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Nouvelles

Sommet canadien des organismes sans but lucratif de 2011

Ottawa, le mardi 29 novembre 2011

 

Bonjour.

Permettez-moi tout d’abord de souligner le travail acharné que chacun ici présent a accompli et qui a contribué à la création de l’un des secteurs non lucratifs les plus robustes et les meilleurs au monde, aujourd’hui. Bref, vous êtes une source d’inspiration pour avoir accompli quelque chose d’aussi grandiose.

Je tiens à remercier tout particulièrement Marcel Lauzière, président et chef de la direction d’Imagine Canada, de m’avoir invité à prendre la parole au Sommet national du secteur de la bienfaisance et sans but lucratif, qui constitue une étape clé dans le cadre de notre dialogue sur la situation de ce secteur tiers au pays.

Sous le leadership de M. Lauzière, Imagine Canada est devenue une organisation de premier plan, non seulement en matière de recherche, mais également pour les idées innovatrices qu’elle a conçues au bénéfice des organisations à but non lucratif.

Comme vous le savez, je me suis donné comme mission, en tant que gouverneur général, de souligner l’importance du bénévolat et de la philanthropie au sein de nos collectivités, tel que je l’avais mentionné dans mon discours d’installation, intitulé « Une nation avertie et bienveillante : l’appel du devoir ». Vous êtes tous et toutes des personnes qui se sont rendus à l’évidence, il y a longtemps, que pour que la société évolue et que les collectivités prospèrent, il nous faut agir. Si nous constatons l’existence d’un problème au sein de notre collectivité, nous devons faire l’impossible pour le résoudre.

J’aimerais vous raconter une histoire à ce propos. L’année dernière, j’ai eu le privilège de rencontrer des représentants de Pathways to Education Canada, à Toronto. Les participants aussi bien que les bénévoles et les administrateurs ont alors parlé de l’impact que cette organisation a eu dans leur vie. L’objectif de ce programme est de veiller à ce que tous les jeunes, de quelque milieu socio-économique ou de quelque origine qu’ils soient, aient une chance égale de réussir à l’école.

Tous les jeunes ont tous droit au succès. Ainsi, avec la collaboration du système scolaire et l’aide de bénévoles dévoués, Pathways a pu abaisser le taux de décrochage de 56 pour cent à 12 pour cent. Une autre réussite à son palmarès est le fait que 80 pour cent des participants à ce programme poursuivent des études postsecondaires.

Forte de cette réussite obtenue à Regent Park, un quartier de Toronto pour familles à faible revenu, Pathways a décidé, en 2007, de répéter l’expérience dans cinq autres collectivités en Ontario et au Québec.

Ses bénévoles et son personnel ont bâti une organisation de toutes pièces, transformant un quartier difficile en un endroit qui offre aux enfants la possibilité d’un brillant avenir.

Comme vous le voyez, les Canadiens n’hésitent pas à répondre à l’appel du devoir et contribuent ainsi non seulement au bien-être général, mais également à la santé économique du pays. Le tiers secteur de la bienfaisance représente en effet sept pour cent du PNB et 11 pour cent de la main-d’œuvre au Canada, des chiffres qui ne cessent d’augmenter.

Votre rassemblement, qui fait suite aux discussions tenues d’un bout à l’autre du pays, est une occasion de célébrer nos réussites, mais également de voir comment nous pourrions faire encore mieux. Les quatre priorités qui ont été établies à ce sommet sont essentielles à l’avenir du secteur. Je suis donc heureux de constater que ces questions seront débattues ouvertement et avec autant d’enthousiasme.

Il y a deux mois, j’ai pris la parole devant les membres du Canadian Club de Vancouver. À  cette occasion, j’ai exposé 10 défis qu’il nous faudra relever, aussi bien à titre individuel qu’en tant que société bienveillante, pour améliorer le bénévolat et la philanthropie au pays.

