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Nouvelles

Discours liminaire prononcé à l’Université Witwatersrand sur les relations canado-sud-africaines (Afrique du Sud)

Johannesburg (Afrique du Sud), le mardi 21 mai 2013

 

Merci de votre accueil chaleureux.

Permettez‑moi de commencer ce soir en vous transmettant les salutations et les bons souhaits de tous les Canadiens et en soulignant l’amitié qui unit le Canada et l’Afrique du Sud. C’est un véritable honneur de venir parler des relations entre le Canada et l’Afrique du Sud dans une université aussi impressionnante.

En tant que gouverneur général, j’ai le privilège de représenter le Canada à l’étranger dans le cadre de visites d’État. Nous sommes arrivés au Cap hier seulement et, déjà, nous avons commencé à nous sentir imprégnés de la dynamique de l’Afrique du Sud contemporaine, de sa formidable beauté, de sa créativité et de ses grandes perspectives d’avenir.

Nous avons aussi eu l’occasion de prendre connaissance de quelques exemples de coopération entre les Canadiens et les Sud‑Africains.

D’ici la fin de notre visite, nous comptons chercher à en savoir plus sur nos partenariats et sur la possibilité de former de nouvelles collaborations.

Mais, bien sûr, les Canadiens et les Sud‑Africains travaillent ensemble depuis de nombreuses années.

Malgré nos histoires, géographies et cultures distinctes, les peuples de nos deux nations ont une vision commune.

Cette vision est fondée sur la diversité et le dynamisme, sur le développement de sociétés composées de communautés averties et bienveillantes au sein desquelles coexistent la quête de l’excellence et l’égalité des chances.

Le Canada, par exemple, est reconnu de par le monde pour son engagement à l’égard du multiculturalisme. Au Canada, nous cherchons à accueillir favorablement les différences et nous voyons la diversité comme une force et non comme une faiblesse.

Ici, en Afrique du Sud — la « Nation arc‑en‑ciel », vous avez 11 langues officielles, une expression vraiment remarquable de vos valeurs.

Il ne fait pas de doute que les Canadiens et les Sud‑Africains ont encore chacun de leur côté du travail à faire pour en arriver à l’excellence et à l’égalité des chances dans leur pleine mesure. Mais ce sont là des valeurs démocratiques qui nous unissent et auxquelles nous aspirons.

Comme vous le savez, nos relations actuelles ont pris racine au cours d’une période très difficile de l’histoire de l’Afrique du Sud.

Le gouvernement et le peuple du Canada ont d’abord manifesté leur appui à l’égard de l’Afrique du Sud actuelle — c’est‑à-dire, votre Afrique du Sud — au début des années 1960, lorsque nous avons exigé la fin de l’apartheid en échange de la réintégration de l’Afrique du Sud au sein du Commonwealth.

Nous avons aussi exprimé notre solidarité pendant la période sombre des années 1980 en appuyant le mouvement anti-apartheid.

Je peux vous assurer que le Canada est très fier de compter parmi ses citoyens honoraires votre ancien président, M. Nelson Mandela. J’aimerais profiter de l’occasion pour lui transmettre les bonnes pensées de tous les Canadiens et leurs souhaits de santé.

J’aimerais aussi signaler que l’érable à sucre qu’il a planté au cours de sa visite à Rideau Hall à Ottawa, la résidence officielle qui me tient lieu de domicile et de bureau, est maintenant en pleine floraison sous les doux rayons du printemps.

M. Mandela est aussi Compagnon honoraire de l’Ordre du Canada, la plus haute récompense du régime canadien de distinctions honorifiques.

Sa devise : DESIDERANTES MELIOREM PATRIAM.

Ils veulent une patrie meilleure.

C’est bien ce que chacun d’entre nous souhaite pour son pays respectif, n’est-ce pas? Que l’on soit Canadien ou Sud‑Africain, nous aspirons tous à l’édification d’une meilleure société, maintenant et pour les années à venir, pour que nos enfants aient un avenir meilleur.

Depuis 2003, nos deux pays tiennent des rencontres bilatérales annuelles pour discuter de nos priorités et de nos enjeux communs. Ces discussions reflètent la grande étendue de nos relations qui englobent la politique étrangère, le commerce, le développement, la paix et la sécurité, les arts et la culture, l’éducation, les sports ainsi que les sciences et la technologie.

Autrement dit, l’Afrique du Sud est l’un des partenaires les plus importants du Canada dans ce continent immense et diversifié.

Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère dans nos relations, comme en fait foi le nombre croissant de partenariats entre les Canadiens et les Sud‑Africains.

Permettez‑moi de faire ressortir quelques exemples bien précis de notre coopération.

