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Nouvelles

Remise du Prix du Gouverneur général pour l’entraide

Rideau Hall, le mardi 17 avril 2012

 

Bienvenue à Rideau Hall. Depuis plus de 150 ans, cette résidence est le lieu de rassemblement des Canadiens, là où ils célèbrent leurs grandes réalisations; là où leur mérite, leur ingéniosité, leur bravoure et leur créativité sont honorés; là où ils se rencontrent pour partager leurs histoires, pour mieux se connaître et, forts de cette richesse, pour édifier un pays meilleur, un pays plus averti et plus bienveillant.

Vous avez, à mes yeux, toutes les raisons d’être dans cette salle. Vous êtes des exemples vivants de tout ce que notre pays a de juste et de bon. Vous savez faire preuve d’altruisme, de générosité et de compassion. Vous êtes créatifs, déterminés et ambitieux. Ce sont justement ces qualités qui sous-tendent votre action bénévole. Vous vous dites sans doute que c’est un honneur pour vous d’être ici. En vérité, c’est plutôt un privilège, un honneur et un plaisir pour moi de vous accueillir ici et de me trouver parmi vous.

Nous sommes réunis ici pour que je remette à chacune et chacun de vous, les 28 bénévoles  extraordinaires ici présents, le Prix du Gouverneur général pour l’entraide. C’est la première fois depuis mon installation comme gouverneur général que je remets cette récompense à quiconque.

Le jour de mon installation comme gouverneur général il y a un an et demi, j’ai affirmé clairement que je considérais mon mandat à ce titre comme un appel au devoir et que je comptais y répondre d’une manière bien précise, c’est-à-dire en servant de pont pour rapprocher les Canadiens de tous les horizons et de tous âges, de manière à ce que nous puissions créer un pays averti et bienveillant qui appuie les familles et les enfants, qui renforce l’apprentissage et l’innovation et qui encourage la philanthropie et le bénévolat.

Les bénévoles sont le fondement de toute société dynamique et la manifestation de notre instinct humain de protection de l’autre et d’altruisme.

Aujourd’hui, nos bénévoles œuvrent en étroite collaboration avec des administrations gouvernementales efficaces, des écoles de haut calibre et des organisations pionnières où sont menées des recherches de pointe qui donnent lieu à des découvertes marquantes. Ensemble, nos bénévoles et ces institutions contribuent d’une manière essentielle à l’édification d’un pays averti et bienfaisant pour tous les Canadiens. C’est la raison d’être du bénévolat et c’est pourquoi les bénévoles méritent notre reconnaissance.

Le bénévolat s’inscrit également dans le contexte plus large du don. Le don financier du philanthrope; le don de talents de l’expert professionnel; et le don de soi qui transcende les formes traditionnelles du bénévolat.

Si les Canadiens d’aujourd’hui élargissent les frontières du bénévolat, l’importance du bénévolat ne date pas d’hier. Depuis toujours, les efforts des bénévoles ont été un élément essentiel au succès de notre pays. Il n’est pas exagéré de dire que, sans cet esprit bénévole, nous ne serions pas le pays sain et bienveillant que nous sommes. En effet, depuis le début, les gens nés ici et les nouveaux arrivants ont travaillé en étroite collaboration et se sont entraidés, avec diligence et désintéressement, sans jamais rien attendre en retour.

Cet esprit de générosité, de don de soi, a toujours existé ici, bien avant l’arrivée des Européens, comme le prouve notre histoire. En effet, dans la première histoire complète de la Nouvelle-France, par ailleurs inspirée des comptes rendus détaillés de Samuel de Champlain, l’auteur, Pierre de Charlevoix, explique que Champlain et les autres colons français ont appris des indigènes de la vallée du Saint‑Laurent que ceux-ci se fondaient sur un seul facteur pour évaluer leur propre vertu et celle des autres tribus. Ce facteur, c’était le traitement accordé aux veuves, aux orphelins et aux infirmes.

