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ARCHIVÉE: Visite au Collège de l’Atlantique Nord-Qatar, « Un monde averti et bienveillant : les nouvelles frontières de la pensée »

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Doha (Qatar), le lundi 28 février 2011

 

Je suis ravi d’avoir été invité à prendre la parole dans une institution aussi prestigieuse et de m’adresser directement aux étudiants, aux parents, au corps enseignant et aux autres personnes qui partagent ma vision de l’éducation. Ce superbe campus à l’architecture frappante a la chance d’abriter des étudiants promis à un bel avenir. Je suis heureux d’être ici, au Collège de l’Atlantique Nord-Qatar, parmi des amis.

À l’instar du célèbre explorateur français Samuel de Champlain, qui a remonté le fleuve Saint-Laurent pour découvrir le Canada il y a plus de 400 ans, nous voici au seuil d’une découverte d’un autre type : celle des nouvelles frontières de la pensée.

De plus en plus, nous envisageons les frontières sous un nouvel angle ainsi que notre place dans le monde. Nous finissons par constater que le monde est plus linéaire et plus inter relié que jamais auparavant. Nous cherchons à créer une vie meilleure pour nos familles, pour nos collectivités et pour nos pays. Ce désir nous pousse à édifier une société pacifique et prospère.

Depuis mon installation comme gouverneur général, j’évoque la création d’une nation avertie et bienveillante. Or, j’aimerais définir cette vision, aujourd’hui, en espérant que ce soit un appel à l’action pour que chacun de vous s’engage à créer un monde averti et bienveillant.

Je ne vous apprends rien de nouveau, vous qui étudiez ici, en affirmant que notre monde devient de plus en plus planétaire. Grâce à vos rapports avec d’autres institutions de la région et à votre lien particulier avec le Canada, vous aidez à créer la société inter reliée de l’avenir.

Je crois vivement à la promesse d’un monde inter relié, qui trouve son origine dans ma propre éducation. Je viens d’une petite localité industrielle du Nord de l’Ontario, au Canada, et j’ai fait des études postsecondaires d’abord aux États-Unis, ensuite en Angleterre, puis enfin dans mon propre pays où, depuis toujours, je savais que j’allais revenir.

Pour moi, cette expérience de vie à l’étranger fut importante, car elle m’a fait connaître le vaste monde dans lequel nous vivons : je n’étais pas le seul étudiant étranger à Harvard et à Cambridge, et j’y ai appris qu’en dépit de ce qui nous distingue les uns des autres, nous sommes capables de vivre et de travailler ensemble.

En tant que parents, mon épouse Sharon et moi avons transmis à nos cinq filles l’importance de l’éducation. Aujourd’hui, leurs réalisations font notre plus grande fierté. Dès l’âge de 12 ans, nos filles ont commencé à participer à des échanges internationaux, puis elles ont étudié au Canada, bien sûr, mais également aux États-Unis, au Mexique, au Costa Rica, en Chine, en Russie, en France, en Tchécoslovaquie et en Jordanie. Quant à nous, nous admirions leur détermination à poursuivre leurs rêves.

Elles parlent toutes l’anglais, le français et l’espagnol, et certaines d’entre elles parlent aussi le mandarin, le russe, l’allemand, le portugais ou l’arabe.

Si je vous dis cela, c’est non pas pour me vanter de mes filles, que j’adore, mais pour souligner qu’elles sont de la nouvelle génération de citoyens du 21e siècle. Ce sont de fières citoyennes canadiennes, mais ce sont aussi de véritables citoyennes du monde, et leur pays, c’est celui de l’esprit humain.

Toutefois, la première étape, c’est le dialogue, et le Qatar élargit sans cesse les moyens grâce auxquels il rejoint le reste du monde.

Il y a 15 ans, vous avez fait œuvre de pionniers en établissant Al Jazeera, qui transmet des nouvelles à travers le monde, en arabe et en anglais.

Plus de la moitié de la population du Qatar a accès à Internet, ce qui en fait l’un des pays les plus branchés du Moyen-Orient. Plusieurs d’entre vous utilisez les médias sociaux pour communiquer les uns avec les autres; Facebook, par exemple, devient de plus en plus populaire au Qatar, où le pourcentage d’utilisateurs est maintenant égal à celui de bien des pays occidentaux.

Ce que cela me démontre, et ce que cette institution démontre au reste du monde, c’est que le Qatar est de plus en plus à l’avant-garde au chapitre de la collaboration. Grâce à l’interconnectivité, à l’innovation et à l’éducation, un pays peut devenir compétitif et sa population peut connaître le succès.

