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Nouvelles

Conférence Canada-Asie 2013

Vancouver (Colombie-Britannique), le mardi 4 juin 2013

 

Bonjour à tous.

Je suis enchanté d’être à Vancouver et de pouvoir assister avec vous au congrès annuel de la Fondation Asie Pacifique du Canada.

Je tiens à souligner que nous sommes sur le territoire traditionnel des Salish du littoral.

J’aimerais remercier les Canadiens venus de partout sur notre vaste territoire pour prendre part à cet indispensable forum. Je tiens également à saluer et à remercier les délégués internationaux qui sont à Vancouver cette semaine.

Cette ville est le lieu de réunion par excellence.

Les gens de toute la région considèrent Vancouver comme une excellente porte d’entrée au Canada. Pour les Canadiens, il s’agit d’une passerelle vers les grandes étendues de l’océan Pacifique et les pays diversifiés qui longent le littoral de l’Asie.

Dans les premières années d’existence du Canada, des milliers d’immigrants de l’Asie-Pacifique ont débarqué dans cette ville, contribuant au développement et au renforcement rapides de celle-ci et du pays tout entier. Bon nombre de ces hommes et de ces femmes ont vécu des épreuves inexprimables. Malgré tout, ces nouveaux Canadiens ont persévéré. Ils ont élevé leurs familles, démarré des entreprises, occupé des postes élus, aidé d’autres immigrants à s’établir et propagé leurs meilleures coutumes et traditions, enrichissant ainsi la vie de tous les Canadiens.

Grâce à leurs efforts, leurs sacrifices et leur dévouement, les noms comme Fu, Kim, Suzuki, Pagtakhan et Nguyen ne sont plus simplement des noms chinois, coréens, japonais, philippins et vietnamiens; ce sont des noms purement canadiens.

Ces pionniers ont transformé Vancouver, la Colombie-Britannique et le reste du pays en lieux diversifiés et dynamiques. Franchement, je n’ose imaginer le Canada sans l’apport de ces immigrants et des autres citoyens nés à l’étranger. Notre pays serait affecté d’une pensée, d’une vision et d’un esprit étroits; il s’en trouverait diminuer sur les plans social et culturel; et il serait considérablement moins prospère.

Heureusement, les habitants de l’Asie-Pacifique continuent de rehausser notre diversité et notre dynamisme, s’établissant par milliers à Vancouver à leur arrivée au Canada pour profiter des possibilités commerciales, universitaires et de recherche.

Bien entendu, cette circulation ne s’effectue pas à sens unique. Plus le temps passe, plus les Canadiens sont nombreux à faire le grand saut depuis Vancouver et à entreprendre leur propre aventure dans la région de l’Asie-Pacifique.

Cet esprit de découverte habite chacun de nous ici présent. Que vous soyez originaire du Canada ou de l’un des pays parmi la vingtaine qui forment la région de l’Asie-Pacifique, vous êtes ici pour examiner en profondeur certains de nos plus grands défis et de nos plus grandes possibilités :

Par exemple, comment libérer le plein potentiel de nos relations commerciales?

Par exemple, commentstimuler l’innovation et accélérer la transition de nos solutions innovantes depuis les laboratoires jusque dans nos maisons, nos écoles et nos milieux de travail?

Par exemple, commentcréer des institutions politiques et économiques qui reflètent la dignité humaine et qui font appel aux énergies créatives de chaque citoyen?

Par exemple, commentmettre à profit les immenses réserves en capitaux de l’Asie pour favoriser le développement et l’intégration de nos marchés commerciaux?

Par exemple, commentincorporer les outils et les méthodes de manière à rendre nos industries durables sur le plan environnemental et, par conséquent, viables à long terme?

Voilà des questions complexes. Les réponses que nous formulerons détermineront l’avenir de nos nations et de notre région. Nos gouvernements, à eux seuls, ne seront pas en mesure de trouver ces réponses.

Il incombe à chacun de vous d’aider nos peuples à comprendre les principales forces économiques, politiques et sociales qui nous façonnent et qui nous orientent dans les directions qui nous seront les plus bénéfiques et profitables.

Vous représentez les plus brillants esprits, les travailleurs les plus acharnés et les professionnels les plus ambitieux de vos pays respectifs.

Vous êtes des propriétaires et des dirigeants d’entreprise, des chercheurs et des innovateurs, des enseignants et des étudiants, ainsi que des chefs de file au sein d’organisations universitaires et philanthropiques, et vous avez étudié, enseigné et travaillé durant maintes années dans des domaines rattachés aux problèmes uniques que rencontrent les nations de l’Asie-Pacifique.

Vos habiletés, connaissances et expériences approfondies vous permettent de voir loin devant vous. Vous envisagez beaucoup plus clairement que vos concitoyens les obstacles qui jalonnent notre parcours. Vous êtes à même de tracer la meilleure voie à emprunter.

Une lourde responsabilité vous a été confiée, et une tâche titanesque vous attend. Cependant, le présent rassemblement vous aidera à mieux assumer cette responsabilité et à remplir votre tâche. Ce congrès vous amènera à pratiquer ce que j’appelle la diplomatie du savoir. Il s’agit de notre volonté et de notre capacité à travailler avec d’autres pays et disciplines afin d’acquérir, de raffiner et de communiquer des connaissances.

La diplomatie du savoir est un outil puissant qui vous aidera, cette semaine et par la suite, à relever les défis dont je vous ai parlé.

