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Nouvelles

Discours liminaire à l’Université de Campinas

Campinas (Brésil), le samedi 28 avril 2012

 

Je vous remercie de m’accueillir à l’Université de Campinas et de me donner l’occasion de vous parler des solides relations qu’entretiennent le Canada et le Brésil.

Il ne faut pas se surprendre que – étant donné les similitudes entre nos pays et notre histoire – nous nous tournions l’un vers l’autre, en tant que partenaires naturels. Nos deux pays comptent des populations autochtones fières de leur héritage et des sociétés multiculturelles dynamiques. Nous avons tous les deux d’abondantes ressources naturelles et un vaste territoire, où les populations se concentrent autour de grands axes : pour vous, le long de la côte, et, pour nous, le long de notre frontière méridionale. Et nos deux pays ont connu la colonisation : pour nous, de gens venus de France et d’Angleterre, et pour vous, du Portugal.

La collaboration entre le Canada et le Brésil continue de s’épanouir, stimulée par les changements découlant d’un monde de plus en plus globalisé. Outre les liens durables entre nos populations, le commerce entre le Canada et le Brésil a progressé de plus de 40 pour cent au cours des cinq dernières années, témoignage remarquable des liens économiques qui continuent de nous unir.

Cette croissance tient au fait que nous sommes plus conscients qu’avant de ce que nous pouvons nous apporter l’un à l’autre. C’est pourquoi nos investissements mutuels augmentent également. C’est ainsi que la société minière brésilienne Vale est le premier investisseur brésilien au Canada, et qu’elle est loin d’être le seul. Le Brésil, quant à lui, est le onzième bénéficiaire des investissements canadiens à l’étranger. Près de 500 entreprises canadiennes sont présentes au Brésil dans un large éventail de domaines.

Au cours des dernières décennies, la présence du Brésil sur la scène mondiale s’est accentuée. En tant que membres des BRICS, on le qualifie d’économie émergente. Toutefois, au Canada, nous savons que le Brésil a déjà émergé. Et c’est en partie sa détermination à collaborer avec d’autres pays qui explique ce progrès. Madame la Consule  générale, nous savons que le Brésil n’est « pas seulement une autre brique dans le mur ».

La ville de Campinas en est l’exemple parfait. Son Secrétariat de la coopération internationale existe depuis 1994, avec pour mission de trouver des façons d’amener d’autres villes, d’autres États et d’autres pays à y investir. Le résultat? Une communauté diversifiée, qui peut s’enorgueillir de la présence de nombreux des principaux investisseurs de ce pays.

Le fait que le Brésil et le Canada soient tous les deux conscients de l’importance de la collaboration donne forme à la « diplomatie du savoir », comme je me plais à l’appeler.

Permettez‑moi de m’expliquer. Je crois énormément dans la collaboration. En conséquence, pour moi, la diplomatie du savoir se définit comme notre capacité et notre volonté d’œuvrer ensemble et de partager nos connaissances dans tout l’éventail des disciplines et au-delà des frontières. Grâce à un bon dosage de créativité, de communication et de coopération, les gens peuvent accomplir des choses remarquables.

Il arrive souvent qu’un partenariat prenne naissance dans l’enceinte des universités, comme l’Université de Campinas. Aussi ai‑je pu voir, dans des universités du monde entier, la diplomatie du savoir en action. Les universités, les universitaires, les chercheurs et les étudiants sont des ambassadeurs idéaux pour nos pays. Les échanges entre les gens donnent lieu à des expériences et à des innovations étonnantes.

S’il est vrai que la diplomatie s’exerce entre les gouvernements, elle se poursuit aussi entre les gens.

Les liens entre nos populations suscitent un vif intérêt de la part de nombreuses des 500 entreprises canadiennes présentes au Brésil, qui cherchent toutes à augmenter le nombre de personnes qui consomment leurs produits et services et qui sont toutes conscientes que le Brésil est l’endroit où le faire.

En fait, une étude récente de Statistique Canada a révélé que les entreprises qui partaient à la conquête de nouveaux marchés, en dehors du créneau dont elles ont l’habitude, et qui étendaient leurs activités à d’autres collectivités, villes et pays, avaient tendance à améliorer leur productivité. Autrement dit, des approches novatrices permettent de réaliser des gains importants.