Cette leçon de nos Autochtones leur servant de source d’inspiration, les premiers colons se sont vite rendu compte que, pour survivre et prospérer dans ce magnifique mais parfois rude pays, pour bâtir une vie meilleure pour eux et leurs voisins et pour offrir la possibilité d’un brillant avenir à leurs enfants, ils devaient donner généreusement de leur temps, de leur énergie et de leurs talents aux autres. C’était essentiel. Tout comme les Autochtones, ils ont compris que notre pays était trop immense, notre climat trop rigoureux, la  difficulté de repartir à zéro trop grande pour quiconque, même pour les plus forts et les plus ingénieux d’entre eux, pour pouvoir réussir seul.

Les expériences vécues par ces premiers colons ont allumé une étincelle qui est devenue une flamme des plus rayonnantes. Par exemple, les marchands de la Nouvelle‑France ont établi un dispensaire pour les pauvres. Ce premier organisme caritatif au Canada fournissait de la nourriture, de l’argent et un abri aux malades, aux vieillards et aux invalides; trouvait du travail aux chômeurs; et donnaient des outils aux ouvriers pour qu’ils puissent exercer leur métier.

D’autres organismes du genre ont été créés par la suite. Des paroisses, des ordres religieux et des groupes laïcs ont fondé des œuvres de bienfaisance locales telles que la Société  Saint‑Vincent de Paul, la Maison de la Providence et le Hall of God pour soigner les malades et les personnes âgées, aider les démunis et éduquer les enfants de familles pauvres.

Dans les décennies qui ont suivi la Confédération, des groupes bénévoles ont surgi au pays pour aider les immigrants venus d’Europe à s’établir et à maintenir leurs traditions culturelles. Ainsi, des immigrants de l’Islande ont créé un réseau de bibliothèques et de groupes de lecture. Les Canadiens d’origine allemande à Halifax ont mis sur pied la première entreprise de pompes funèbres au pays. Les Canadiens d’origine polonaise qui se sont établis à Kitchener ont fondé la première société d’aide mutuelle. Des colons venus de la Hongrie et de l’Ukraine sont devenus des agents non officiels d’aide à l’établissement dans nos vastes prairies de nouveaux venus de partout au monde.

À mesure que notre pays prenait de l’expansion, des groupes de défense tels qu’Ambulance Saint‑Jean, la Société canadienne de la Croix‑Rouge et la Young Women’s Christian Association ont fourni des services essentiels aux plus vulnérables, comme les enfants et les jeunes femmes. Ces organismes ont été les fers de lance de réformes sociales, grâce auxquelles les moins nantis au Canada ont pu avoir accès à des logements salubres, à des soins de santé adéquats et à une éducation gratuite.

Plus récemment, des dizaines de groupes communautaires comme Centraide, Habitat pour l’humanité et Fondations communautaires du Canada ont été formés pour répondre à des besoins sociaux et aux difficultés causées par le climat économique, et pour venir en aide aux victimes de catastrophes naturelles et de la guerre. Des œuvres caritatives nationales telles que l’Association pulmonaire du Canada, la  Fondation canadienne de la fibrose kystique, Dystrophie musculaire Canada, la Société Alzheimer du Canada et bien d’autres ont ramassé des centaines de millions de dollars pour appuyer la recherche de traitements pour diverses maladies et fournir un réconfort à ceux qui en sont atteints.

Il y a également des agences d’aide au développement de notre pays qui mettent à profit la passion et le savoir-faire des Canadiens pour aider des gens à travers le monde.

C’est ainsi que, de mille et une manières, l’esprit bénévole constitue un élément vivant du patrimoine de notre pays. Chacun de nous peut en citer des exemples éloquents. Ma famille et moi avons vécu dans un milieu agricole en Ontario pendant des années et nous avons été témoins de cet esprit bien vivant dans la tradition mennonite de corvée pour l’édification d’une grange, où la communauté tout entière se rassemble pour aider une famille d’agriculteurs, de toute confession, à bâtir ou réparer un bâtiment.

