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ARCHIVÉE: Remise du premier Prix du Gouverneur général pour les arts de la table

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Remise du premier Prix du Gouverneur général
pour les arts de la table

Rideau Hall, le mercredi 23 juin 2010

Si vous saviez à quel point nous sommes fiers et heureux, Jean-Daniel et moi, de vous accueillir à Rideau Hall à l’occasion de la première cérémonie de remise du Prix du gouverneur général pour les arts de la table.

Consacré aux plaisirs gastronomiques et œnologiques, des semences aux récoltes, de la préservation, à la transformation et à la distribution, de la recherche à la création, de l’éducation au mentorat, ce prix est la consécration de quatre années de consultations à la grandeur du pays et de travail acharné.

C’est en 2006, à son retour de la Cuvée, cette grande célébration annuelle du vin dans la péninsule du Niagara, que Jean-Daniel a eu l’idée de reconnaître de manière officielle l’apport inestimable des tables de notre pays à l’expression de notre identité collective.

L’idée s’est concrétisée davantage lors d’une tournée des viticulteurs que nous avons effectuée dans la vallée de l’Okanagan.

Une idée pareille ne pouvait germer dans un autre esprit que celui de Jean-Daniel, pour qui nourriture et culture sont affaire de subsistance et sont toutes deux liées à l’idée de civilisation.

Je tiens, en ce jour historique, à te rendre hommage, Jean-Daniel, pour la passion avec laquelle tu as mené ce projet, comme tu le fais en toutes choses.  

C’est une passion qui s’alimente à l’enthousiasme et au talent de tous nos artisans et artistes de la table rencontrés sur la route dans chaque province et territoire, de l’agriculteur au chef cuisinier et fromager, en passant par le sommelier et le viticulteur, pour ne nommer que ceux-là.

C’est une passion nourrie par la conviction profonde que la gastronomie, les produits du terroir et les vins d’ici ont atteint un très haut niveau d’excellence et de sophistication et qu’ils méritent d’être promus, reconnus et célébrés à leur juste valeur.

Cette passion est telle qu’un jour, à l’occasion d’une visite d’État en Grèce, sur l’île d’Hydra, où aucun véhicule n’est autorisé à circuler, nous avons attaché au dos d’un âne des caisses de vins canadiens pour pouvoir les transporter jusqu’au sommet d’une colline, où nous devions participer à la célébration de la fête nationale grecque.

Rien, ni même les dieux, n’aurait pu venir à bout de notre volonté de faire découvrir à nos hôtes la qualité et le bon goût de nos vins.

Nous l’avons fait chaque fois qu’il nous a été donné d’effectuer des missions à l’étranger.

Et nous le faisons de bon cœur, car chaque saveur d’ici est un rappel en bouche de notre terroir, du patrimoine culinaire si diversifié de nos régions, ne serait-ce qu’en raison des saisons et du climat, de notre goût du partage et de notre volonté d’ouvrir nos papilles aux sels des mets des premiers peuples et de gens venus des quatre coins du monde en quête d’une vie meilleure.

Dis-moi ce que tu manges, et je te dirai qui tu es, affirme le diction.

Et moi je dis : goûte à ce que je mange, et tu seras mon ami, pour toujours.

C’est par les mets sur la table que j’ai abordé les cultures et les peuples qui m’ont accueillie si généreusement.

Je n’ai pas hésité à partager le couteau traditionnel des femmes inuites, le ulu, pour participer à la préparation d’un festin communautaire et découper les morceaux de viande de phoque – et le cœur en est la partie la plus fine.

Je l’ai fait, même si je risquais, pour cela, de me retrouver au centre d’une controverse.

Ce festin auquel ma famille et moi avons été convié à Rankin Inlet, au Nanavut, était dans la plus pure tradition du banquet : une occasion de partage des histoires des femmes, des hommes et des enfants de la communauté qui tenaient à nous dire le lien intime qui les unit à leur environnement, notamment aux animaux desquels dépend leur survie sur cette terre où presque rien ne germe, ne pousse ni ne mûrit.

À part peut-être ces petits fruits, ces lichens et ces mousses, ces herbes et ces fleurs dont les Inuits  tirent notamment des infusions d’un parfum inégalable.

La table est un lieu de rencontre, un lieu de convivialité, un lieu fraternel.

Un lieu où nous apprenons à faire de cette activité quotidienne et vitale qu’est l’acte de manger un art d’apprêter, de cultiver le goût, de recevoir et d’accueillir, en somme un art de vivre et d’être ensemble.

Ce prix est l’un de nos legs.

Un legs qui s’inscrit dans une continuité historique, puisque l’institution du gouverneur général n’a eu de cesse au fil des ans de s’ouvrir à toutes les expressions culturelles canadiennes.

Y compris à celle qui consiste à glisser sur sa table les produits de chez nous à chaque cérémonie, réception, dîner ou banquet qui se tiennent à Rideau Hall, en utilisant des merveilles en provenance de partout au Canada et des mets novateurs et audacieux, à l’image de la cuisine d’ici.

Les goûts et les saveurs composent la mémoire vive des lieux que nous parcourons, des moments privilégiés que nous vivons, des rencontres qui nous marquent à jamais.

Ils participent de notre sentiment d’appartenance et d’identité, de notre enracinement, voire de notre histoire.

À vous, chères lauréates et chers lauréats du premier Prix du gouverneur général pour les arts de la table, qui nous incitez à emprunter les routes des saveurs comme une invitation à parcourir le pays, je dis merci.

Merci d’améliorer sans cesse et toujours la qualité et la variété des ingrédients et de tous les éléments qui expriment ce que nous sommes dans ce langage intemporel et universel qu’est celui des arts de la table.