Le léopard vice-royal
  1. La gouverneure générale du Canada
  2. Son Excellence la très honorable Julie Payette
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Discours à l’Université nationale de Singapour

Singapour, République de Singapour, le lundi 21 novembre 2011

 

C’est un plaisir pour moi d’être ici, à l’occasion de ma première visite à Singapour et de ma première visite d’État en tant que gouverneur général.

Je vous remercie de m’accueillir si chaleureusement dans ce merveilleux établissement d’études supérieures. J’étais très impatient de faire cette visite et de mieux connaître votre vision d’avenir pour Singapour et le reste du monde.

Permettez-moi tout d’abord de parler un peu de la diplomatie. Les peuples du Canada et de Singapour jouissent de relations positives dans plusieurs sphères, et je suis heureux de souligner que les liens entre nos dynamiques sociétés culturelles s’approfondissent.

L’un de nos secteurs de coopération les plus importants est celui de l’enseignement supérieur, et c’est sur ce point que j’aimerais aujourd’hui axer mon propos. L’Université nationale de Singapour est l’un des trois grands établissements d’enseignement singapouriens qui ont des programmes d’échange avec des universités et des collèges canadiens; en tout, plus de 25 écoles canadiennes y participent. Des milliers d’étudiants singapouriens ont choisi d’étudier dans notre pays, et de nombreux Canadiens à Singapour ont bénéficié de merveilleuses expériences d’apprentissage dans ce pays-ci.

Aujourd’hui, nous avons une excellente occasion, je dirais même une obligation, de renforcer ces liens et ce, non seulement entre nos deux pays, mais avec d’autres.

C’est ce que j’appelle la diplomatie du savoir, puisque les universités, les collèges et les instituts de recherche peuvent, selon moi, tracer la voie vers une plus grande coopération et un dialogue plus approfondi entre les nations.

Je me permets de citer l’excellent exemple de notre collaboration qu’est le protocole d’entente entre le Centre pour les technologies quantiques de l’Université nationale de Singapour et l’Institut d’informatique quantique de l’Université de Waterloo. Cette entente conclue entre les deux plus importants instituts de recherche quantique au monde prévoit l’utilisation partagée des ressources et une coopération et un échange accrus entre étudiants, chercheurs de niveau postdoctoral et professeurs.

« Et alors? » me direz-vous. Si vous le voulez bien, je vais vous parler un peu de cette très intéressante recherche. Au cours des quatre dernières décennies, l’être humain a réussi à sauvegarder un million fois plus d’information sur une puce à semi‑conducteur. Toutefois, comme le veut la loi de Moore, nous avons besoin d’une nouvelle plateforme pour continuer de progresser d’une façon aussi phénoménale, et c’est l’informatique quantique, la prochaine grande étape en traitement de l’information, qui nous en offre la possibilité. Pour y parvenir, nous devons travailler ensemble.

Après tout, c’est grâce à la collaboration et à un travail acharné au sein de nos propres communautés que nous sommes parvenus à ce point. En fait, avant de devenir gouverneur général, j’ai été président de l’Université de Waterloo pendant de nombreuses années, et j’ai ainsi été à même d’apprécier l’atmosphère d’étroite collaboration qui règne dans cette ville. C’est à Waterloo que se trouve la plus énorme faculté de mathématiques et de sciences informatiques au monde, avec plus de 6 000 étudiants qui participent à des partenariats coopératifs entre les secteurs éducatif et industriel. On y trouve également le Perimeter Institute for Theoretical Physics et, comme vous le savez, l’Institut d’informatique quantique.  L’innovation au sein de ce regroupement dynamique découle d’un échange continuel d’idées, de travaux de recherche, de besoins et d’information entre toutes les parties.  

Il est donc très encourageant de voir que Singapour et le Canada collaborent à un niveau international.  

Un autre exemple récent que je tiens à souligner est le nouveau programme de partenariat en recherche ANASE-Canada, que gèrent conjointement l’Université de technologie de Nanyang et l’Université de la Colombie-Britannique. Avec l’aide des fonds du CRDI, ce partenariat favorisera une collaboration maximale et nous permettra de mieux comprendre les répercussions de l’intégration régionale.