Les étudiants en histoire reconnaissent que les grandes avancées de notre civilisation émanent rarement d’une seule discipline, mais qu’elles se jouent plutôt au carrefour de plusieurs disciplines différentes. Bien que ces interactions puissent avoir lieu à l’échelle locale ou régionale d’un pays, elles augmentent en puissance lorsque les chercheurs, scientifiques, étudiants, investisseurs, entrepreneurs et décideurs de multiples pays cultivent des relations entre eux.

Je reviens d’une visite d’État de dix jours au Ghana, au Botswana et en Afrique du Sud durant laquelle moi, mon épouse, Sharon, et les membres de la délégation canadienne avons vu de nos propres yeux la diplomatie du savoir en action.

Les Canadiens et les Africains travaillent ensemble, outrepassant les frontières géographiques et disciplinaires, afin d’accélérer la recherche et le développement, de répandre la paix et d’accroître la sécurité, de favoriser la viabilité environnementale et sociale des activités minières, d’encourager la résilience et l’abondance des produits agricoles, ainsi que d’élargir et d’améliorer les services de soins de santé offerts aux femmes et aux enfants.

Je déduis de votre présence ici que vous êtes tous, par inclination, des diplomates du savoir. Pour que vous puissiez suivre pleinement votre penchant à transcender les frontières et les disciplines, je vous demanderai deux choses.

D’abord, faites votre possible pour rencontrer des délégués qui ne viennent pas du même pays que vous. Nous sommes naturellement attirés par les gens qui parlent notre langue et partagent nos coutumes. Je vous incite à éviter cette tentation — sortez de votre zone de confort — et à forger des amitiés et des liens professionnels avec les délégués des autres pays.

Cette demande s’adresse principalement aux Canadiens ici présents, puisque la majorité des délégués viennent du Canada.

Ensuite, assistez aux ateliers qui ne répondent pas directement à vos intérêts ou ne se rattachent pas directement à votre profession. N’oubliez pas que la diplomatie du savoir exige que nous encouragions le travail entre les disciplines. Faites appel à votre perspicacité, en tant qu’avocats, pour influer la discussion sur l’énergie verte. Confiez vos expériences, en tant qu’experts du développement international, pour susciter de nouvelles pensées en vue de promouvoir l’innovation. Puisez dans vos nombreuses années d’études et de travaux en planification urbaine pour édifier des classes moyennes élargies, et plus fortes, dans chacun de nos pays.

Vous pensez peut-être que le défi est inatteignable. Que vous n’êtes pas en mesure de répondre aux questions profondes que je vous ai soumises. Que quelque 400 personnes réunies dans un hôtel, pendant trois jours, n’auront qu’une influence ténue sur l’avenir d’une région composée de milliards d’habitants et répandus sur la moitié de la planète. Permettez-moi de réfuter vos objections en vous racontant une brève anecdote.

Il y a maintes années, presque 30 ans déjà, mère Teresa — cette sœur bien connue qui a fondé les Missionnaires de la Charité — a visité le Canada pour raconter aux Canadiens comment elle venait en aide aux mourants, aux malades et aux miséreux de Calcutta. J’ai lu un éditorial dans l’un des principaux quotidiens du pays, dans lequel on saluait ses intentions, mais on déplorait la futilité de ses efforts. À quoi bon aider seulement quelques centaines de personnes lorsque la ville en compte des millions, et le pays des centaines de millions?

Cette opinion m’a troublé. Je savais que la perspective était erronée, mais je ne pouvais dire pourquoi. Jusqu’à ce que je trouve une explication, des années plus tard, et là où je m’y attendais le moins, c’est-à-dire dans une fête d’enfant où un magicien avait volé la vedette. Le magicien était en réalité le doyen du département de journalisme de l’université où j’étais moi-même doyen de l’école de droit.

Un verre d’eau à la main, le magicien a affirmé aux enfants qu’il pouvait transformer l’eau en vin. Utilisant sa cape de manière à obstruer la vue des enfants, mais pas la mienne, il a sorti un compte-gouttes oculaire dissimulé sous sa manche et a versé dans le verre quelques gouttes de colorant alimentaire rouge. Il s’est ensuite retourné et a agité l’eau, qui a lentement perdu sa transparence pour virer au rouge trouble, sous nos yeux.

C’est alors que j’ai compris que l’auteur de l’éditorial avait mal interprété l’œuvre de mère Teresa. Il avait analysé son action d’un point de vue mathématique, plutôt que chimique.

Permettez-moi de conclure en disant que la valeur de nos efforts ne tient pas uniquement de nos actions, mais aussi de notre capacité à inspirer les autres par nos gestes. Considérez votre influence sur vos nations respectives et sur notre région, non pas de l’angle des mathématiques, mais bien de celui de la chimie. Utilisez les principes de la diplomatie du savoir pour animer et enrichir les discussions de cette semaine.

Lorsque vous partirez d’ici, donnez suite aux découvertes que vous aurez faites. Entretenez les liens que vous aurez créés et efforcez-vous de les resserrer.

Qui plus est, utilisez ces liens pour inspirer et aider les autres à forger de nouvelles relations. Transmettez-leur l’esprit de la diplomatie du savoir. Mobilisez votre entourage à rechercher des solutions aux grands problèmes qui nous préoccupent. C’est ainsi qu’ensemble, les citoyens de chacun de nos pays arriveront à faire de l’Asie-Pacifique la région plus avertie et bienveillante dont nous rêvons.

Merci.