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Nouvelles

Discours lors du déjeuner de réseautage des Amis du Canada (Singapour)

Singapour, République de Singapour, le dimanche 20 novembre 2011

 

C’est un plaisir pour moi d’être ici à l’occasion de ma première visite à Singapour et de ma première visite d’État en tant que gouverneur général.

Je vous remercie pour le chaleureux accueil que vous m’avez réservé. Je suis ravi d’entamer ma visite à Singapour en si bonne compagnie et de pouvoir apprendre de l’expérience que vous vivez dans cette fascinante région du monde.

Pour bien des gens, le Canada et Singapour peuvent paraître, à prime abord, comme une étude de  contrastes. Or, comme vous le savez, ces deux pays ont d’importants éléments en commun, dont les plus évidents sont nos traditions propres au Commonwealth et nos rôles en tant que pays peu populeux mais néanmoins influents sur la scène mondiale.

Je suis très heureux que Andrew Saxton et Perrin Beatty ait pu s’adresser aux gens réunis ici aujourd’hui. Le conseil que nous a donné Perrin, c’est-à-dire de viser l’or, était très émouvant. Ça me rappelle nos grandes réalisations aux Jeux olympiques de 2010 à Vancouver, lors desquels le Canada a remporté 14 médailles d’or.

Je pourrais ajouter nos engagements respectifs en faveur du multiculturalisme, de l’éducation et de la collaboration. L’influence que nous exerçons à travers le monde découle de ces convictions que nous partageons et qui sont la source de notre stabilité politique et socio-économique dans ce monde de plus en plus instable.

Aujourd’hui, je voudrais traiter de ces thèmes, mais permettez-moi tout d’abord d’axer mon propos sur votre présence en tant que Canadiens dans cette remarquable cité-État. Selon la Fondation Asie Pacifique, près de trois millions de Canadiens vivent actuellement à l’étranger. La communauté des expatriés à Singapour est un parfait exemple du rayonnement mondial du Canada aujourd’hui.  

Vous travaillez dans les secteurs des affaires et des finances, de l’éducation, de la recherche et des affaires gouvernementales et, ensemble, vous apportez une contribution non seulement à Singapour, mais également au Canada.

Ce matin, j’ai eu le privilège de visiter le Musée d’art et de science, qui a été conçu par le Canadien Moshe Safdie, un membre de l’Ordre du Canada. Quelle chance pour Singapour d’avoir un point d’intérêt aussi magnifique!

Jennifer Welsh, expatriée canadienne et professeure de relations internationales à Oxford, expliquait ce phénomène, en écrivant ceci, dernièrement : « Les diasporas modernes nous appellent à imaginer sous un nouvel angle les collectivités de nos pays respectifs. »

Vous êtes une ambassadrice unique pour le Canada.

Des communautés comme celle-ci aident les Canadiens à s’imaginer chez eux dans le monde, ce qui représente un énorme avantage en cette ère de mondialisation de plus en plus grande. Vous nous aidez à élargir nos horizons et à mieux comprendre cette région dynamique et d’une importance certaine.

Pensez à votre engagement avec Singapour, et à celui de millions de Canadiens vivant dans divers pays du monde, comme étant l’inverse de l’extraordinaire multiculturalisme du Canada.

Le monde entier apprécie le Canada depuis longtemps, et cela a aidé notre pays à devenir plus fort. Aujourd’hui, les Canadiens élargissent encore plus leurs horizons et forgent de nouveaux liens avec des pays comme celui‑ci, où le potentiel d’apprentissage et d’innovation est si considérable.

Au 21e siècle, une nation avertie s’ouvre au monde avec confiance, curiosité et respect.

C’est principalement grâce à l’éducation que cela se produit. J’aime bien appeler cela la diplomatie du savoir, car j’estime que les universités, les collèges et les instituts de recherche peuvent tracer la voie d’une coopération et d’un dialogue plus approfondis entre les nations. Pour citer un exemple récent, il y a le nouveau programme de partenariat en recherche ANASE-Canada, que gèrent conjointement l’Université de technologie de Nanyang et l’Université de la Colombie-Britannique. Ce partenariat favorisera une collaboration maximale et nous permettra de mieux comprendre les répercussions de l’intégration régionale.

