Le léopard vice-royal
  1. La gouverneure générale du Canada
  2. Son Excellence la très honorable Julie Payette
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Il faut tout un village

Le 12 avril 2013

Comme vous le savez peut-être, j’ai été élevée par ma mère sur l’avenue Summit, à Sault Ste. Marie. Nos voisins formaient une sorte de famille de substitution, prenant la relève lorsque ma mère avait besoin d’aide. J’ai récemment relaté ces expériences dans « It takes A Village », un court récit fictif inspiré de la réalité et publié dans l’édition du printemps 2013 du magazine Women of Influence. Aujourd’hui, j’aimerais vous le faire partager. Bonne lecture!

Sharon Johnston

« Il faut tout un village »

Plusieurs jeunes médecins avaient demandé congé le soir de l’Halloween. Nora avait accepté de prendre le quart du soir, indiquant que son fils aîné pourrait garder son jeune frère. Le mari de Nora était en voyage d’affaires pour quelques jours. Son garçon de quinze ans, Brent, avait offert de passer l’Halloween dans le voisinage avec Nick, son frère de quatre ans. Nora se réjouissait de la différence d’âge entre ses garçons, attribuable au temps dont elle avait eu besoin pour terminer ses études en médecine et se spécialiser en soins d’urgence. Brent étudiait maintenant au Upper Canada College, tandis que Nick fréquentait une garderie du coin. Dans sa voiture, en route vers l’hôpital, Nora se demanda si elle rencontrerait un jour ses voisins. Elle haussa les épaules, songeant à ses journées qui débutaient généralement à 5 heures et s’étiraient souvent jusqu’à 22 heures. De plus, il n’était pas rare qu’elle travaille deux quarts d’affilée, le service des urgences étant à court de personnel.

En cette soirée d’Halloween, on pouvait s’attendre à tout un éventail de cas inhabituels : de l’ivrogne belliqueux à la prostituée passée à tabac, en passant par l’homme souffrant d’hallucinations et l’enfant mordu par un chien errant alors qu’il allait chercher des bonbons, sans oublier la femme qui aurait mangé du chocolat contenant des bouts de lames. Toutefois, la soirée fut surtout marquée par la visite de patients qui n’avaient pas de médecin de famille. Nora jeta un œil sur l’horloge. Après cinq heures passées debout, elle était épuisée. Entendant une voix, elle se retourna et se retrouva face à face avec un policier.

« Je cherche le docteur Nora Smith. »

« C’est moi », répondit Nora. « Que se passe-t-il? », enchaîna-t-elle, prise de panique. Une douleur froide et aiguë s’installait dans son dos. «Qu’est-ce que Brent a fait? » demanda-t-elle.

« Nous avons votre jeune garçon, Nick. On l’a trouvé à deux heures du matin se promenant sur son tricycle, vêtu d’un costume de Darth Vader. »

« Pourquoi personne n’a pensé à ramener mon garçon à la maison et à me téléphoner? »

Le policier dansa nerveusement d’un pied à l’autre. « Docteur Smith, nous avons sonné à plusieurs portes. Vos voisins ignoraient tous où vous travailliez et savaient encore moins à quel numéro vous joindre. Un homme a même déclaré qu’il n’aurait jamais fait entrer un jeune enfant, craignant qu’on l’accuse de pédophilie. »

« Allons chercher mon fils », dit Nora, en ôtant sa blouse blanche.

Le dimanche suivant son réveil brutal, Nora rendit visite à ses voisins.

« Bonjour, je m’appelle Nora Smith. Je travaille au service des urgences de l’Hôpital général de Toronto. Je suis désolée que mon garçon vous ait dérangés. » Ses voisins, à leur tour, lui ont présenté leurs excuses. « Je suis psychologue pour enfant », a révélé une dame à Nora, qui allait de porte en porte. « Toutefois, quand j’ai eu mon premier enfant, j’ai choisi de rester à la maison jusqu’à ce qu’il commence l’école. Quelle déception pour mes parents! Moi, une boursière Fulbright, qui aurait dû ouvrir ma propre clinique. » « Prendriez-vous mon fils aîné comme patient privé? » s’enquit Nora. 

C’est ainsi que prit naissance l’Alliance du quartier, à laquelle chaque voisin contribuait un talent de son choix. Dans la plupart des familles, les deux parents travaillaient, mais l’Alliance comptait aussi un père au foyer, un couple homosexuel et trois mères qui avaient interrompu leur carrière pour prendre un congé prolongé. Les talents englobaient la rédaction de testaments, les soins médicaux, les conseils financiers, les services de garde après l’école, la consultation psychologique, l’entraînement sportif et les cours de cuisine gastronomique. Certains des talents mis à profit découlaient de loisirs, d’autres de compétences professionnelles. Chaque année, l’Alliance du quartier prit l’habitude d’organiser une fête, le jour de l’Halloween, pour souligner le bon voisinage. La popularité de la fête devint telle que les résidants des quartiers avoisinants essayèrent même de s’y inviter!