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Nouvelles

Remise des Prix littéraires du Gouverneur général

Rideau Hall, le jeudi 24 novembre 2011

 

Mon épouse, Sharon, et moi sommes ravis de nous joindre à vous pour cette célébration de la littérature.

C’est un tel privilège que d’être en compagnie de si remarquables talents littéraires et d’accueillir un certain nombre d’anciens gouverneurs généraux et leurs conjoints de nouveau à Rideau Hall pour cet événement très spécial.

Dans l’esprit de cette célébration, j’aimerais tout d’abord vous raconter une histoire.

En plein été 1937, mon prédécesseur, lord Tweedsmuir, mieux connu de par le monde sous le nom de John Buchan, auteur primé et fondateur de ces prix avec son épouse, lady Tweedsmuir, descendait le fleuve Mackenzie en navire à vapeur. Pour ce voyage dans l’Arctique, le premier jamais effectué par un gouverneur général, il était accompagné d’un petit groupe formé de journalistes, de photographes et de membres de son personnel.

Comme vous le savez sans doute, John Buchan était un auteur prolifique qui écrivait à ce moment-là, lorsque son horaire de gouverneur général le lui permettait, une biographie d’Auguste, l’empereur romain.

Or, on peut imaginer qu’un voyage à long cours sur le fleuve Mackenzie, à bord de ce vapeur, avait comme avantage le temps, beaucoup de temps. Or, John Buchan n’était pas du genre à perdre une telle occasion.

Comme l’avait fait remarquer Margaret Bourke-White, photographe pour le magazine Life :

« Il passait la plus grande partie de la journée à l’arrière du navire, le meilleur endroit pour écrire en paix. Une longue et étroite table avait été aménagée pour lui à l’aide de deux planches, et c’est là qu’il s’asseyait, avec les petits marqueurs en papier blanc de son index éparpillés partout. Notre cargaison le camouflait bien. Il disparaissait parmi les cages de cochons et de poulets, le tracteur et la panoplie d’instruments aratoires qui l’entouraient. »

Je crois qu’en faisant abstraction du bateau à vapeur, des poulets et des cochons, il est facile pour chaque récipiendaire du Prix littéraire du Gouverneur général de se mettre à la place de John Buchanan et comprendre ce besoin qu’il avait d’écrire.

Ce soir, le projecteur est sur vous, nos grands auteurs, traducteurs et illustrateurs. Nous célébrons votre passion pour l’écriture, grâce à laquelle vous nous avez donné des œuvres si remarquables cette année.

Cette cérémonie a un caractère tout spécial, puisqu’il s’agit du 75e anniversaire de la création des Prix littéraire du Gouverneur général, ces récompenses qui ont tant fait pour appuyer et encourager les écrivains et les artistes du pays.

Aujourd’hui, le  Canada est réputé dans le monde entier pour la qualité de sa littérature, et il va sans dire que ces prix y sont pour beaucoup.

En jetant un coup d’œil au catalogue des classiques qui ont précédé les vôtres, je ne peux que m’ébahir encore une fois devant le talent littéraire des Canadiens. Nous sommes d’ailleurs privilégiés d’avoir parmi nous ce soir certains lauréats des années antérieures.

Plus d’un lauréat a été couronné en début de carrière, avec la promesse d’autres œuvres brillantes.

J’aimerais m’arrêter un moment pour poser la question suivante : « Pourquoi accordons‑nous tant d’importance à la littérature canadienne? » Comme l’a si bien dit John Buchan, un jour, en parlant de la nécessité pour notre jeune pays d’avoir d’une poésie bien à nous : « Le Canada doit faire sa propre musique », une opinion qu’il avait également pour d’autres types d’écriture. Pour quelle raison lui et tant d’autres depuis ont-ils trouvé si nécessaire d’avoir une tradition canadienne distinctive?

La réponse est simple : il n’y a qu’à voir ce que les histoires apportent dans nos vies. Thomas King a bien résumé cela en écrivant que « en fin de compte, les histoires nous racontent. »

La littérature est plus que le simple reflet ou une interprétation de la réalité; en vérité, les mots et les idées qui en découlent façonnent notre identité et nos actions, créant ainsi notre devenir.