Aujourd’hui, j’aimerais focaliser votre attention sur l’un de ces points, par ailleurs lié à ce sommet, soit le professionnalisme et le recrutement. En d’autres termes, les bonnes personnes possédant les compétences voulues et travaillant pour une cause commune accomplissent de grandes choses.

Parallèlement à l’ampleur que prend progressivement le secteur bénévole, celui-ci devra pouvoir compter de plus en plus sur les compétences de personnes talentueuses, des personnes qui, dans leur travail, ont à cœur d’aider les gens dans le besoin et de bâtir une organisation viable. Ou, si vous préférez, des miracles ordinaires peuvent être accomplis, lorsqu’on travaille en bonne compagnie pour de bonnes causes.

Cela dit, comment pouvons-nous recruter et retenir un personnel qualifié et talentueux? Nul n’ignore que nombreux sont ceux qui quittent le secteur bénévole pour poursuivre des carrières dans les secteurs privé ou public, attirés par la promesse d’offres salariales plus alléchantes et d’une meilleure sécurité d’emploi.

La fuite des cerveaux du secteur à but non lucratif signifie que les organisations ont dû travailler d’arrache-pied pour retenir des personnes profondément vouées à la cause qu’ils avaient épousée. Dans le climat actuel de restrictions financières, le secteur non lucratif est un employeur qui offre aux personnes d’expérience des avantages un peu plus comparables à ceux des secteurs public et privé, surtout pour les jeunes diplômés qui cherchent à se lancer dans une carrière.

Imagine Canada est un organisme qui a développé des idées et qui a conçu des politiques inédites sur la façon d’attirer des candidats.

Mon propre point de vue sur la façon de retenir des employés compétents et talentueux se reflète dans les sept facteurs de changement qu’Imagine Canada a établis.

L’un de ces sept facteurs fait appel à une amélioration de la transparence, de l’obligation de rendre compte et de la communication de l’impact.

J’aimerais maintenant exposer brièvement chacune de ces idées et expliquer de quelle façon les utiliser pour faciliter le recrutement d’employés et le maintien de l’effectif à court et à long terme.

Les organisations à but non lucratif doivent énoncer clairement leurs buts, car les candidats veulent savoir exactement ce que fait l’organisation, quels sont ses buts et, surtout, si leurs talents conviennent aux besoins de l’organisation. Ils veulent également savoir quel rôle ils seront appelés à jouer et quel est l’avenir de l’organisation.

Plus l’organisation est transparente, plus elle sera en mesure de recruter des gens créatifs et dévoués.

L’obligation de rendre compte découle normalement de la transparence. Aux yeux du public, une organisation à but non lucratif est tenue de rendre compte de ses dépenses et de la façon dont elle atteint ses buts. À l’interne, une organisation a une responsabilité envers ses employés, celle de fournir un milieu de travail intéressant et enrichissant. Un milieu de travail qui leur offre des possibilités d’apprentissage, de perfectionnement et d’acquisition de nouvelles compétences. Une formule gagnante, aussi bien pour l’employé que pour l’organisation.

L’exercice de cette responsabilité envers les employés permettra à l’organisation d’avoir des employés qui contribueront à son succès à court terme.

Enfin, pour que les employés restent au sein de l’organisation à long terme, le troisième point, soit la communication de l’impact, est d’une grande importance. Une fois qu’un projet ou une campagne de financement ou de sensibilisation prend fin, il est essentiel de faire une rétrospective pour évaluer l’effet que l’initiative en question a eu sur le but de l’organisation et pour en mesurer la portée. Il va sans dire qu’il est également important de souligner l’apport des individus au projet.

Si les trois facteurs que sont le recrutement, l’obligation de rendre compte et la communication sont réunis, la confiance s’installera entre l’organisation et l’employé. Mainte fois au cours de l’année, j’ai souligné l’importance de la confiance, car j’estime que la confiance entre l’organisation et la collectivité est essentielle à la réussite des campagnes de financement et qu’elle aide à rehausser le profil public de l’organisation.

