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Nouvelles

Doctorat honorifique de l’Université York

Toronto (Ontario), le jeudi 22 juin 2017

 

Je suis enchanté de me retrouver ici avec vous à l’Université York en cette grande occasion. Permettez‑moi de commencer en félicitant tous ceux et celles qui obtiennent leur diplôme aujourd’hui. Vous avez travaillé très fort pour arriver ici, et pour vous, cette journée très attendue est bien méritée.

Bravo à chacun de vous!

Je vous remercie de m’avoir fait le très grand honneur de m’inviter à me joindre à vous. Le mot clé de mon exposé aujourd’hui est la confiance. Plus particulièrement du niveau de confiance qui règne dans nos collectivités et au Canada. 

Je pense qu’il est tout à fait indiqué de traiter de cette question pendant la collation des grades du printemps de Faculté de l’éducation. Après tout, l’éducation est un principe sacré qui repose sur la confiance, et il s’agit d’un point auquel j’ai beaucoup réfléchi au cours de ma vie professionnelle antérieure d’enseignant.

Voici les trois points que je voudrais aborder aujourd’hui :

(1) Qu’est‑ce que la confiance?

(2) Pourquoi est‑ce que je parle de la confiance aujourd’hui?

(3) Quels sont les domaines où nous pouvons tirer des leçons sur la confiance? Et comment pouvons-nous augmenter la confiance, cette chose que nous possédons, et encourager les gens à avoir confiance, c’est-à-dire à mettre cette qualité en pratique?

Tout d’abord : qu’est‑ce que la confiance? Je crois que nous en avons tous une bonne idée. Le dictionnaire Oxford propose plusieurs définitions touchant les domaines du droit, de la philosophie, des affaires, de la finance, de la médecine, du journalisme, de la sociologie et d’autres encore.

Toutefois, pour les besoins présents, je préfère m’en tenir à une définition simple – qui est une comparaison en fait : la confiance, c’est comme le ciment.

La confiance, à l’instar du ciment, nous lie les uns aux autres. C’est vrai à l’échelle individuelle – la relation entre deux personnes, les membres d’une famille ou des voisins – et collective – dans une communauté ou un pays.

C’est particulièrement vrai dans une société démocratique comme la nôtre. La vie démocratique exige l’existence d’une confiance de base entre les citoyens et dans les institutions et les dirigeants qui les représentent.

Certes, la confiance seule n’est pas tout. Nous disposons de systèmes et de lois pour protéger notre mode de vie, mais, en grande partie, la confiance n’est pas quelque chose que nous pouvons mesurer ou imposer.

Voilà pourquoi nous appelons cela de la confiance!

Cela vaut même pour les documents légaux comme les contrats écrits. Comme l’a judicieusement fait observer Émile Durkheim : « tout n’est pas contractuel dans le contrat. »

Appliquons cette observation au contrat social qui constitue le fondement de notre vie démocratique.

Tout n’est pas contractuel dans le contrat social qui sous‑tend notre pays. C’est en partie ce ciment que nous appelons la confiance qui donne un sens au contrat.

Passons maintenant à mon deuxième point et laissez-moi vous exposer les raisons pour lesquelles je tenais à explorer ce thème avec vous aujourd’hui.

Voici une autre citation, que j’emprunte à Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, et qui aujourd’hui assume cette même fonction à la Banque d’Angleterre. Il a dit ceci :

« La confiance arrive à pied et repart en Ferrari. »

Or, le bruit qui se fait entendre ces derniers temps – ce bruit auquel font écho quotidiennement les titres des journaux – c’est celui de la confiance qui repart en Ferrari.

La confiance à l’égard du gouvernement. Des institutions. Des médias. Des nouveaux arrivants. Des dirigeants. Des ONG. Des entreprises.

Le Canada n’est pas à l’abri. Peut‑être avez‑vous entendu parler des récents résultats du Baromètre de la confiance Edelman, un grand sondage mondial portant sur cet enjeu important qu’est la confiance.

Sur fond « d’une implosion de la confiance à l’échelle mondiale », le sondage a révélé que, pour la première fois, le Canada est tombé dans la catégorie des pays où moins de la moitié de la population a confiance dans ses institutions civiles. 

Voici quelques observations étonnantes tirées de l'enquête Edelman :

  • La confiance dans le gouvernement a chuté pour s'établir à 41 %;
  • 59 % des habitants du monde occidental ont davantage confiance dans les moteurs de recherche que dans les médias traditionnels;
  • Seule 37 % de la population globale fait confiance aux PDG de compagnies;
  • 53 % de la population occidentale globale estime que le système actuel ne fonctionne pas pour elle;
  • on note une inégalité dans le degré de confiance de plus 20 % entre le public éclairé et la population globale aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France;
  • 40 % des gens au Royaume-Uni estiment que les faits sont moins importants que l'authenticité et les croyances;
  • 67 % de la population globale croit que les PDG et les entreprises accordent trop d'importance aux résultats à court terme.

Qu'est‑ce que cela signifie?

Cela signifie que le ciment qui est à la base de notre contrat social s’effrite.

Que devons‑nous faire alors? Ce défi nous concerne tous. Nous ne pouvons pas relâcher notre vigilance. Comme c’est le cas pour la démocratie, un contrat social sain demande un engagement actif de notre part. Ce n’est pas seulement l’affaire de quelques privilégiés, mais du plus grand nombre.

Comment pouvons‑nous renforcer et alimenter la confiance dans notre société? Puisque la confiance y joue un rôle fondamental, il y a tant de domaines où nous pouvons l’examiner et la renforcer, mais permettez‑moi d’attirer votre attention sur trois domaines particuliers.