Or, il existe une anecdote savoureuse qui témoigne du partage de l’innovation entre le Canada et le Brésil. Cela s’est produit en 1876, lors de la visite au Canada de l’empereur brésilien Pedro II. Il y a rencontré Alexander Graham Bell, qui a fait pour lui une démonstration du téléphone qu’il venait d’inventer. Comme la plupart de ceux qui ont vu pour la première fois ce curieux appareil, il a été sous le choc. « Cette chose parle », se serait-il exclamé.

Une année plus tard, l’empereur a importé le premier téléphone au Brésil. Aujourd’hui, cette anecdote montre non seulement que le Brésil et le Canada entretiennent depuis longtemps des relations en matière d’innovation, mais aussi que les Brésiliens savent repérer les technologies nouvelles et émergentes bénéfiques pour leur pays.

Il est aussi possible de constater, ici même, la volonté du Brésil de se moderniser. La Société de développement de la haute technologie de Campinas, au sein du Secrétariat, s’attache à élaborer des politiques qui amélioreront les conditions de vie grâce à la technologie.

C’est cet accent sur l’amélioration du pays qui a permis à Campinas et à l’État de São Paulo de créer un carburant de remplacement, à savoir l’éthanol, dans les années 1970. Les Brésiliens se sont aperçus qu’il était possible d’innover et ils ont exploité cette possibilité. Ce n’est que l’un des exemples qui montrent comment la ville, l’État et le pays se sont engagés sur la voie de la croissance.

L’histoire montre que cette importance accordée à l'innovation au sein des collectivités se traduit par des avancées importantes.

Depuis le début de mon mandat de gouverneur général du Canada, j’ai pu constater par moi‑même les transformations qui se produisent lorsque des collectivités innovent. Pour créer des communautés plus intelligentes, plus durables, nous devons trouver des solutions novatrices à des problèmes quotidiens.

Permettez-moi d’illustrer mon propos par deux exemples canadiens – de Waterloo à Rimouski – qui nous montrent comment il est possible de créer de meilleures communautés grâce à l’innovation, à la collaboration et à l’éducation.

Pendant plusieurs années, j’ai été président de l’Université de Waterloo, l’une des universités canadiennes les plus novatrices. Récemment, le parc de recherches et de technologie de l’Université de Waterloo a ouvert ses portes afin d’encourager la collaboration entre la communauté et l’université. D’une superficie de 120 acres, c’est l’un des plus grands parcs de recherches au Canada. Il fait appel au talent des professeurs, des anciens et des étudiants de l’Université inscrits au programme d’enseignement coopératif, qui caressent tous le même désir, soit faire des percées importantes qui procureront des avantages sociaux et commerciaux.

Ceci montre combien il est essentiel pour les communautés de prévoir l’avenir, de prendre conscience des secteurs qui pourraient connaître des difficultés et d’agir afin d’améliorer leur sort ou de s’engager dans une autre voie, de telle sorte qu’elles sortiront du marasme et connaîtront le succès. C’est là l’innovation sociale à son meilleur : de nouvelles idées pour des temps nouveaux.

Au Brésil, cela prend la forme d’organismes tels que le Comité des entités de lutte contre la faim et pour la vie (COEP). Depuis près de deux décennies, ce réseau a œuvré avec de nombreux Brésiliens pour éradiquer la pauvreté et la faim. Dans cette lutte, il s’est tourné vers le changement, de nouvelles façons de faire les choses, au bénéfice des collectivités.

D’abord et avant tout, cet organisme fait la promotion, dans ses campagnes, d’une participation citoyenne active. Plus les gens participent à la vie de leurs communautés, plus ces dernières prennent de la vigueur.

Que ce soit par l’intermédiaire d’organismes à but non lucratif, de la participation des entreprises, de la recherche universitaire ou d’interventions gouvernementales, les pays doivent s’adapter au changement. Les Brésiliens en sont conscients et utilisent les outils à leur disposition pour susciter un changement sociétal. Le Brésil y gagne au change. Tout comme le Canada. Et le reste du monde.

Maintes et maintes fois, le Brésil a montré qu’il était prêt à adopter de nouvelles idées, qu’il voulait s’épanouir et changer au bénéfice de sa population. C’est pourquoi, au cours de la dernière décennie, il a tant investi dans l’éducation, la recherche et l’innovation. Il a pris conscience de ce qu’il fallait faire pour réussir sur la scène internationale, et agi pour que la société brésilienne progresse.

