Il y a maintenant plus d’un millier de diplômés de ce programme, et plus de 200 étudiants sont actuellement inscrits dans le volet menant au  baccalauréat en administration des affaires de l’Université du Nouveau-Brunswick. Le partage entre étudiants et professeurs est un parfait exemple de la diplomatie du savoir.

Cette nation-ci, et surtout sa population, est bien résolue à jouer un rôle de premier plan dans le partage du savoir, de l’apprentissage et de l’innovation.

En tant que gouverneur général, j’ai énoncé un ensemble de piliers que j’estime essentiels à la création d’une nation  avertie et bienveillante. 

L’un deux porte sur le renforcement de l’apprentissage et de l’innovation et correspond directement aux buts que s’est fixée Trinité‑et‑Tobago dans son cadre de politique à moyen terme.

Ce cadre politique établit, plus particulièrement, que « l’éducation est l’élément fondamental du développement du capital humain ».

Le fait même que ce pays soit si résolument axé sur l’éducation au point d’avoir établi des objectifs concrets, telle l’atteinte d’un taux cible de 60 pour cent d’inscription au niveau postsecondaire et de cent pour cent au niveau  préscolaire d’ici 2015, est la promesse d’un brillant avenir pour Trinité‑et‑Tobago. Quel que soit le pays, l’éducation est un facteur crucial de croissance économique, de création d’emplois, de compétitivité et, surtout, d’innovation.

Permettez-moi de revenir maintenant à mon propre pilier d’apprentissage et d’innovation, deux composantes indissociables l’une de l’autre lorsqu’il s’agit d’édifier des collectivités et des pays

Comme je l’ai déjà dit, nous n’insisterons jamais assez sur l’importance de l’éducation dans notre société. Trinité-et-Tobago l’a bien compris et a travaillé d’arrache-pied à surmonter les obstacles à l’accès à l’éducation, grâce à des idées et des programmes innovateurs. « L’éducation pour tous », est un slogan que j’ai entendu ici. Ces trois mots ont une grande valeur aux yeux du jeune homme et de la jeune femme qui rêvent de bâtir un avenir meilleur.

GATE est l’un de ces programmes qui reflète l’importance accordée à l’éducation postsecondaire. En donnant la chance à tous d’aller à l’école, d’apprendre, vous renforcez la société.  

C’est une idée nouvelle pour laquelle il reste à trouver une solution quant à la façon de mesurer le rendement de l’investissement. Elle n’en demeure pas moins originale, et son objectif est certes des plus louables. Je laisse à d’autres le soin de discuter de l’efficacité de ce programme, mais je tiens à souligner que c’est une façon de pensée qui reflète le souci qu’a Trinité‑et‑Tobago de créer une société du savoir et une culture de l’apprentissage qui mèneront le pays sur la voie de l’avenir.

C’est la raison pour laquelle j’espère encourager l’établissement de nouveaux liens entre nos deux pays, des liens qui se tisseront à partir d’ici. Bien que les inscriptions de Trinidadiens dans des institutions postsecondaires à l’étranger aient diminué, il y a encore de nombreuses possibilités pour les étudiants d’acquérir une expérience internationale et d’en faire profiter leur pays.  Le Canada, en particulier, ouvre des horizons intéressants à cet égard, et certaines de nos institutions qui accueillent les étudiants étrangers ont des liens de collaboration avec votre université.

La semaine dernière, justement, j’ai pris la parole au Congrès des Amériques sur l’éducation internationale, qui s’est tenu au Brésil, pour parler des merveilleuses possibilités qu’offre le Canada et de l’importance des études à l’étranger.

J’ai moi-même été un étudiant étranger aux États-Unis et en Angleterre, deux expériences qui m’ont aidé à m’épanouir et à acquérir une perspective mondiale qui m’est utile jusqu’à maintenant.

Je ne saurais trop insister sur l’éminente contribution des universités et des collèges à notre mieux-être collectif, tant au pays que partout au monde. N’oublions pas que toutes les étapes de la scolarité, depuis l’éducation de la petite enfance jusqu’aux études postsecondaires, puis à l’éducation continue, ont leur importance. En effet, chaque étape est une partie essentielle du tout, et si l’on en néglige une, les suivantes seront à risque.

Nous devons donc sans cesse tenter de voir le tout et d’agir en conséquence, de manière à renforcer notre système d’apprentissage. C’est pourquoi je suis si heureux de visiter Trinité‑et‑Tobago. En se projetant en 2020, votre pays épouse cette notion qui consiste à voir l’ensemble des aspects qui font une grande nation, c’est-à-dire identifier les forces et les faiblesses de la société et prendre les mesures qui s’imposent pour améliorer le bien‑être de toute la population.

Et tout commence par l’éducation.

L’année dernière, le ministre de l’Éducation, l’honorable Tim Gopeesingh, a lancé le défi suivant aux enseignants. Je cite : « . . . faire de votre environnement pédagogique une expérience qui encourage la créativité, la pensée critique, la résolution de problèmes et la prise de décisions afin de former des élèves et des étudiants capables de se tailler une place dans une économie technologiquement avancée et fondée sur le savoir. »

J’aimerais étendre ce défi à nous tous. Que pouvons‑nous faire pour créer le meilleur environnement pédagogique qui soit?

Les politiques comptent pour beaucoup dans la façon dont l’éducation est envisagée, mais ce sont les gens eux-mêmes — les professeurs, les étudiants et les administrateurs — qui sauront vraiment juger de la qualité du contexte d’apprentissage.

Cette année est une année qui promet d’être marquante pour Trinité-et-Tobago, puisque vous célébrez le 50e anniversaire de votre indépendance. C’est également l’année qui couronne un demi-siècle de relations diplomatiques officielles entre nos deux pays, bien que nos échanges commerciaux remontent aux années 1800.

En cette année historique, que peuvent faire nos deux pays pour approfondir leurs relations? Nos liens de collaboration en matière de gouvernance, de commerce et d’éducation ne cessent de croître, mais quelle contribution pourrions-nous apporter au reste du monde?

J’ai parlé un peu plus tôt d’une nation avertie et bienveillante, érigée sur de solides piliers. Nous avons aussi les moyens d’édifier un monde averti et bienveillant, si seulement nous parvenions à nous encourager les uns les autres, entre amis, à faire davantage pour les générations suivantes, d’où surgiront les leaders qui bâtiront un monde fondé sur la collaboration et l’innovation.

La devise de Trinité-et-Tobago — ensemble nous aspirons à mieux, ensemble nous réussissons — ne pourrait être plus appropriée au seuil de cette nouvelle ère de coopération et de progrès. Exerçons donc la diplomatie du savoir, en particulier, pour tisser les liens durables qui nous entraîneront bien au-delà de ce 50e anniversaire et nous feront entrer ensemble dans le prochain siècle.

Je suis impatient de répondre à certaines de vos questions et de connaître vos idées sur les façons de créer un monde plus averti et plus bienveillant.