Alors que retirons-nous, aujourd’hui, de toutes ces expériences? Eh bien, trois choses.

Premièrement, nous avons appris que le bénévolat, autrefois l’affaire de quelques‑uns, est devenu une activité de masse à laquelle tout le monde peut participer, parce que chacune et chacun a quelque chose de valable à offrir.

Deuxièmement, nous avons appris que les néo-Canadiens ont apporté ici de nouvelles façons d’envisager le bénévolat.

Et troisièmement, nous avons appris que la notion même du bénévolat n’est pas statique. À l’heure qu’il est, des milliers de Canadiens rendent bénévolement des services à leur collectivité de toutes sortes de manières non traditionnelles. Bien que leur bénévolat se fasse en dehors des normes conventionnelles, il n’en demeure pas moins valable, puisqu’il encourage d’autres personnes à apporter leur contribution sous des formes nouvelles et nous aide à concevoir le véritable sens de l’esprit citoyen.

Les dernières statistiques illustrent bien ces trois points. Selon la plus récente enquête, 12,5 millions de Canadiens, soit 46 pour cent des Canadiens de 15 ans et plus, ont été bénévoles au sein d’un organisme caritatif officiel au Canada. Ces personnes ont consacré 2,1 milliards d’heures par année au bénévolat, ce qui équivaut à plus d’un million d’emplois à temps plein.

Pourquoi les Canadiens de toutes les régions du  pays ont-ils tant à cœur de faire du bénévolat? C’est parce que les bénévoles œuvrent généralement au sein de leurs quartiers et ils savent qu’en unissant leurs efforts à ceux des autres, le bénévolat prend une autre dimension. La combinaison de toutes ces activités bénévoles permet d’enrichir notre pays, d’en faire un pays plus fort, plus sain et plus dynamique pour le bien de tous. Un pays qui est la somme des collectivités vibrantes qui le composent. Cela explique pourquoi il n’y a pas de tâche plus noble ni plus profonde que le simple geste d’aider, de partager et de faire du bénévolat.  

Certains, des cyniques, disent que j’ai tort de penser ainsi. Selon eux, les gens ne font du bénévolat que pour ce que cela leur rapporte. Or, je ne suis pas d’accord. Tout comme certaines espèces d’oiseaux prennent soin d’oisillons qui ne sont pas les leurs, ou comme les abeilles piquent les intrus, causant leur propre mort pour assurer la survie de la ruche, ou comme des êtres humains risquent leur vie pour secourir des enfants qui sont coincés dans un immeuble en feu ou qui sont tombés dans l’eau glacée d’une rivière, nous aidons autrui parce que nous savons, au fond de nous-mêmes, qu’il le faut. Nous aidons autrui parce que nous savons que cela fortifie nos quartiers, nos collectivités et notre pays.

Le bénévolat est-il aujourd’hui plus différent que jamais? Jusqu’à maintenant, il servait généralement à combler des besoins pressants, des besoins immédiats. De nos jours, et ce sera le cas de plus en plus à l’avenir, le bénévolat consiste aussi à trouver des façons inédites d’apporter notre aide que nous n’aurions pu imaginer il y a une génération. Les personnes qui sont à la retraite mettent à profit les connaissances, les compétences et les expériences durement acquises au cours de leur vie professionnelle pour les transmettre à d’autres et pour aider. Les nouveaux venus apportent à tous les Canadiens des traditions d’aide différentes. Et des Canadiens de tous les horizons et de tout âge vont en ligne et utilisent les technologies de communication de pointe pour mener virtuellement des activités bénévoles, pour faire du micro-bénévolat, du bénévolat sur demande et de l’appel à la foule.

Les jeunes Canadiens sont particulièrement soucieux d’atteindre les buts fixés. Ils sont en outre mobiles et maîtrisent bien les nouvelles technologies, qu’ils utilisent davantage que les méthodes conventionnelles pour manifester leur volonté d’aider, comme pour aider à identifier les personnes disparues après le séisme en Haïti, par exemple; ou pour bâtir des sites Web pour le compte d’œuvres de bienfaisance dans des pays en développement; ou pour mener des activités bénévoles sporadiques, à diverses reprises au cours d’une journée, à l’aide de leurs téléphones intelligents. C’est ainsi que les jeunes Canadiens changent notre façon de faire du bénévolat.