En tant que membres du Commonwealth, nos deux pays travaillent ensemble au renforcement du respect des droits de la personne en Afrique. Nous avons aussi été partenaires au chapitre de la consolidation de la paix et de la prévention des conflits. À titre d’exemple, nous avons appuyé les opérations conjointes de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour, ainsi que la mission de l’Union africaine en Somalie, AMISOM.

Cette semaine, l’Afrique du Sud a signifié au Canada son intention d’adhérer au groupe de travail sur la médiation présidé par le Canada, sous les auspices du Processus de Malte, et qui traite des droits de l’enfant dans les différends transfrontaliers où la loi musulmane diffère des autres traditions juridiques.

Il nous arrive parfois de coopérer indirectement, par notre travail au sein de divers forums.

Par l’entremise de la Communauté de développement de l’Afrique australe, l’Afrique du Sud a joué un rôle clé, favorisant entre autres le retour de la démocratie à Madagascar, votre voisin insulaire. Le Canada s’intéresse aussi vivement à ce pays, vu l’importance des relations entre nos peuples et de nos liens commerciaux.

Outre nos propres efforts, nous avons travaillé avec les conseils de La Francophonie pour ramener l’ordre constitutionnel dans un pays riche en éventuels partenariats.

Comme l’Afrique du Sud, le Canada cherche à diversifier ses relations de façon à rassembler les pays du monde entier au moyen de réseaux qui se renforcent mutuellement. La participation de l’Afrique du Sud à l’organisation des pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) constitue un exploit diplomatique pour ce pays.

Depuis maintes années, le Canada entretient un partenariat avec l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE). Le Canada est aussi un membre important du forum de Coopération économique de la zone Asie-Pacifique (APEC) et participera à la négociation du Partenariat transpacifique.

Il va de soi que le Canada et l’Afrique du Sud comprennent tous deux l’importance des réseaux internationaux à l’ère de la mondialisation.

Nous l’avons prouvé par nos actions.

Au cours des dernières années, le Canada et l’Afrique du Sud ont ratifié et cherché à parachever divers accords bilatéraux portant entre autres sur les services aériens, les douanes ou la coopération nucléaire. Ces accords et négociations et tous les autres en cours ou à venir confirment le fait que, pour un nombre grandissant de Canadiens, l’Afrique du Sud est vue comme la porte d’entrée du continent africain.

Les Canadiens et les Sud-Africains sont des partenaires dans le cadre d’initiatives nouvelles et stimulantes dans les secteurs de la recherche, de l’éducation, de l’exploitation minière, de l’aérospatiale, de l’agriculture, des services alimentaires, du transport et de l’énergie.

Comme autre exemple de notre collaboration, pensons au fruit de la participation de divers établissements postsecondaires de l’Afrique du Sud dont l’Université du Cap, l’Université du Cap‑Occidental, l’Université de Stellenbosch et, bien entendu, l’université impressionnante où nous sommes réunis ce soir.

Hier, j’ai eu le privilège de rencontrer des professeurs et des étudiants de ces universités sur le campus du Cap. Ils participent à un formidable partenariat dans le cadre duquel des Canadiens et des Sud‑Africains travaillent ensemble à la construction du télescope d’une surface collectrice d’un kilomètre carré.

Bien que le projet en soit encore aux premières étapes, il symbolise parfaitement la coopération internationale au profit de l’ensemble de l’humanité. La construction de ce télescope a suscité la participation d’une grande variété de partenaires. Ce projet amplifie notre savoir collectif, a des retombées positives sur nos économies et nous rapproche tous.

Il nous rappelle aussi que dans le monde actuel, les nouvelles découvertes sont rarement le fruit d’un travail isolé. En fait, elles sont plus souvent l’aboutissement d’une collaboration entre des écoles et des établissements de recherche, des entreprises du secteur privé et des gouvernements.

Un autre excellent exemple de la coopération entre le Canada et l’Afrique du Sud est le travail que nous avons mené pour mettre sur pied et soutenir l’Institut africain des sciences mathématiques et l’initiative « À la recherche du prochain Einstein ». Cette idée provient de Neil Turok, un Sud‑Africain qui dirige maintenant l’Institut Perimeter pour la physique théorique au Canada — et dont le père, Ben, est bien sûr membre de l’Assemblée nationale.

Permettez‑moi ici une petite digression pour vous signaler que j’ai déjà cité Neil Turok à diverses reprises dans mes discours. C’est un grand ami et un homme d’une intelligence et d’un humanisme remarquables. L’institut qu’il a mis en place, avec le soutien du gouvernement du Canada et d’autres participants ici en Afrique du Sud, est vraiment innovateur. Il vise à favoriser la constitution d’une masse critique de compétences techniques et scientifiques sur ce continent, et je suis ravi de constater que l’idée se répand dans d’autres pays africains.

