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Nouvelles

Discours liminaire au Congrès annuel 2013 de la Chambre de commerce du Canada

Kelowna (Colombie-Britannique), le dimanche 29 septembre 2013

 

Je vous remercie de cet accueil chaleureux. C’est un honneur d’être le premier gouverneur général du Canada à prendre la parole à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de la Chambre de commerce du Canada.

Cet organisme revêt une importance cruciale pour la vitalité de notre milieu des affaires et, par conséquent, pour le dynamisme de notre pays.

Constituée de chambres et de conseils commerciaux des quatre coins du pays, la Chambre de commerce du Canada forme le réseau des réseaux. Vous représentez des dizaines de milliers d’entreprises de toute taille, des entreprises qui jouent un rôle essentiel pour de nombreuses collectivités et ménages canadiens.

Votre mandat est si vaste qu’il me fait penser aux propos lancés par mon prédécesseur, M. John Buchan, lors de sa nomination au poste de gouverneur générale en 1935.

Il a dit « quelle grosse besogne que le Canada ».

Des propos très justes et qui expliquent pourquoi je suis si heureux d’avoir l’occasion de pourvoir parler avec vous aujourd’hui.

Peu importe la taille de votre entreprise, la conduite d’activités commerciales constitue toujours une « grosse besogne », une tâche rendue encore plus ardue par le fait que les entrepreneurs doivent aujourd’hui non seulement se concentrer sur le marché canadien, mais également sur les marchés étrangers pour réussir.  

La Chambre de commerce du Canada a cerné 10 principaux obstacles à la compétitivité à l’heure actuelle au Canada, et j’aimerais m’attarder sur l’un de ces obstacles en particulier, soit le manque de travailleurs qualifiés du milieu des affaires canadien.

Pour citer votre site Web :

« Les entreprises canadiennes sont arrivées au point de basculement en ce qui a trait aux pénuries de compétences et de travailleurs. Une crise qui a été cachée par la récession est devenue entièrement apparente. Le marché du travail est affecté par un virage démographique qui mène à des retraites et à un mésappariement croissant entre les compétences requises et celles qui sont offertes. »

Je me suis entretenu récemment sur ce sujet avec M. Harvey Weingarten, le président du Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

Ce dernier a décomposé le problème de la manière suivante :

Tout d’abord, le Canada ne dispose pas, à l’heure actuelle, d’assez de travailleurs ayant reçu une formation technique, comme les gens de métier, les techniciens ou les ingénieurs, par exemple.

Ensuite, les chefs d’entreprise disent qu’il n’y a pas suffisamment de travailleurs dotés des bonnes compétences, comme la capacité de diriger une équipe ou de gérer des projets, la faculté d’adaptation et la communication.

Enfin, le Canada ne forme pas assez de créateurs d’emplois, comme les constructeurs, les créateurs et les innovateurs.

Tout en gardant ces points à l’esprit, j’aimerais aborder quatre grands thèmes avec vous aujourd’hui :

  1. le contexte;
  2. la collaboration;
  3. Les attentes;
  4. la capacité de diriger.

Premièrement, parlons de notre contexte. Nous devons commencer, comme le dit E.B. White, par essayer de tenir compte de l’ensemble de la situation.   

Nous devons reconnaître que la disponibilité (ou le manque) de travailleurs et d’innovateurs qualifiés se produit à plus grande échelle, dans un cadre qui exige une réflexion stratégique et une perspective d’ensemble en ce qui concerne la résolution de problèmes.  

En d’autres mots, nous devons adopter une approche écosystémique afin de pouvoir stimuler la prospérité et accroître le bien-être des Canadiens.

En tant que gens d’affaires, je suis sûr que vous conviendrez qu’au XXIe siècle, la science, la technologie et l’innovation forment un écosystème essentiel à votre réussite, ainsi qu’à la réussite du Canada, aujourd’hui et demain.

Quelque que soient les activités de votre entreprise, votre capacité à utiliser et à exploiter la science, la technologie et l’innovation (ou la STI), plutôt que de faire du rattrapage, sera le principal facteur déterminant de votre réussite pour les années à venir.

C’est le cas pour toutes les entreprises, qu’elles étiquètent les mesures qu’elles prennent pour réaliser des économies et améliorer leurs pratiques exemplaires et leurs produits « recherche et développement » ou pas.

En outre, comme l’ont indiqué les auteurs du rapport biennal sur L’état des lieux publié par le Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation, les affaires, les connaissances et des gens de talent forment les trois principaux piliers sur lesquels repose l’écosystème de STI du Canada.

Pour résumer mes propos, des activités commerciales dynamiques, des connaissances solides et des travailleurs talentueux renforcent notre écosystème de STI, qui, à son tour, dans un cercle vertueux, vient accroître les échanges, les connaissances et les compétences.   