Ces réalisations font également ressortir la nature collaborative de l’édification du savoir au XXIe siècle, par laquelle les chercheurs, les universités et les organisations mobilisent leurs talents et leurs ressources en vue d’une plus grande efficacité.

De nos jours, peu de découvertes se font en vase clos – particulièrement dans les domaines de la recherche et de l’innovation – et les plus grandes avancées se produisent souvent au carrefour entre les disciplines, les organisations et les collectivités.

En définitive, toutes les connaissances sont interdépendantes.

Dernièrement, nos deux pays ont déployé des efforts considérables pour améliorer leur collaboration. Ici, dans cette université, vous souhaitez vivement accueillir des étudiants canadiens. Or, la mobilité entre les étudiants et les professeurs de nos deux pays est l’un des meilleurs moyens pour nous de pratiquer la diplomatie du savoir.

D’autres projets, comme le Comité mixte pour la coopération en matière de science, de technologie et d’innovation Canada-Brésil, créent de nouvelles façons, pour les penseurs, les entrepreneurs et les innovateurs les plus éminents de nos sociétés, de dialoguer et de trouver des possibilités de coopération. Selon moi, le résultat de ces efforts ne peut qu’être bénéfique pour nos deux pays.

Et, de manière plus générale, le Plan d’action commun Canada-Brésil se concentrera sur nos stratégies d’innovation et nos principaux secteurs d’excellence. Nul doute que cela nous amènera à découvrir encore plus de domaines où nous pouvons coopérer les uns avec les autres.

Si le Brésil collabore au‑delà de ses frontières, c’est parce qu’il sait qu’un monde globalisé requiert une communication ouverte. Aucun pays ne peut subsister dans l’isolement, tout comme les idées ne peuvent se développer sans être appliquées.

Si le Brésil a importé le téléphone, c’est qu’il savait que les communications combleraient la distance entre les communautés et aideraient à les mettre en contact avec le reste du monde. Depuis ces dernières années, ne serait‑ce que par l’augmentation du nombre de téléphones cellulaires au Brésil, qui sont passés de 174 millions en 2008 à plus de 200 millions en 2010, nous sommes témoins de cet attachement à la connectivité.

De nos jours, étant donné l’essor d’Internet, nous ne pouvons fermer les yeux sur le fait que nous sommes reliés les uns aux autres, que les idées évoluent aussi rapidement que la technologie.

Le dernier exemple dont j’aimerais vous parler concerne Rimouski, au Québec. Sise sur les rives du Saint-Laurent, l’un des grands fleuves du Canada, l’Université du Québec à Rimouski s’est illustrée en devenant un chef de file de la recherche marine. Pour y arriver, elle a recensé les domaines d’excellence et les besoins locaux, après quoi elle a appliqué une approche stratégique tournée vers l’extérieur.

Par l’utilisation des ressources disponibles à Rimouski, et par des efforts de promotion pour montrer que la recherche marine était un domaine d’études viable, l’Université a connu le succès et, dans la foulée, la communauté a renouvelé ses perspectives d’avenir.

Rimouski fait ressortir l’importance d’« envisager les choses comme un tout » lorsqu’il est question d’élaborer une stratégie d’éducation pour les collectivités, particulièrement les universités.

Que veux-je dire par là?

Les universités ont une responsabilité. Comme cette université est l’une des plus importantes au Brésil, notamment dans le domaine de la recherche, vous savez ce que je veux dire. Cette responsabilité s’étend au‑delà de ces murs de façon à s’appliquer à la communauté située à l’extérieur, au pays et au reste du monde. C’est une responsabilité qui implique de répondre à des questions fondamentales sur l’univers et la terre. Cette responsabilité englobe la santé et la façon dont nous prenons soin de notre monde. Elle consiste aussi à percevoir les nuances de notre société – à voir le tout – et à se demander s’il est possible de faire mieux.

L’Université du Québec à Rimouski a relevé un besoin dans notre société et dans la communauté, un domaine qui n’avait pas encore été exploité, une occasion de promouvoir des emplois et des carrières négligées jusque‑là, et elle s’est donné pour mission de développer ce domaine.