En bout de ligne, la confiance est une notion qui se définit par trois niveaux ou, devrais-je dire, par trois cercles concentriques. Le premier cercle, au centre, représente la confiance qui naît entre l’organisation et le public. Ensuite, il y a la confiance entre les partenaires de l’organisation. Enfin, la confiance interne doit également être solidifiée, et c’est ainsi que nous devenons tous des bâtisseurs de la confiance, misant sur chaque niveau pour solidifier le suivant.

Les gens ont besoin d’être épanouis dans leur carrière; ils veulent être convaincus du bien-fondé de ce qu’ils font et veulent s’assurer que leur contribution est non seulement appréciée, mais qu’elle est également considérée comme essentielle à l’atteinte des buts de l’organisation. Dans un tel contexte, les employés voudront conserver leur emploi et continuer à travailler au sein de l’organisation.

Au cours des discussions que vous aurez dans les prochains jours, vous explorerez sans doute des idées innovatrices sur la façon d’attirer et de conserver des employés. Je fais le vœu que ces délibérations vous amènent également à redéfinir le professionnalisme dans votre secteur, de manière à ce que soient reflétés les changements qui s’opèrent notre société.

Or, je suis ravi que ce processus ait déjà été entamé, grâce à la Stratégie pancanadienne de mobilisation présentée par Imagine Canada.

Michelle Gauthier, vice-présidente, Politiques publiques et Engagement communautaire, chez Imagine Canada, a écrit un jour que « peu de ces questions peuvent être résolues en vase clos. » Or, la Stratégie pancanadienne de mobilisation offre aux organisations l’occasion de collaborer à partir de nouvelles idées, d’appendre les unes des autres et de regrouper et partager leurs ressources afin de réaliser plus facilement leurs mandats.

En unissant ainsi vos efforts, vous aidez à définir la conduite professionnelle des organismes à but non lucratif dans le contexte de notre monde en constante évolution.

Vous êtes tous conscients du changement qui se produit dans le secteur de la bienfaisance et dans la société. La mondialisation et les récents bouleversements économiques, par exemple, constituent à la fois des défis et des perspectives intéressantes. Le plus grand de tous les changements, toutefois, est l’évolution de la composition démographique au pays.

Avec le vieillissement de notre population, nous devons trouver des moyens d’assurer la durabilité future du secteur bénévole, à mesure que les chefs de file d’aujourd’hui se retirent.

C’est la raison pour laquelle je suis convaincu que nous devons compter sur les jeunes, qui nous prouvent déjà leur valeur.

J’ai d’ailleurs rencontré, d’un bout à l’autre du pays, des jeunes qui ont déployé des efforts exceptionnels pour faire de notre pays, un pays averti et bienveillant. Et tant d’autres dont j’ai entendu parler. Une multitude de jeunes prennent les choses en main en mettant sur pied des organisations au sein de leurs communautés et ce, dès le jeune âge.

Il n’est donc pas étonnant que ces organisations dirigées par des jeunes réussissent souvent mieux à répondre aux besoins des jeunes. Voici ce qu’en dit Violetta Ilkiq, de la Fondation Laidlaw, qui a analysé la participation des jeunes au secteur bénévole : « Les jeunes membres du personnel communiquent plus facilement avec d’autres jeunes; ils comprennent leur culture, créent des programmes qui leur plaisent et s’identifient plus efficacement aux problèmes des jeunes. »

Selon elle, le secteur bénévole dirigé par les jeunes n’est plus émergent. Il est déjà bien implanté. Je suis heureux de vous voir ici en si grand nombre.

Sachons apprécier leur présence dans ce secteur. Il y a ici de jeunes chefs de file qui ont déjà beaucoup fait pour notre société et qui cherchent des occasions de faire encore plus.