Vous, nos Canadiens bienveillants, êtes également au premier plan de cette nouvelle ère du bénévolat. Vous incarnez l’intelligence et la bienveillance. Vous êtes ingénieux et audacieux. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez été les héros méconnus de notre pays, sur la ligne de front. Vous vous êtes employés à persuader les gens de voir ce que vous voyez, d’épouser la cause qui vous tient à cœur, de vous suivre. Pour cela, il faut de la conviction. Il faut de l’intelligence. Il faut de l’audace. Vous avez la conviction du bien-fondé de ce que vous faites et vous avez le cran, la passion et l’intelligence d’agir en conséquence. C’est ainsi que vous aidez à faire du Canada une nation toujours plus avertie et bienveillante.

Mais que faire en ce qui concerne l’autre moitié de notre population? De ces 53 pour cent de Canadiens qui ne font pas de bénévolat? Que comptons-nous faire, en tant que pays et en tant que Canadiens, pour que la flamme du bénévolat rayonne de plus en plus?

Il y a une chose que vous pouvez faire dès à présent pour donner à plus de Canadiens l’envie de faire du bénévolat. Lorsque vous retournerez chez vous, utilisez le pouvoir de vos histoires de bénévolat. Soyez fiers de raconter aux gens le récit de vos réalisations en tant que Canadiens bienveillants, sans arrogance, mais en toute confiance. Après tout, vous avez trouvé de nouvelles façons de venir en aide à vos voisins; alors trouvez maintenant des manières innovatrices de raconter vos histoires. La modestie n’est pas de mise dans ce cas-ci. N’hésitez pas à faire rayonner votre lumière, celle qui découle de vos histoires inspirantes, pour inciter un plus grand nombre de Canadiens à devenir bénévoles, à mettre sur pied leurs propres groupes bénévoles, à raviver ou même à transformer complètement des organismes existants. C’est le défi que je vous lance.

Je voudrais maintenant vous poser, à vous aussi, une question et vous faire une promesse. Et si on commençait par la question? Là où je vais, je demande aux Canadiens d’envisager leur contribution au bien-être de notre pays dans la perspective de la célébration du 150e anniversaire de la Confédération. En d’autres termes, je leur demande de réfléchir à ce qu’ils comptent faire d’ici 2017 pour s’engager à  accroître leur participation au bénévolat, pour faire en sorte que le bénévolat devienne une valeur canadienne fondamentale et que le bénévolat soit reconnu en tant qu’une des pierres angulaires de l’édification de collectivités averties et bienveillantes dans un pays de plus en plus averti, de plus en plus bienveillant.

Et maintenant, ma promesse. Mon épouse, Sharon, et moi avons lu les récits de vos réalisations et, aujourd’hui, je compte vous rencontrer tous et m’entretenir avec vous tous personnellement, ici même. Je vous promets que je vais raconter vos histoires partout où j’irai dans notre beau et grand pays. Nous allons faire connaître aux Canadiens vos remarquables exemples d’altruisme et de bienveillance pour les inciter en plus grand nombre à découvrir, à partir de ces sources d’inspiration, ce qu’ils peuvent commencer à faire dès maintenant, et ce qu’ils peuvent apporter à d’autres maintenant, pour souligner le 150e anniversaire de notre pays en 2017. C’est d’autant plus un plaisir pour moi de raconter vos histoires, que c’est également mon devoir et mon travail. Et je peux vous dire que vous me facilitez la tâche.

Je vous en remercie. Je vous remercie en outre pour le cadeau que vous faites à notre pays. Je vous remercie de démontrer, avec autant de créativité et de détermination, ce qu’il faut faire pour créer un pays averti et bienveillant. Merci d’être des Canadiens bienveillants.