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Nouvelles

Discours devant les membres de la Fondation canadienne pour l’innovation

Ottawa, le lundi 28 novembre 2011


Je vous remercie de m’avoir invité ici, aujourd’hui. Étant fermement convaincu du pouvoir de la collaboration, c’est donc avec le plus grand optimisme que je me joins à votre assemblée, qui vise à promouvoir l’innovation réalisée en collaboration dans notre monde en constante évolution.

Si vous le permettez, j’aimerais d’abord parler de ce qui n’a pas changé, notamment la créativité des Canadiens et notre engagement à bâtir des collectivités toujours plus averties et plus bienveillantes.

Je reviens à peine d’une série de visites d’État en Asie du Sud-Est, où des expatriés canadiens changent vraiment les choses pour le mieux dans les secteurs de l’éducation, des affaires et de la culture, et où notre capacité de travailler en collaboration et d’innover est de plus en plus reconnue et recherchée.

Le Canada est reconnu pour l’abondance de ses richesses minières, en bois d’œuvre et en eau potable. À ces ressources, nous pouvons ajouter notre ingéniosité collective et notre talent pour la collaboration.

Il faut alors se demander comment utiliser nos ressources le mieux possible pour améliorer notre société.

Voilà le défi que s’est lancé cette fondation. Je tiens d’ailleurs à vous féliciter pour ce que vous avez réalisé jusqu’à maintenant. Grâce à votre travail, les chercheurs et les laboratoires du pays ont obtenu les outils et le matériel nécessaires pour réussir. La recherche que vous appuyez aide à appuyer nos collectivités et à rendre notre pays plus fort.

Par exemple, c’est grâce à cette fondation que le Great Lakes Institute for Environmental Research de l’Université de Windsor a pu acquérir un microscope électronique de 1,2 million de dollars, lequel s’avère indispensable aux chercheurs qui étudient une variété de problèmes complexes. Ce microscope est un atout non seulement pour l’institut, mais également pour les chercheurs de la région, ce qui illustre l’importance de partager le matériel et l’infrastructure.

Votre impact se manifeste également dans la lutte contre le cancer, grâce à l’appui que cette fondation apporte aux recherches qui ont cours au  laboratoire de NanoRobotique de l’École polytechnique de Montréal. Les chercheurs qui y travaillent ont ouvert de nouveaux horizons en utilisant la nanotechnologie pour administrer des médicaments anticancéreux qui ne causent pas de dommages aux tissus sains.

C’est une première mondiale, et cela nous rappelle que la valeur du savoir dépend de sa capacité d’aider autrui et que si une innovation réussit, c’est parce qu’on a su porter une oreille attentive aux besoins des gens.

Je peux citer un autre exemple, celui de Lauchlan Fraser, un grand expert canadien en écologie qui, une fois de retour au pays après un séjour à l’étranger, est devenu titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie communautaire et des écosystèmes, à l’Université Thomson Rivers, et dont les travaux sur les terres humides et le changement climatique sont appuyés par la Fondation canadienne pour l’innovation.

Comme le prouve cette histoire, nous devons viser haut si nous voulons faire concurrence à d’autres pays quant au maintien de l’excellence et pour ce qui est d’attirer au Canada les meilleurs cerveaux dans nos universités et sur le marché du travail.

Ces histoires nous démontrent que, de nos jours, l’innovation repose sur plusieurs conditions importantes : le partage des ressources; l’altruisme et l’écoute attentive des besoins des gens; et la volonté de se tailler une place gagnante sur la scène internationale. Enfin, comme nous le rappelle cette fondation, nous devons investir dans la recherche et le développement dans toute la mesure du possible.

Or, l’innovation n’est pas uniquement une question d’outils et de matériel, comme vous le savez. C’est surtout le fruit d’une collaboration. Des histoires de réussites comme celles que je viens de mentionner témoignent également de l’aspect coopératif de l’enrichissement du savoir au 21e siècle, où des chercheurs, des universités et des organisations comme celle-ci regroupent leurs talents et leurs ressources pour optimiser les résultats.

Peu de découvertes se font aujourd’hui en vase clos, surtout dans les domaines de la recherche et de l’innovation. Nos progrès les plus remarquables se réalisent  souvent aux intersections de diverses disciplines, organisations et collectivités.

Finalement, toutes les connaissances sont reliées les unes aux autres.

Le terme « écosystème de l’innovation » est de plus en plus utilisé, parce qu’il reflète nature dynamique, synergétique, de l’innovation, du fait que les idées, les connaissances et les ressources sont partagées et sous-tendent la pensée créative.

Cela me rappelle un exemple d’écosystème de l’innovation que j’ai moi-même vécu. Certains parmi vous savent peut-être que j’ai déjà eu le privilège d’agir comme principal de l’Université McGill pendant de nombreuses années, qui furent d’ailleurs merveilleuses. L’un des projets auxquels j’ai travaillé durant cette période a été l’établissement d’un programme de maîtrise professionnelle en génie.

Ce programme a été développé de concert avec cinq autres universités de la région et l’industrie aérospatiale locale, pour trouver une solution à un problème spécifique, celui du manque de personnel qualifié au Canada et de la nécessité pour les entreprises de recruter des talents de l’étranger.