L’un des aspects les plus remarquables de ce partenariat est le fait qu’il reflète la maturité de nos relations. Nous délaissons les projets d’aide traditionnels pour axer nos efforts sur des questions stratégiques telles que l’inégalité régionale, l’évolution démographique et les enjeux relatifs à l’environnement et à l’énergie. Je suis impatient de connaître les résultats de cette initiative.

La diplomatie du savoir se pratique à plusieurs niveaux, soit local, régional, national et international, et lorsque nous parvenons à combiner parfaitement l’expertise, la créativité, la collaboration et la communication, il se passe alors des choses remarquables.

Apprendre est l’une de mes passions, et je suis convaincu que l’éducation a le pouvoir universel de changer nos vies pour le mieux. Peu de gens aujourd’hui nieraient le fait qu’une nation dont la population est très éduquée est une société civique et prospère et que, dans le monde interconnecté du 21e siècle, où nos liens sociaux, économiques et environnementaux sont si importants, aucune véritable éducation ne s’acquiert en vase clos.

La mondialisation et la révolution des communications qu’a entraînées Internet nous offrent l’occasion de concrétiser la promesse d’un apprentissage à l’échelle planétaire.

Évidemment, chacun de nous vit dans une collectivité qui nous nourrit et qui façonne notre caractère distinctif. Les Singapouriens sont d’ailleurs tout à fait conscients de la nécessité de comprendre nos besoins, nos buts et nos capacités propres, et du rôle primordial que jouent les centres urbains dans notre monde en rapide évolution.

Les villes sont des plaques tournantes du savoir et des catalyseurs de créativité. En cette ère de mondialisation, il y a des centaines de millions de gens qui quittent les campagnes pour s’installer en milieu urbain. Comme l’écrivait le journaliste canadien Doug Saunders, « La dernière migration humaine d’une ampleur aussi considérable a eu lieu en Europe et dans le Nouveau monde, au cours des 18e et 19e siècles, et a eu pour effet direct une réinvention totale de la pensée humaine, de la gouvernance, de la technologie et de la notion de bien-être social. »

Il va sans dire que nous devons porter une attention particulière à nos villes, des villes comme Singapour, et au rôle critique que peut jouer l’université, cette université, dans l’édification d’un monde plus averti et plus bienveillant.

Les universités ont toujours été un catalyseur de la mondialisation, et en tant qu’étudiants, éducateurs et chefs de file, nous pouvons contribuer grandement à la création de ce monde en formation.  Nous sommes à un tournant majeur de l’histoire humaine, ou encore, à l’émergence d’un nouveau paradigme. Cette époque de bouleversements et d’incertitude que nous vivons comporte par ailleurs de nouveaux risques et de nouvelles possibilités. Notre succès repose sur notre capacité de penser et d’être des chefs de file créatifs. Nous devons user de stratégie et travailler d’une manière collaborative pour planifier l’avenir à moyen et à long terme.

Au Canada, des universités, des entreprises et des collectivités ont obtenu de remarquables succès de cette façon, c’est-à-dire en misant sur leurs propres racines et en adoptant une vision mondiale.

Je vous ai parlé de l’Université de Waterloo, et j’aimerais maintenant vous parler brièvement d’un autre exemple extraordinaire de collaboration internationale dont j’ai été témoin au cours de cette année. Il s’agit du College of the North Atlantic de Terre-Neuve-et-Labrador et son partenariat avec un pays du Moyen-Orient, le Qatar. Ce collège, qui est devenu l’école technique la plus importante et offrant le programme le plus complet au Qatar, emploie plus de 600 Canadiens à son campus de Doha et accueille 7 000 élèves du monde entier. Le collège s’est taillé une place dans la remarquable « Cité de l’éducation » du Qatar, grâce à son engagement stratégique en faveur de l’innovation continue en recherche et en éducation et à sa collaboration exemplaire avec l’État du Qatar et des employeurs locaux. Au Qatar, les décideurs ont également été impressionnés par la souplesse du collège, par ses compétences pratiques et par sa volonté de collaborer, ainsi que par ses liens avec les collectivités locales.

Si je vous raconte ces histoires, ce n’est pas pour mettre indûment l’accent sur les grandes réussites du Canada, mais plutôt pour vous faire part de certaines expériences récentes à l’intersection de la mondialisation et de l’éducation. Ces exemples nous démontrent que, dans le monde actuel, les établissements d’enseignement avant-gardistes sont au premier plan de plusieurs frontières clés :

  1. Comme je l’ai déjà dit, les universités doivent chercher à nouer des liens entre les entreprises locales, les groupes communautaires et les établissements d’enseignement. Bref, elles doivent pratiquer la diplomatie du savoir aux niveaux local et régional afin d’identifier les besoins et les buts spécifiques et trouver ensemble des solutions.