Lorsque je pense à des villes comme Waterloo, Rimouski, Sao Paulo et Campinas, je pense à un attachement à l’éducation qui non seulement se traduit par un enseignement de qualité, mais permet aussi aux collectivités de prospérer.

Notre défi est simplement le suivant : mobiliser et développer les réseaux de personnes qui, dans nos établissements d’enseignement, nos collectivités, nos pays et au‑delà de ceux‑ci, peuvent ensemble contribuer à l’avènement d’un monde plus intelligent et plus sage.

La connaissance n’est pas quelque chose qu’il faut protéger jalousement. Ni entre les pays, ni entre les gens. C’est ainsi qu’un Brésil fort, dynamique et prospère s’avère bénéfique pour le Canada et le reste du monde, tout comme la réussite du Canada rejaillira sur le Brésil.

Comme l’a dit Michael Fullan, l’un des artisans de l’augmentation du taux de diplomation au niveau secondaire dans la province de l’Ontario, « chaque pays qui améliore son système d’éducation devient un meilleur voisin. Le progrès du monde entier est l’impératif moral auquel répond l’éducation. »

Tous ceux qui se trouvent ici aujourd’hui le comprennent, c’est pourquoi le Brésil s’est fixé des attentes aussi élevées pour son système d’éducation.

L’innovation, la collaboration et l’éducation convergent pour créer des collectivités créatives, durables et axées sur le monde.

Je me trouve au Brésil depuis la semaine dernière, de sorte que j’ai pu me déplacer dans tout le pays. J’ai rencontré un groupe représentatif d’acteurs de la société brésilienne, à qui j’ai pu parler, y compris des fonctionnaires, des chefs d’entreprise, des étudiants, des innovateurs et des éducateurs.

À Brasilia, j’ai fait l’annonce, en conjonction avec le président Rousseff, de la participation du Canada en tant que pays d’accueil au programme Science sans frontières. Plus de 12 000 étudiants pourront ainsi venir au Canada profiter de ce que nos universités ont à offrir. J’espère que, une fois qu’ils reviendront au Brésil pour terminer leurs études, ils auront le goût de partager ce qu’ils ont appris au Canada. Ce sont ces jeunes gens qui dirigeront le Brésil et le Canada de demain et qui, je l’espère, le feront sous le signe de la collaboration.

Hier, à Sao Paulo, j’ai constaté votre attachement à l’éducation. J’ai rencontré le gouverneur Alckmin Filho pour discuter des assises importantes que le Canada et le Brésil ont posées ensemble, et nous avons conclu que notre programme collaboratif repose sur des conditions positives. J’ai aussi rencontré le secrétaire Fernandez, un membre de longue date de la faculté de l’UNICAM qui a passé une année sabbatique des plus agréables à l’Université McGill, à Montréal.

J’ai aussi eu l’honneur de diriger une délégation de l’Association des universités et des collèges du Canada à la Conférence des Amériques sur l’éducation internationale. Cela m’a permis de dire combien, selon moi, l’éducation internationale est importante dans le monde globalisé qui est le nôtre. J’ai également évoqué les remarquables possibilités en matière d’apprentissage, aussi bien au Canada qu’au Brésil.

La façon dont le Brésil se concentre sur la recherche afin d’acquérir un important avantage concurrentiel en science et en technologie sur la scène mondiale est vraiment remarquable.

Enfin, ma visite se termine ici même, à Campinas, et c’est ici que j’aimerais vous faire part de mes dernières réflexions sur ma visite.

Ma femme, Sharon, la délégation canadienne qui m’accompagnait et moi-même avons été reçus à bras ouverts par les Brésiliens. Et s’ils l’ont fait, ce n’est pas par devoir, mais par amitié. Je comprends désormais beaucoup mieux votre pays, la résilience de son peuple. Je le quitte avec un plus grand respect et une plus grande admiration encore pour la place qu’il s’est taillée dans le monde.

J’y ai été témoin à la fois de la réalisation et de l’épanouissement de l’immense potentiel des relations entre nos deux pays. Qu’il s’agisse du commerce ou du savoir, nous avons tant de choses à nous apporter les uns aux autres. Nos deux pays doivent maintenir résolument le cap sur l’éducation, l’innovation et la collaboration, qui engendrent des communautés solides.

Et il ne faut jamais oublier l’importance de la diplomatie du savoir, qui favorise un monde plus intelligent, où l’on prend mieux soin d’autrui.

Merci.