J’ai confiance dans le succès de l’institut. Je crois qu’on y verra naître le prochain Einstein, celui-ci venant de l’Afrique.

Quel exemple remarquable des effets positifs qui peuvent découler de nos partenariats!

Dans notre monde actuel, ce qui fonctionne dans le domaine de la découverte scientifique peut tout aussi bien fonctionner dans une multitude d’autres domaines. Par ailleurs, la mondialisation a curieusement pour effet de rendre la collaboration plus facile, mais aussi d’autant plus indispensable.

En travaillant ensemble, nous pouvons nous aider mutuellement à nous développer, à croître et à nous diversifier.

En tant que gouverneur général du Canada, je peux vous assurer que notre pays tient à renforcer ses liens avec l’Afrique du Sud. Cela vaut tout autant pour le secteur de l’enseignement supérieur, qui présente un intérêt particulier pour moi en tant qu’ancien professeur et administrateur d’université.

L’an dernier, le Canada a eu le plaisir d’accueillir 615 étudiants de niveau postsecondaire de l’Afrique du Sud, et nous serions bien entendu heureux d’en accueillir encore beaucoup plus.

De la même manière, je n’hésite jamais à encourager les étudiants canadiens à étudier, à enseigner ou à faire du bénévolat à l’étranger, comme l’ont fait mes cinq filles, et ce, à ce jour, dans 17 pays différents. Comme je crois fermement que l’apprentissage a le pouvoir de rassembler les gens, j’ai bon espoir que nos étudiants, nos enseignants et nos écoles pratiqueront ce que je me plais à appeler la diplomatie du savoir.

Tant de fois dans ma vie, j’ai pu constater dans quelle mesure il est possible d’accomplir des choses remarquables quand des gens de tous les horizons et de diverses communautés se regroupent pour apprendre, innover et partager leurs connaissances et expériences.

La diplomatie du savoir porte ses fruits dans de multiples secteurs, que ce soit par l’entremise des gouvernements ou à la faveur de rapports entre les institutions ou de liens interpersonnels. Nous avons tant à apprendre les uns des autres.

Permettez‑moi de vous faire part d’un dernier exemple de la façon dont nos expériences respectives nous aident à édifier des sociétés toujours plus averties et bienveillantes formées d’esprits aiguisés et de cœurs généreux.

Il s’agit de l’expérience de l’Afrique du Sud en vue d’établir la vérité et de favoriser la réconciliation après la fin de l’apartheid.

La commission innovatrice de la vérité et de la réconciliation que le pays a mise sur pied a été généralement considérée comme un modèle pour ce qui est de remédier aux injustices du passé tout en jetant les bases d’un avenir meilleur.

Les Canadiens ont pris note de cet exercice et aujourd’hui nous suivons notre propre cheminement vers la réconciliation à l’aide d’une commission similaire pour l’expression de la vérité qui vise à réparer les injustices historiques subies par les peuples autochtones dans le réseau des pensionnats indiens.

C’est en apprenant de nos erreurs tout en saisissant les occasions qui se présentent à nous que nous pouvons créer le monde meilleur auquel nous aspirons tous.

Malgré le fait que nos deux pays se trouvent aux antipodes de la planète, nous avons beaucoup à nous offrir mutuellement. Notre relation est importante du point de vue politique, commercial et culturel.

En tant que dirigeants de nos nations respectives, nous devons voir à ce que tous nos partenariats favorisent, de part et d’autre et tout à la fois, notre prospérité, le développement durable de nos sociétés et la responsabilité sociale. Lorsqu’il s’agit d’accroître la richesse et le bien‑être au XXIe siècle, notre choix n’est pas « l’une ou l’autre de ces réponses », mais bel et bien « toutes ces réponses ».

Le poète et avocat canadien F.R. Scott a écrit un jour :

« Le monde n’est plus qu’un/dans le foisonnement de nos émerveillements ».

Il a également déclaré : « Je suis un citoyen du monde vivant au pays de l’esprit humain. »

Voilà des propos fort appropriés en cette époque et pour nos jeunes.

Les Canadiens souhaitent en apprendre davantage sur l’Afrique du Sud et découvrir son vaste potentiel. Et le bel accueil que les Sud-Africains nous ont réservé peut être interprété comme un signe que les gens de ce pays sont tout aussi disposés à découvrir les promesses du Canada.

Il ne nous reste plus maintenant qu’à saisir cette occasion de travailler ensemble à l’édification d’un monde toujours plus équitable, plus juste et plus prospère.

Merci.