Chacun de vous connaît bien le poids des mots. En les apprivoisant avec le pouvoir de votre imagination et de votre curiosité, vous nous faites découvrir des endroits merveilleux. Vous nous divertissez et élargissez nos horizons et vous nous amenez à mieux comprendre le monde, en nous offrant une image plus saisissante de notre humanité et du monde dans lequel nous vivons.

J’ai une passion pour les contes de tous genres, comme vous le diront mes petits-enfants. Ils m’ont surnommé « Grampa Book » « grand‑papa livre », et non sans raison! J’en suis maintenant à ma seconde lecture des Chroniques de Narnia, de C.S. Lewis, cette fois‑ci avec mes huit petits-fils et petites-filles, car je l’ai déjà lu cinq fois avec nos cinq filles.

J’ai toujours un livre à la main, souvent plus qu’un, d’ailleurs. Je partage constamment livres, histoires et citations. Je m’intéresse au fait que la grande littérature peut agir comme une lentille à travers laquelle nous pouvons voir nos vies et changer notre monde.

Bon nombre de livres qui ont été primés au cours des 75 dernières années reflètent la croissance et l’évolution de la société canadienne, et la littérature continue de témoigner de notre engagement de plus en plus profond avec le monde.

En fait, je reviens tout juste d’une visite d’État au Vietnam, à laquelle participait Kim Thúy, lauréate de l’an dernier pour la catégorie « romans et nouvelles » de langue française.

Mme Thúy a fui le Vietnam à l’âge de 10 ans et, par son travail acharné et sa détermination, elle a obtenu un grand succès comme romancière, ici au Canada. Elle est une merveilleuse ambassadrice pour notre pays, et nous pouvons apprendre beaucoup sur la vie au Vietnam et au Canada à travers sa propre lorgnette.

Les œuvres que vous avez créées font désormais partie d’une extraordinaire bibliothèque de littérature canadienne.

Je vous invite d’ailleurs à visiter, après cette cérémonie, une nouvelle exposition que nous inaugurons ce soir, dans le Salon des ambassadeurs, pour célébrer les plus de 600 ouvrages qui ont été couronnés d’un Prix littéraire du Gouverneur général depuis 1936.

Chacun de ces livres figure dans cette exposition, grâce aux efforts d’un de mes prédécesseurs, la très honorable Adrienne Clarkson, et son époux, John Ralston Saul qui, durant leur séjour à Rideau Hall, se sont fait un devoir de retracer un exemplaire de chaque ouvrage primé qui manquait dans notre bibliothèque, avec l’aide de Maurie Barrett, qui était alors la bibliothécaire de Rideau Hall.

Il convient de souligner en outre que John Ralston Saul est le seul lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général à avoir habité dans cette résidence.

Je tiens à porter à votre attention un livre en particulier, intitulé Airborn, de Kenneth Oppel, lauréat de 2001 dans la catégorie « littérature jeunesse ». Les gens de tout âge aiment ce livre, dont l’astronaute canadien Robert Thirsk. En fait, il aime tellement ce livre qu’il en a apporté un exemplaire avec lui lors de son expédition à la station spatiale internationale, en 2009!

Nous sommes ravis que Dr Thirsk soit parmi nous ce soir, notamment parce qu’il est en outre, par l’un de ces incroyables hasards qui dépassent la fiction, un parent éloigné de John Buchan.

On pourrait presque croire que John Buchan avait en tête un voyage en orbite terrestre basse, lorsqu’il a dit ceci, en 1937 : « La bonne littérature cherche à s’échapper, à échapper à l’ordinaire, à la partisannerie, à ce qui est passager en faveur d’un air plus pur et d’un paysage plus vaste. »

C’est à cela qu’on reconnaît les grands livres, partout, jusque dans l’espace.

Avant de conclure, j’aimerais que l’on revienne aux lauréats de cette année, ces créateurs de si splendides œuvres d’art. Votre créativité et votre labeur sont une source d’inspiration pour nous tous. Je vous félicite, ainsi que vos éditeurs, pour ce succès bien mérité.

Au nom de tous les Canadiens, je remercie sincèrement les récipiendaires passés et présents de ce prix. Je remercie aussi les anciens gouverneurs généraux et leurs conjoints qui ont apporté leur soutien aux arts littéraires, et le Conseil des Arts du Canada pour la détermination avec laquelle il encourage l’excellence au pays.

Merci.