Il s’agit donc de notre contexte, de notre écosystème si vous préférez. Il se caractérise par une forte interdépendance et donc par la nécessité d’établir un dialogue et une collaboration continus.   

Laissez-moi quitter le royaume de la théorie et vous donnez un exemple concret, tiré de ma propre expérience, du pouvoir de la collaboration, le deuxième thème que je veux aborder aujourd’hui.  

Pendant de nombreuses et merveilleuses années, j’ai eu le privilège de remplir les fonctions de principal de l’Université McGill à Montréal et l’un des projets sur lequel j’ai travaillé consistait à contribuer à la création d’un programme professionnel de maîtrise en génie.

Le programme a été établi avec la contribution de cinq autres universités régionales et de l’industrie de l’aérospatiale locale, dont un problème particulier a mis les choses en branle : en l’absence d’un nombre suffisant d’employés canadiens qualifiés, les entreprises sont obligées de recruter à l’étranger. De plus, après avoir acquis une expérience précieuse au Québec, bon nombre de ces travailleurs étrangers retournent dans leur pays ou partent travailler ailleurs, laissant derrière eux une pénurie constante de travailleurs pour le secteur canadien de l’aérospatiale.

Cela vous dit quelque chose?

La solution a consisté à former une main‑d’œuvre au Canada en mesure de pourvoir ces postes. Après avoir fixé cet objectif, nous avons travaillé à sa réalisation en communiquant en permanence et en collaborant étroitement.

Ce projet s’est avéré essentiel à la réussite remarquable de l’industrie québécoise de l’aérospatiale.

Soit dit en passant, vous avez peut-être entendu parler de la réussite du baptême de l’air du nouveau jet CSeries de Bombardier, un jour à marquer d’une pierre blanche pour le génie aérospatial canadien, et la preuve des bienfaits de la collaboration. 

Cet exemple de réussite m’amène à mon troisième thème, l’importance d’avoir des attentes élevées, envers soi-même et envers les autres.

Qu’est-ce que je veux dire par là? Eh bien si nous acceptons que les affaires,  les connaissances et les gens de talent forment le fondement de notre écosystème de STI, nous nous devons d’avoir des attentes élevées envers les entreprises et les établissements d’enseignement canadiens, envers leurs capacités d’innover et de doter les gens des compétences essentielles à leur réussite.  

Par ailleurs, à leur tour, les employeurs et les enseignants se doivent d’avoir des attentes élevées les uns envers les autres.

De ce que j’ai pu constater, quand on s’attend à ce que les gens fassent de leur mieux, c’est ce qu’on obtient.

Bien entendu, ce qui est vrai pour l’apprentissage l’est aussi dans la vie, et l’on obtient que ce que l’on donne en retour, alors il ne suffit pas d’avoir des exigences envers les autres et d’attendre que les choses se produisent.

Si nous voulons que le Canada continue de s’épanouir en tant que société intelligente, bienveillante et prospère au XXIe siècle, nous devons plutôt tous faire de notre mieux et en demander autant aux autres en retour, tout en collaborant avec zèle pour le bien-être commun.

Prenons l’exemple de l’éducation. Les économistes conviennent qu’une main-d’œuvre bien éduquée revient à une main-d’œuvre plus productive et, comme le souligne le récent rapport de l’OCDE, Regards sur l’éducation, 51 p. 100 des adultes canadiens possèdent une forme de qualifications postsecondaires, ce qui classe le Canada en tête des 34 pays de l’OCDE, de quoi se réjouir!   

En revanche, en étudiant les chiffres, on constate que certains secteurs précis pourraient encore être améliorés. Pour ne donner qu’un exemple, les résultats universitaires des 25‑34 ans font glisser le Canada au 15e rang des pays de l’OCDE.   

Ces chiffres sont importants car, aujourd’hui, toute forme d’apprentissage a son importance. Pour citer M. Paul Davidson de l’Association des universités et collèges du Canada, « ce n’est pas parce que nous n’avons pas assez de plombiers et de tuyauteurs que nous avons assez de bacheliers. »

Il ne s’agit pas de choisir entre l’un ou l’autre, mais plutôt d’avoir les deux. Il faut accroître l’enseignement postsecondaire dans tous les secteurs.

En tant que gens d’affaires, vous avez un rôle important à jouer. En effet, vos attentes en tant qu’employeurs à l’égard du niveau de compétences et d’éducation de la main-d’œuvre peuvent avoir des incidences réelles sur la productivité du Canada.

Parallèlement, vous avez également des responsabilités du côté de « l’approvisionnement », en ce qui concerne l’emploi, les débouchés et les ressources.  