Songez au fait qu’en Europe occidentale, il a fallu près de trois siècles pour que la dernière grande révolution qu’avait connue jusque-là le monde de la communication — la presse à imprimer — rejoigne la majorité de la population. De nos jours, Internet — révolution des communications de notre époque — a mis moins d’une décennie à atteindre la moitié de la planète. Pour citer un de mes bons amis, « notre niveau de vie de demain sera façonné par la manière dont nous bâtissons aujourd’hui notre architecture d’innovation. »

Le Qatar a investi avec beaucoup de succès dans son architecture d’innovation, et ce, non seulement dans les bâtiments, mais aussi dans l’équipement et surtout auprès de sa population.

Ici, dans ce collège, vous avez accès au tout dernier cri de la technologie pour vous doter d’un milieu d’apprentissage ultramoderne.

Votre pays a fait le choix d’assurer une croissance rapide dans divers secteurs, dont l’éducation et la santé. De plus en plus, partout au Moyen-Orient et dans le monde entier, les Qatariens jouent un rôle essentiel dans des domaines telles la politique et les affaires.

Quand le Collège de l’Atlantique Nord, à Terre-Neuve et au Labrador, a conclu une entente de 10 ans pour développer ce campus, rien ne permettait de savoir tout l’effet que cela aurait maintenant, alors que cette décennie s’achève. Dire que ce collège est une réussite, ce serait bien peu, car des centaines de Qatariens occupent maintenant des emplois où ils contribuent à l’avenir de leur pays. Leur succès est le résultat de l’enseignement de qualité qu’ils ont reçu ici, à ce collège, et qui est issu à son tour de l’amitié qui lie le Canada et le Qatar.

Votre pays sait que pour connaître le succès sur la scène mondiale, il doit maintenir son engagement dans la voie de l’éducation et de l’innovation. C’est pour cela qu’au cours des deux dernières années, la Fondation pour l’éducation, les sciences et le développement communautaire du Qatar a été l’hôte du Sommet mondial de l’innovation pour l’éducation.

Des Canadiens se sont alors joints avec des gens du monde entier pour discuter des grands enjeux en matière d’éducation et pour mettre en commun des idées innovatrices à l’intention d’une nouvelle génération d’étudiants. Le prochain Sommet, au mois de novembre, attirera certainement l’attention de nombreuses institutions de partout au monde qui se réjouissent de pouvoir apporter leur contribution à ce dialogue à l’échelle du globe.

Le leadership qu’a exercé le Qatar en faveur de l’architecture et de l’infrastructure de l’innovation sur le plan mondial est l’une des raisons pour lesquelles votre pays a un tel impact dans la région.

Certains d’entre vous vous demandez peut-être ce que peut vous rapporter l’éducation, pourquoi il est même nécessaire de venir s’instruire; d’autres peuvent se demander comment les traditions anciennes peuvent coexister avec le monde moderne.

Dans un peu plus de 10 ans, le Qatar s’affirmera plus que jamais auparavant en tant que leader mondial quand il accueillera la Coupe du Monde de 2022.

Le succès de votre candidature nous a rappelé avec quel enthousiasme nous, au Canada, avions obtenu la chance d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver, qui ont eu lieu l’an dernier. L’anticipation se sent, mais il faut faire face à la réalité de ce que suppose l’organisation d’un événement d’une telle envergure.

Les défis logistiques sont énormes, mais ils ne sont pas insurmontables.

Sur une vaste échelle, l’éducation acquise au sein d’institutions postsecondaires a un effet profond sur la vie des gens mais, de façon plus particulière, ce collège peut aider le Qatar à être un hôte de premier ordre comme nous l’en savons capable.

Des concepts, des plans, de la construction – pendant la prochaine décennie, votre pays se donnera les outils nécessaires pour présenter la Coupe du Monde. Au cours de ce tournoi, le monde est convié à une rencontre de saine compétition où une multitude de pays expriment le même message de solidarité. Comme les Jeux olympiques, la Coupe du Monde est un moment rassembleur, qui nous permet de mettre de côté nos différends et de célébrer d’une seule voix. 

Et ce sont les étudiants d’aujourd’hui qui seront les chefs de demain, autant lors de la Coupe du Monde qu’au moment où vous allez réaliser les obligations énoncées dans la Vision nationale du Qatar 2030. Dotés de ce projet avant-gardiste, les Qatariens peuvent envisager l’avenir de leur pays avec toutes ses possibilités, tout en se fixant des objectifs concrets en matière de développement humain, social, économique et environnemental.

Si vous le permettez, je vous raconte une histoire. Un professeur de philosophie est devant sa classe, et a en face de lui quelques objets. Au début du cours, il prend un grand bocal vide et le remplit de pierres. Il demande ensuite aux étudiants si le bocal est plein. Ils lui répondent que oui.

