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Nouvelles

Grade honorifique de la National Law University (New Delhi, Inde)

New Delhi, Inde, le lundi 24 février 2014

 

C’est un plaisir pour moi de me joindre à vous à l’Université nationale de droit pendant ma visite officielle en Inde.

Ma visite a pour but de renforcer les partenariats qui existent entre nos deux pays, en particulier dans les domaines de l’éducation, de l’innovation et de l’entrepreneuriat – en mettant l’accent sur la contribution des femmes et des filles.

Ce grade honorifique reflète nos profonds liens d’amitié, et je vous en remercie. Lorsque je vous regarde tous ici réunis, je vois un grand potentiel de croissance pour notre relation, car vous personnifiez le futur de nos partenariats.

Certains d’entre vous sont déjà bien établis, alors que d’autres n’ont pas encore amorcé leur carrière, mais c’est entre vos mains à tous que repose l’avenir du système judiciaire au pays.

Permettez-moi de vous dire quelques mots sur mon passé. Je suis avocat de profession, et avant de devenir gouverneur général, j’ai passé la plus grande partie de ma carrière en tant qu’étudiant, professeur et doyen de faculté de droit. J’ai donc été là où vous êtes tous allés, dans des établissements comme celui-ci, en route vers une carrière dans le domaine du droit.

Tout au long de ma vie, j’ai acquis un profond respect pour la primauté du droit et ce qu’elle représente, c’est-à-dire un système judiciaire axé sur la recherche constante de la justice.

Comme vous le savez, la loi sans la quête de justice ne veut rien dire.

La primauté du droit, assortie à la recherche constante de la justice, est ce qui nous rend libres. Elle nous permet de réaliser notre plein potentiel en tant qu’individus et en tant que sociétés.

Pour paraphraser le grand écrivain russe et exilé Alexandre Soljenitsyne, la justice est la « conscience » de l’humanité.

Je suis membre du barreau de la province de l’Ontario. Alors, si vous le permettez, je vais vous citer une partie du serment que prêtent les nouveaux membres :

Je cite :

« Je protégerai et défendrai les droits et les intérêts des personnes qui m’embauchent [...] Je ne négligerai les intérêts de personne [...] Je ne détournerai pas la loi pour favoriser ou défavoriser qui que ce soit [...] Je chercherai à améliorer l’administration de la justice. »

Ce sont là les principes qui régissent la vie et le travail des juristes canadiens, et je suis heureux de vous les faire connaître, compte tenu des nombreuses similitudes entre nos pays. Nos systèmes juridiques ont tous deux leurs racines dans le droit britannique, bien que chaque pays ait modifié et adapté le système pour répondre à ses besoins particuliers.

Mais dans nos deux systèmes juridiques, une chose demeure constante : l’importance fondamentale de la primauté du droit. C’est grâce aux règles de droit que nous jouissons d’une liberté. Comment peut-on améliorer un fondement déjà solide? Ou, comme l’indiquent mes armoiries, Contemplare Meliora : comment « envisager un monde meilleur »?

Commençons par les définitions courantes de « professionnalisme ». Ce concept sous-entend le fait de bien servir les citoyens et de continuer à innover dans les domaines du droit et de l’administration.

Ces obligations sont un élément essentiel du contrat social qui lie la profession juridique à la société.

Dans toute profession, le contrat social comporte trois éléments principaux. Premièrement, une profession se caractérise par des connaissances spécialisées qui sont enseignées dans des établissements reconnus et qui s'acquièrent par l'expérience et sous supervision. Deuxièmement, l'État accorde à une profession un droit d'exercice exclusif et un contrôle à l’égard des normes d'adhésion et de sortie, des compétences requises et, jusqu'à un certain point, des honoraires.

Troisièmement, la profession assume envers la société la responsabilité de servir au-delà des besoins de certains clients. Cet aspect du service est le facteur principal du droit d’exercer, et le professionnalisme est la voie par laquelle nous remplissons nos obligations en matière de service au public.

Ce point mérite d’être répété. L’État nous confère des droits et des privilèges. Nous jouissons d’un monopole pour l’exercice du droit. En retour, nous acceptons une responsabilité l’un envers l’autre, envers nos clients, envers le système juridique et envers la société en général. Plus particulièrement, nous avons le devoir de chercher constamment à améliorer la justice, de continuellement créer le bien. 

À propos, j’aimerais préciser que même si j’estime bien connaître le droit canadien, je ne suis pas un spécialiste du système juridique de l’Inde. Mes observations sont, je crois, des vérités universelles. Je ne veux pas insinuer qu’il y a tel ou tel domaine à améliorer en Inde. Si je partage ces vues, c’est parce qu’il est vital que chacun de vous – en particulier ceux qui sont encore aux études – soit au fait de ces vérités.

Parce qu’être inconscient du changement n’est pas sans conséquence.

Qu’arriverait-il si nous manquions à nos obligations qui découlent du contrat social, et que nous choisissions de ne pas évoluer au même rythme que la société pour assurer la pertinence et la justice du droit et de la profession juridique? La société changerait alors la nature de ce contrat et viendrait redéfinir la notion de professionnalisme.

J’aimerais ajouter que le défaut d’évoluer entraîne également une perte de confiance. Et lorsque la confiance n’est plus – une fois que ce ballast a disparu – le système commence à craquer et à partir à la dérive.

Comment éviter cela? En innovant et en améliorant continuellement le système de justice.

Lorsque j’étais un jeune doyen de la faculté de droit, je posais souvent la question suivante aux nouveaux étudiants en droit durant mon discours de bienvenue : « La loi est-elle juste? Pour répondre à cette question, il faut savoir deux choses : connaître la loi et posséder un sens de la justice. J’encourageais les étudiants à toujours se demander si la loi sur laquelle ils travaillaient était juste. Si ce n’était pas le cas, je leur demandais « Qu’est-ce que vous allez faire? » Je rappelais alors à ces nouveaux étudiants que, bientôt, chacun d’eux allait prêter le serment « d’améliorer l’administration de la justice. »

Vous avez fait la même promesse, officiellement ou non, d’améliorer l’appareil judiciaire de votre pays.

Chacun de vous est appelé à relever ce défi, et je suis heureux d’être avec vous dans cet établissement, car c’est ici que cela commence. Vous devez vous engager à apprendre, sans arrêt, parce qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à l’horizon.

Nous vivons à une époque en pleine évolution. Notre monde s’internationalise. De nouvelles technologies modifient rapidement notre façon de voir le monde et d’interagir. Les changements et la croissance démographiques apportent leur lot de défis, des défis que l’on ne pouvait imaginer il y a un demi-siècle. Cette réalité s’applique tant au Canada qu’en Inde, et elle exige notre attention. Nous sommes tous responsables du renforcement de la primauté du droit.

La quête de justice est noble, idéaliste, exigeante et nécessaire pour le bien de la société. Je vous encourage tous et toutes à trouver de nouvelles façons de collaborer et d’innover afin que le futur de nos pays soit juste et équitable.

Je suis fier des partenariats que nous avons noués avec l’Inde, car je sais que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. Je suis impatient de voir tout ce que nous pouvons faire ensemble.

Merci.