Cela me rappelle une rencontre que j’ai eue avec des membres de la Première Nation Membertou, lors de ma première visite officielle en Nouvelle-Écosse. Cette communauté a également su s’adapter au changement, en offrant à de jeunes Membertou la possibilité de faire des études conjointement avec l’Université du Cap-Breton. Ce programme leur a permis d’apprendre non seulement les mathématiques, les sciences et l’histoire, mais également de mieux connaître leur propre culture et leur langue et d’apprendre à respecter le territoire qui est le leur. On leur enseigne l’histoire de la nation Membertou qui remonte à il y a 400 ans, ses luttes et ses triomphes. Ces jeunes sont également appelés à discuter des questions de l’heure et apprennent comment ils pourront un jour apporter leur contribution. Si ce programme est un succès, c’est parce qu’il s’agit au départ d’aider les jeunes à trouver leur propre place dans la société et à en être fiers. J’entends par le mot « place » non seulement la communauté physique, mais aussi ses valeurs intangibles et sa culture. Quelle merveilleuse idée que de transposer cela dans un autre cadre d’apprentissage de manière à ce que des jeunes puissent acquérir les compétences et les connaissances qui leur permettront d’évoluer dans le monde moderne.

C’est là un exemple seulement de l’évolution qui a cours en matière d’éducation chez les Autochtones et qui reflète l’évolution dont nous devons prendre conscience dans le secteur non lucratif d’aujourd’hui.

Nous devons entamer le processus de transmission du flambeau à la génération suivante, c’est-à-dire faire profiter les jeunes des leçons que nous avons apprises au fil du temps et les préparer à assumer un plus grand rôle dans les années à venir.

Les jeunes qui sont parmi nous aujourd’hui ont tous prouvé qu’ils sont des individus bienveillants, qu’ils se préoccupent du sort de leurs amis et de leurs voisins. Ils représentent l’avenir du tiers secteur. Nous devons donc écouter ce qu’ils ont à dire.

Nous devons intéresser davantage les jeunes au secteur non lucratif, tout comme nous devons encourager les chefs d’entreprises, les personnalités, les néo-Canadiens et autres à se joindre à ce secteur.

Pourquoi bâtir sa carrière, sa vie, dans une organisation sans but lucratif? La réponse est simple. Dans notre société contemporaine, une carrière dans ce tiers secteur revêt un caractère à la fois altruiste et pratique. Elle offre d’excellentes occasions de croissance personnelle et la possibilité d’apporter des changements réels, susceptibles d’améliorer la société. Vous pouvez faire une différence ici, au Canada, et tracer le parcours d’une vie qui sera avisée et axée sur les autres. Cette différence, ce sera de changer la culture de notre pays.

Laissez-moi vous raconter une histoire que j’ai souvent relatée, mais que certains d’entre vous n’ont peut-être jamais entendue.

Il y a quelques décennies, mère Teresa est venue à Montréal. L’une de nos voisines, émue par l’œuvre de cette dernière auprès des pauvres de Calcutta, lui a demandé ce qu’elle pourrait faire pour aider. Mère Teresa lui a répondu : « Vous n’avez qu’à regarder autour de vous. Vous verrez que, dans votre propre quartier, il y a une famille qui a besoin de vos soins et de votre amour. »

Peu de temps après, j’ai lu une critique à l’endroit de l’œuvre de mère Teresa. Son refuge à Calcutta permettait de secourir quelque 200 personnes dans une ville qui en compte des millions qui vivent dans la pauvreté la plus épouvantable. Son travail y était décrit comme n’étant qu’une goutte dans un océan.

Quelques semaines plus tard, je me suis rendu compte du fondement erroné de cette critique, qui analysait l’action de mère Teresa du point de vue de la physique, plutôt que de la chimie.

Ce sommet est l’étape suivante de l’évolution du secteur non lucratif. Puisse cet élan se maintenir à l’avenir, en espérant que ce sommet débouchera sur des actions concrètes qui redéfiniront le caractère professionnel de cette sphère.

En terminant, je vous laisse sur ces paroles de l’un de mes prédécesseurs, lord Byng : « Ayez autant d’envergure, un esprit aussi vaste et une âme aussi grande que le pays que vous habitez. »