Le professeur prend ensuite une boîte de petits cailloux qu’il verse dans le bocal, et il secoue un peu le bocal. Bien sûr, les cailloux glissent jusque dans les espaces entre les pierres. Puis il demande à nouveau aux étudiants si le bocal est plein. Encore une fois, ils lui disent oui.

Le professeur prend ensuite une boîte de sable et la verse dans le bocal. Et voilà que le sable remplit l’espace qui reste.

Cette démonstration, dit-il, c’est comme dans la vie. Les pierres sont les choses importantes — la famille, le conjoint, la santé, les enfants et, oui, même l’éducation — tout ce qui est tellement important que si vous le perdiez, ce serait un désastre. Les cailloux, ce sont les autres choses qui comptent, par exemple une maison ou une voiture. Le sable, c’est ce qui reste, les petites choses de la vie.

Si l’on met d’abord le sable dans le bocal, il n’y a plus de place pour les cailloux ni pour les pierres. C’est la même chose dans la vie. Si vous consacrez tout votre temps et votre énergie, aux petites choses, vous n’aurez jamais de place pour ce qui est important pour vous. Prêtez attention à ce qui est essentiel à votre bonheur. Il restera toujours du temps pour les petites choses. Faites d’abord de la place aux pierres, à ce qui est véritablement important. Fixez-vous des priorités. Le reste, ce n’est que du sable.

Il restait un objet sur le bureau du professeur. Un étudiant un peu plus hardi demande : « Et la canette de Coca-Cola? »

Le professeur répond avec un sourire : « N’oubliez jamais de prendre un verre bien frais avec un ami. »

Je crois fermement au pouvoir de l’éducation universitaire : c’est une « pierre » importante. C’est dans des institutions comme celle-ci que l’on découvre qui on est et ce que nous attendons de la vie. Ce que vous apprenez ici va donner un sens à votre vie et vous préparer à réaliser de grandes choses pour vous-mêmes et pour votre pays.

L’éducation est aussi votre lien avec le passé. Je sais que bien des parents craignent que les traditions ne se perdent dans un monde nouveau où les interrelations avec d’autres cultures et l’échange d’idées constituent la clé. Il n’en est pas nécessairement ainsi et, de fait, l’éducation peut inciter les étudiants à respecter la tradition en apprenant à autrui les choses du passé. Avec ce que vous apprenez ici, vous allez entrer sur le marché du travail avec une connaissance du passé que vous appliquerez au présent.

À ma première année à l’Université Harvard, au début des années 1960, l’étudiant un peu naïf que j’étais se sentait plutôt intimidé, étant donné que j’étais un jeune homme originaire d’une petite ville du Nord de l’Ontario qui s’appelle Sault Ste. Marie. C’était aussi à Harvard qu’avait vécu Henry Wadsworth Longfellow, l’auteur du célèbre poème intitulé Hiawatha, inspiré du légendaire chef Ojibway dont le peuple habitait sur les rives du lac Supérieur.

J’ai appris que Sault Ste. Marie n’était pas qu’une petite ville du Nord de l’Ontario. Avant l’arrivée des colons européens, c’était jadis le centre de l’un des plus grands peuplements d’Amérique du Nord, dont les habitants avaient été attirés par l’abondance du poisson blanc.

Quand j’ai découvert ce lien, tout à coup, ma vie à Harvard a changé. J’avais des origines. J’avais des racines. J’étais toujours une goutte d’eau dans un vaste océan, mais je savais d’où je venais.

Nous respectons le passé et nous lui rendons hommage, en même temps que nous allons en avant. C’est ainsi que nous maintenons nos traditions et que nous honorons notre patrimoine.

Le Collège de l’Atlantique Nord-Qatar, avec les liens qui l’unissent au Canada et au reste du pays, est à l’avant-garde du changement au Qatar. Je crois depuis longtemps qu’il est important d’étudier à l’étranger, comme je l’ai fait, et de vivre ainsi une expérience qui permet de comprendre d’autres cultures et d’autres peuples.

À l’exception de cela, grâce à ses liens, ce collège vous offre ce qu’il y a de mieux : un contact avec le monde que vous n’auriez pas autrement.

Le monde averti et bienveillant dont je parlais tantôt, il commence par une éducation de qualité et il se répand dans toutes les sphères de la vie. Tous les jours, des Qatariens ici même et partout dans le pays influencent le cours des choses. Ils encouragent l’excellence, ils célèbrent les réalisations et ils façonnent les événements de demain.

Pour m’inspirer de l’illustre auteur britannique, George Bernard Shaw, « Certains regardent les choses comme elles sont et demandent pourquoi. Nous rêvons aux choses comme elles devraient être, et demandons pourquoi pas? »

Merci.