D’autant plus que plusieurs de ces employés étrangers retournaient dans leur pays ou allaient s’installer ailleurs, après avoir acquis une expérience de travail précieuse au Québec, causant ainsi un problème chronique de pénurie de travailleurs dans le secteur aérospatial.

La solution a été de cultiver, ici même au Canada, une main-d’œuvre capable d’occuper ces emplois. Une fois le but identifié, les collaborateurs ont travaillé étroitement entre eux pour élaborer le programme de maîtrise, qui s’est avéré être un élément clé du succès remarquable de l’industrie aérospatiale de la province.

Cette expérience démontre clairement qu’il est  important de se parler et de déterminer les forces et les faiblesses de nos collectivités.

J’ai mentionné plus tôt que je reviens à peine d’un périple en Asie du Sud-Est, où j’ai visité la Malaisie, le Vietnam et Singapour. Pour avoir rencontré dans ces pays des gens de divers milieux, dont des expatriés canadiens, je peux vous affirmer que la diversité est l’une des plus grandes forces de notre société. Le Canada a attiré plus d’immigrants par habitant que toute autre nation et, grâce à notre politique du multiculturalisme, nous encourageons la préservation du patrimoine culturel de chacun.

Les Canadiens parlent bon nombre des langues du monde, et notre pays compte également un nombre considérable de diasporas. Ces deux atouts nous procurent un avantage inestimable sur la scène mondiale. J’estime que nous devons célébrer ces forces et miser sur celles-ci pour rayonner à travers le monde.

Il ne fait aucun doute que, par leur diversité, les idées, les expériences et les capacités peuvent favoriser la créativité.

Je fais souvent un parallèle avec l’histoire de la Florence de la Renaissance pour illustrer comment la collaboration peut susciter de nouvelles découvertes. La Renaissance, qui a été une période de foisonnement sans précédent dans les arts, les sciences, la politique, la religion et l’érudition, illustre parfaitement la portée et la diversité de la créativité. Cette période de l’histoire nous montre également la difficulté que nous éprouvons parfois à accepter nos découvertes. À ce propos, j’aimerais m’attarder brièvement sur l’importance de toujours garder l’esprit ouvert.

Un esprit ouvert est en effet essentiel à la découverte et à l’innovation.

L’un des exemples les plus célèbres à cet égard est l’histoire de Galilée, un homme qui a joué un rôle clé dans l’histoire de l’humanité en transformant nos connaissances du cosmos, après avoir observé les lunes de Jupiter à l’aide de son télescope. Les répercussions de cette découverte étaient énormes. Si les lunes tournent autour de Jupiter, cela signifiait qu’elles ne tournent pas autour de la Terre et que, par conséquent, la Terre n’est pas au centre de l’univers.

Nous connaissons tous cette histoire et la lutte que Galilée a dû mener contre les autorités de l’époque.

Ce que nous ne savons peut-être pas tous, et qui nous rappelle comment l’absence ou la suppression de points de vue différents peut freiner l’innovation, c’est le mal que se sont donné certaines personnes pour préserver le statu quo, malgré les preuves de plus en plus évidentes du contraire, puisque la découverte de Galilée faisait suite à celles de Copernic et de Kepler.

Effrayés par ces découvertes, les adeptes du statu quo ont refusé de les reconnaître et ont tenté de bâtir des modèles compliqués dans le but d’expliquer les mouvements apparemment irréguliers des corps planétaires de manière à préserver la place de la Terre au centre de l’univers.

Ultimement, ces tentatives ont échoué sous le poids des faits. C’est alors qu’un nouvel éventail de possibilités s’est ouvert, tenant compte désormais du fait que les planètes, dont la Terre, gravitent en orbite  autour du soleil.

À mes yeux, cette histoire nous révèle certaines vérités fondamentales sur le processus de la découverte. Par exemple, le fait qu’une découverte en amène une autre; ou le rôle que jouent les outils et le matériel de pointe, dans ce cas-ci, le télescope de Galilée; ou encore l’importance vitale de la pensée critique et ce, non seulement en ce qui a trait aux découvertes, mais également pour ce qui est de d’évaluer nos découvertes et de réexaminer et modifier nos hypothèses au besoin.

La découverte stimule l’innovation. En tant que société, nous devons réaffirmer notre ouverture face aux idées nouvelles, tout en misant sur le meilleur de nos traditions. Nous devons également adopter le principe de l’acquisition continue du savoir au moyen d’une éducation diversifiée en sciences, en technologie, en génie, en mathématique et en sciences humaines, et surtout en apprentissage de la pensée critique.

En travaillant ensemble, c’est-à-dire en collaborant de manière à partager les idées, les ressources et les besoins, et en aspirant toujours à l’excellence, nous pourrons jeter les fondements d’innovations de plus en plus nombreuses et remarquables. Votre aide est essentielle, et je remercie chacun et chacune de vous pour le zèle avec lequel vous vous employez à bâtir une nation toujours plus avertie et bienveillante.

Merci.