L’un des aspects les plus intéressants de ce partenariat est le fait qu’il reflète la maturité de nos relations. Nous délaissons les projets d’aide traditionnels pour axer nos efforts sur des questions stratégiques telles que l’inégalité régionale, l’évolution démographique et les enjeux relatifs à l’environnement et à l’énergie. Je suis impatient de connaître les résultats de cette initiative.

En tout, trois grands établissements d’enseignement de Singapour ont des programmes d’échange avec plus de 25  universités et collèges au Canada. Des milliers d’étudiants singapouriens ont choisi d’étudier dans notre pays, et de nombreux Canadiens à Singapour ont bénéficié de merveilleuses expériences d’apprentissage dans ce pays-ci.

J’aimerais mentionner un autre exemple de partenariat entre nos deux pays. Il s’agit du protocole d’entente entre le Centre pour les technologies quantiques de l’Université nationale de Singapour et l’Institut d’informatique quantique de l’Université de Waterloo. Cette entente conclue entre les deux plus importants instituts de recherche quantique au monde prévoit l’utilisation partagée des ressources et une coopération et un échange accrus entre étudiants, chercheurs de niveau postdoctoral et professeurs.

« Et alors? » me direz-vous. Eh bien, pensez à ceci : Au cours des quatre dernières décennies, l’être humain a réussi à sauvegarder un million fois plus d’information sur une puce à semi‑conducteur. Toutefois, comme le veut la loi de Moore, nous avons besoin d’une nouvelle plateforme pour continuer de progresser d’une façon aussi phénoménale, et c’est l’informatique quantique, la prochaine grande étape en traitement de l’information, qui nous en offre la possibilité. Pour y parvenir, nous devons travailler ensemble.

Avant de devenir gouverneur général, j’ai été président de l’Université de Waterloo pendant de nombreuses années, et j’ai ainsi été à même d’apprécier l’atmosphère d’étroite collaboration qui règne dans cette ville. C’est à Waterloo que se trouve la plus énorme faculté de mathématiques et de sciences informatiques au monde, avec plus de 6 000 étudiants qui participent à des partenariats coopératifs entre les secteurs éducatif et industriel. On y trouve également le Perimeter Institute for Theoretical Physics et, encore une fois, l’Institut d’informatique quantique. Comme à Singapour, l’innovation à Waterloo découle d’un échange continuel d’idées, de travaux de recherche, de besoins et d’information entre toutes les parties.

Il est donc très encourageant de voir que Singapour et le Canada collaborent maintenant en matière de recherche, au niveau international.  

La diplomatie du savoir se pratique à plusieurs niveaux, soit local, régional, national et international, et lorsque nous parvenons à combiner parfaitement l’expertise, la créativité, la collaboration et la communication, il se passe alors des choses remarquables. L’innovation surgit souvent aux intersections entre les collectivités, les universités et les entreprises, trois composantes que Singapour possède en abondance. La qualité est très élevée, et les Canadiens sont prêts à apporter leur contribution, ce que vous faites déjà.

Cela me rappelle quelque chose que j’ai lu récemment dans l’avis de décès de Steve Jobs, le fondateur d’Apple, cet innovateur qui a su marier les arts et les sciences humaines à la technologie.

Il a dit un jour : « En tentant de concevoir une stratégie et une vision pour Apple, nous nous sommes posé ces questions, ‘Quels incroyables avantages pourrions-nous offrir au client? Où pourrions-nous amener le client?’ plutôt que de dire ‘Assoyons-nous avec les ingénieurs pour concevoir une technologie extraordinaire, puis essayons de voir comment la commercialiser.’ Je crois que nous avons suivi la bonne piste. »

Outre le fait que c’est là un très bon exemple à suivre, j’estime que nous pouvons reformuler la question imaginative de Steve Jobs et se demander ‘Quels avantages l’innovation peut-elle offrir au citoyen? Où pourrions-nous amener notre société?’ La valeur du savoir doit toujours être envisagée à la lumière de sa capacité d’aider les autres. Nous devons mettre à profit l’éventail complet de nos connaissances — autant dans les sciences sociales, la science et la technologie — si nous voulons surmonter les défis qui se posent à nous.

Il est intéressant de souligner que, bien que le Canada soit réputé pour ses abondantes ressources naturelles, nos échanges commerciaux avec Singapour sont axés sur l’économie du savoir. Les Canadiens et les entreprises canadiennes sont surtout impliqués dans l’industrie aérospatiale, la biotechnologie, l’énergie propre, les technologies de l’information et les finances. Il en est de même en ce qui concerne nos échanges commerciaux avec d’autres pays de l’Asie du Sud‑Est.