Le premier domaine est la confiance dans les professions, notamment dans la profession de l’enseignement que vous êtes sur le point d’entreprendre en tant que diplômés de l’Université York. C’est une profession fondamentale, car à un moment donné, vous serez appelés, entre autres choses, à enseigner aux futurs membres de toutes les autres professions.  

Dans toute profession, le contrat social comporte trois éléments principaux.

Premièrement, une profession se caractérise par des connaissances spécialisées qui sont enseignées dans des établissements reconnus et qui s’acquièrent par l’expérience et sous la supervision. Deuxièmement, l’État lui accorde un droit d’exercice exclusif et le contrôle des normes d’adhésion et de sortie, ainsi que des compétences requises. Troisièmement, la profession assume la responsabilité de servir la société dans son ensemble.

Voilà à la fois le défi que nous devons relever et l’occasion que nous devons saisir. Sachant que nous traversons actuellement une ère de profonds changements et que nous ne pouvons relâcher notre vigilance, comment renforçons-nous le professionnalisme en éducation et par l’éducation? Voilà une grande question et un défi déterminant pour les enseignants. Toutefois, une autre chose est bien claire : le bien‑être du plus grand nombre, et non pas seulement de quelques privilégiés, doit se trouver au cœur de cette redéfinition.

Autrement dit, l’inclusion est essentielle. De fait, une plus grande inclusion est la voie à suivre pour le renouvellement de la confiance, puisque, en période de changements, ce sont nos valeurs qui nous guident vers la construction du pays averti et bienveillant que nous voulons.

Comme le dit Polonius à son fils Laërtes, qui quitte sa famille pour aller à l’université :

Avant tout, sois loyal envers toi-même,
Et aussi infailliblement que la nuit suit le jour,
Tu ne pourras être déloyal envers personne.

La bonne nouvelle se trouve dans mon deuxième argument : notre système d’éducation peut nous aider à renforcer la confiance. Les établissements postsecondaires comme l’Université York peuvent nous aider dans cette voie en redoublant d’efforts pour atteindre l’égalité des chances et l’excellence. Lieux de formation par excellence des futurs professionnels, les universités jouent un rôle fondamental.

Pendant des générations, l’égalité des chances et l’excellence ont constitué des principes canadiens fondamentaux. Certes, il nous est arrivé d’échouer, et même de commettre des erreurs terribles dans le passé, comme dans le cas des pensionnats indiens, mais nous sommes à notre mieux lorsque nous trouvons un juste équilibre entre ces deux principes.

Dans le monde d’aujourd’hui, nous devons en faire plus. C’est-à-dire que nous devons poursuivre à la fois l’égalité des chances et l’excellence en apprentissage comme jamais auparavant. Il est urgent d’améliorer l’accès à l’éducation pour les groupes sous-représentés, tout en nous ouvrant sur le monde et en retenant les talents les plus prometteurs. L’éducation est un domaine où le Canada peut renforcer la confiance, au pays et à l’étranger.

Troisièmement, je veux souligner votre rôle en tant que citoyens pour contribuer, par votre participation, à instaurer la confiance dans le gouvernement et les institutions civiles.

Encore une fois, l’inclusion est essentielle. À quoi ressemble un système de gouvernement qui fonctionne bien? Il se caractérise par une séparation des pouvoirs, par la continuité et la réflexion à long terme, par des mécanismes de freins et contrepoids, par une capacité à s’adapter aux nouveaux contextes, et par un sens des valeurs, notamment l’inclusion.

Un gouvernement est en mesure d’instaurer la confiance lorsque ces éléments sont réunis. Mais cela ne se fait pas tout seul. C’est plutôt à chacun d’entre nous d’agir pour nous assurer que le gouvernement respecte ces principes.

L’expression « démocratie participative » est redondante puisque, par définition, la démocratie est participative!

Les professions, les enseignants et les gouvernements – ces trois secteurs d’activité présentent des aspects liés à la confiance, qu’il est possible de renforcer et de magnifier, et qu’il est possible d’appliquer à plus grande échelle et de façon plus rigoureuse dans notre société. Nous devons faire preuve d’innovation en gardant comme objectif le renforcement de la confiance dans ces trois sphères. Par‑dessus tout, nous devons nous investir personnellement. Cette tâche est trop importante pour que nous la laissions à d’autres. Ce défi du renforcement de la confiance qui se présente à nous signifie que nous sommes tous appelés à une nouvelle ère d’engagement civique.

Nous devons donc aller plus loin. Les professions doivent prendre les devants en renouvelant leurs contrats sociaux. Les établissements d’enseignement doivent de toute urgence atteindre une plus grande égalité des chances tout en visant les plus hauts niveaux d’excellence. Et comme citoyens, nous devons nous assurer activement que nos gouvernements sont à notre service, et non l’inverse.

En tant qu’enseignants, ne perdez pas de vue ce ciment qui nous lie les uns aux autres, et placez ainsi le renforcement de la confiance au cœur de votre travail. Il s’agit à la fois d’un défi à relever et d’une occasion à saisir, parce que ce sont les personnes qui sauront le mieux inspirer la confiance qui connaîtront le succès dans les années à venir.

Je dis souvent que les grands défis font les grandes nations. Il en va de même pour les universités, les écoles et les enseignants.

Félicitations encore une fois pour l’obtention de vos diplômes. Je vous souhaite à tous le plus grand succès dans votre important travail.

Merci.