En tant qu’employeurs, vous pouvez contribuer au développement de la culture de l’apprentissage au Canada en accueillant les diplômés et en leur offrant l’occasion d’exploiter leurs talents de façon concrète.

J’ai moi-même travaillé avec des étudiants et des diplômés pendant une bonne partie de ma carrière professionnelle et, par conséquent, je sais que vous ne serez pas déçus par l’énergie, le talent et l’ingénuité qu’ils ont à vous offrir.   

Il s’agit d’un autre cercle vertueux. Élevez vos attentes à l’égard du niveau d’éducation de la main-d’œuvre puis aidez les diplômés à trouver des occasions de répondre à ces attentes, voire de les dépasser.

Qui en sort gagnant? Vous, eux, nous tous.  

Permettez-moi de vous raconter une autre anecdote, cette fois sur le thème des attentes et de la capacité de diriger une équipe, mon quatrième et dernier point.

Je vous demande un peu d’indulgence, les faits se passent en 1956, mais je vous assure qu’ils sont à la fois pertinents et d’actualité!

L’histoire commence par une allocution donnée au club Rotary de Kitchener-Waterloo par un homme nommé Ira Needles, qui, à l’époque, était le président de B.F. Goodrich Canada.

Les affaires étaient prospères, mais M. Needles avait un problème.  

Une petite idée?

Pas assez de travailleurs qualifiés. Dans son cas, il avait besoin d’ingénieurs pour son usine de pneus de Waterloo.

Il savait aussi que le Canada, en tant que nation, devait mettre davantage l’accent sur la science et la technologie. N’oubliez pas que c’était pendant la guerre froide. 

L’allocution de M. Needles devant le club Rotary était donc intitulée « RECHERCHÉS : 150 000 ingénieurs » et était sous-titrée « Le plan de Waterloo » car il avait un plan d’action qui devait commencer à Waterloo même.  

La solution qu’il proposait consistait en un modèle novateur d’enseignement postsecondaire en coopération qui jumelait les études théoriques en salle de classe à une expérience pratique sur le terrain dans le milieu du travail.

De nos jours, cette « solution » s’appelle le programme Coop de l’Université de Waterloo. 

M. Needles était le président fondateur du conseil de l’université, université dont il est plus tard devenu président.

Bien entendu, aujourd’hui, aussi bien l’université que son programme Coop sont reconnus, et il est intéressant de se pencher sur le rôle essentiel que M. Needles, qui, soit dit en passant, était membre de sa Chambre de commerce locale, a joué pour répondre aux besoins de travailleurs qualifiés de son industrie.

C’était un visionnaire qui a facilité un changement novateur dans le secteur de l’éducation et un dirigeant audacieux.

Vous savez tous que les affaires ne sont rien sans des gens de talent pour les mener.

Il est également vrai qu’une bonne capacité à diriger constitue un élément essentiel à la réussite d’une entreprise, quelle qu’en soit la taille.

En tant que gens d’affaires canadiens, votre capacité à diriger revêt une importance considérable, de toute évidence pour votre propre réussite, mais aussi pour notre réussite à tous en tant que nation. La prospérité et le développement de l’écosystème du Canada en matière de science, de technologie et d’innovation découlera en grande partie de la capacité des gens d’affaires de ce pays à diriger.

L’innovation commerciale est un secteur en particulier qui présente des débouchés.

Pour citer à nouveau le rapport sur L’état des lieux du CSTI :

« L’innovation des entreprises alimente la croissance de la productivité et celle de la compétitivité à l’échelle mondiale, et élève le niveau de vie. »

Et pour parler franchement, en ce qui concerne la productivité, la compétitivité et le niveau de vie, nous pourrions faire mieux.  

Dans la catégorie des dépenses des entreprises consacrées à la recherche et au développement en pourcentage du PIB, un indicateur d’importance, le Canada a reculé au 25e rang des pays de l’OCDE.

Comme conclut le CSTI :

« Les entreprises canadiennes doivent devenir plus novatrices afin de s’assurer la meilleure place possible au sein de l’économie mondiale. »

Leur réussite est la nôtre.  

Fort heureusement, je sais qu’au Canada, et rien que dans cette salle, se trouvent une profusion de dirigeants qui peuvent influencer et qui modifient le cours des choses.

Mon message est donc le suivant : n’ayez aucune hésitation.

Soyez constamment au fait du contexte local et mondial.

Tournez-vous vers les autres et collaborez sans hésiter.

Fixez des attentes élevées à l’égard des autres et de vous-même.

Et enfin, ayez le courage de vos opinions et soyez un dirigeant, un chef de file dans l’établissement du Canada de demain, un Canada qui fait preuve d’une intelligence, d’une bienveillance et d’une prospérité accrues.

En vous adressant mes meilleurs vœux de réussite, je vous remercie de m’avoir prêté votre attention.