Nous sommes sur la bonne voie. Au point où nous en sommes, il est bon de se demander comment nous pourrions réussir encore mieux dans cette partie du monde et nouer des liens plus étroits avec Singapour. Selon moi, nous pouvons y parvenir grâce à une collaboration encore plus étroite et en communiquant sans relâche nos idées, nos besoins et nos travaux de recherche.

Les communications façonnent notre monde depuis fort longtemps. L’emplacement de Singapour sur la pointe méridionale de la péninsule malaisienne en est un bon exemple, car c’est un pays qui est situé sur une ligne de communication géographique qui a toujours été cruciale pour ce pays et pour la région tout entière, et qui l’est encore. Cela peut se comparer aux lignes physiques de communication qui ont formé le Canada, telles que les routes de canoë qui ont ouvert le pays et, plus tard, celles des navires à vapeur et des trains.

De nos jours, la signification des communications s’est élargie et comprend maintenant la capacité de communiquer à travers d’énormes distances. La révolution entraînée par Internet est en train de changer notre monde profondément, un peu comme au 16e siècle, en Europe, où  la presse à imprimer a changé le cours de la civilisation.

En fait, l’histoire de la presse à imprimer est, selon moi, un excellent exemple des éléments qui sont essentiels à la réussite de toute innovation aujourd’hui.

Pourquoi? Parce que la presse à imprimer n’aurait jamais vu le jour si des innovateurs n’avaient pas uni leurs efforts. En Europe de l’Ouest, il aura fallu le concours de Johannes Gutenberg, Martin Luther et Frédéric, électeur de Saxe, trois hommes que j’ai l’habitude d’appeler John, Martin et Fred, pour transformer la société féodale d’alors. John a inventé la presse à imprimer vers 1450, ce qui a rapidement entraîné une faillite personnelle. C’est la traduction de la bible, trois quarts de siècle plus tard, par Martin, protégé des fureurs de Rome par Fred, que la presse à imprimer a véritablement attiré l’attention de l’Europe occidentale, en lançant la révolution culturelle protestante.

L’âge de la presse écrite est en fait arrivé sur le tard en Europe, puisque les Coréens disposaient déjà de caractères d’imprimerie mobiles dès le 3e siècle de notre ère et que Marco Polo avait vu en Chine, en 1215, des livres imprimés. Mais les civilisations européennes n’avaient que John. Il manquait l’apport des Martin et de leurs Fred. Tout cela pour dire que la contribution de ces trois hommes a été nécessaire pour faire connaître la presse à imprimer, qui est à la source de la tradition d’apprentissage par la lecture, la pensée critique et la discussion, et de la transformation du rôle de l’individu au sein de la société.

C’est ainsi que l’Europe est enfin sortie du Moyen-Âge.

La notion d’écosystème de l’innovation, comme on l’appelle, correspond en outre à la nature dynamique, non statique de la découverte. En effet, ouvrir de nouveaux horizons n’est jamais un processus linéaire. L’innovation peut connaître un parcours sinueux, ralenti par de faux départs, des impasses et des expériences ratées.

Notre capacité de communiquer signifie maintenant que nous pouvons, d’une certain manière, transcender notre milieu géographique et qu’il n’est plus nécessaire d’être dans un lieu donné ou dans un centre financier ou une grande ville pour réussir. Ce nouveau paradigme nous impose toutefois de redoubler d’efforts pour rejoindre les autres et pour travailler ensemble, que ce soit avec nos voisins et nos partenaires au pays ou avec des gens d’autres pays.

Si nous nous projetons dans l’avenir, il est évident que les sociétés dynamiques et ouvertes telles que le Canada et Singapour feront face aux mêmes enjeux. Or, nos deux pays ont le même avantage, celui d’être connus dans le monde entier comme des poseurs de passerelles : le Canada, entre les États-Unis et l’Europe, et  Singapour, entre l’Asie et l’Occident. Maintenons cette fière tradition et continuons de profiter de toutes les occasions pour forger des liens et pratiquer la diplomatie du savoir.

En tant que modèles de multiculturalisme, d’apprentissage et de collaboration, nous nous devons de créer le monde plus averti et bienveillant dont nous rêvons.

Merci.