  2. Pour faire cela efficacement, les universités doivent comprendre la dynamique de l’économie du savoir du 21e siècle, où l’éducation, la recherche et l’innovation sont valorisées davantage et s’entrecroisent plus que jamais. La meilleure façon d’accroître les connaissances, c’est de les partager le plus largement possible, d’où la nécessité de développer des groupements créatifs. J’aime souvent illustrer cela à l’aide de l’image de la bougie allumée, un dessin qui figure sur l’écu des armoiries qui m’ont été concédées lorsque je suis devenu gouverneur général. Comme l’a si bien dit Thomas Jefferson, la flamme symbolise non seulement l’illumination, mais également la transmission du savoir d’une personne à une autre. En apprenant puis en partageant ce que nous savons, nous renforçons et éclairons collectivement nos communautés et notre pays.

  3. Enfin, les universités doivent prendre de nouveau au sérieux leur rôle, qui est de transmettre le savoir de la civilisation passée à celle du futur, afin que les traditions et les cultures qui constituent notre contribution unique au monde soient comprises et respectées. Et au sein même du milieu universitaire, il ne faut jamais perdre de vue notre engagement en faveur de la démocratie, de la liberté des universitaires et de l’apprentissage proprement dit.

Ce matin, j’ai assisté à un service dans une église anglicane en compagnie d’un des délégués qui m’accompagnent, Paul Davidson, le président de l’Association des collèges et des universités. Nous avons été saisis par la beauté de la Cathédrale St. Andrews, qui offre 14 services différents dans cinq langues, pour quelque 5000 à 6000 fidèles.

Nous pouvons donc nous demander quel est le fil commun qui relie ces diverses frontières de l’apprentissage en un seul horizon. La réponse, selon moi, est la communication.

Les communications façonnent notre monde depuis fort longtemps. L’emplacement de Singapour sur la pointe méridionale de la péninsule malaisienne en est un bon exemple, car c’est un pays qui est situé sur une ligne de communication géographique qui a toujours été cruciale pour ce pays et pour la région tout entière, et qui l’est encore. De nos jours, la signification des communications s’est élargie et comprend maintenant la capacité de communiquer à travers d’énormes distances. Par ailleurs, la révolution entraînée par Internet offre de nouvelles possibilités de découverte. Grâce à l’expansion de l’économie du savoir, notre capacité de communiquer aujourd’hui signifie que nous pouvons, en quelque sorte, transcender notre milieu géographique et qu’il n’est plus nécessaire d’être dans un lieu donné ou dans un centre financier ou une grande ville pour réussir.

Ce nouveau paradigme nous impose toutefois de redoubler d’efforts pour rejoindre les autres et pour travailler ensemble, que ce soit avec nos voisins et nos partenaires au pays ou avec des gens d’autres pays. Comme nous l’avons vu, il se passe alors des choses remarquables.

Il est intéressant et encourageant d’observer, à la lumière de cette nouvelle réalité, la nature de nos liens commerciaux. Bien que le Canada soit réputé sur la scène internationale pour ses abondantes ressources naturelles, nos échanges commerciaux sont maintenant surtout axés sur les industries du savoir, dont l’éducation.

Pour bien des gens, le Canada et Singapour peuvent paraître, de prime abord, comme une étude de  contrastes, n’ayant en commun que nos  traditions du Commonwealth et notre statut de sociétés stables et dynamiques. Nous partageons toutefois plusieurs convictions fondamentales, notamment l’importance cruciale de l’éducation. Le bien-être dont nous jouissons et les remarquables réalisations collectives qui font notre fierté sont attribuables à l’éducation. L’autre similitude entre nos deux pays est notre engagement en faveur du multiculturalisme, lequel enrichit nos vies et nous procure un avantage extraordinaire dans le marché mondial.

Le succès auquel nos pays sont parvenus est attribuable à cet engagement en faveur de l’éducation et du multiculturalisme. Cela mérite d’être célébré, et je suis convaincu qu’en continuant de travailler de concert pour faire cause commune, nous serons prêts à relever les défis de demain.

Merci.