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Nouvelles

Discours à l’Universiti Sains Malaysia (l’Université des sciences de la Malaisie)

Penang (Malaisie), le mercredi 16 novembre 2011

 

J’ai été très touché par le message sur le savoir et l’apprentissage.

Je vous remercie de m’accueillir si chaleureusement sur votre campus. Je suis ravi d’avoir la chance de visiter cet impressionnant établissement d’études supérieures et de mieux connaître votre vision d’avenir.

Je suis venu ici il y a 30 ans, et je vois de merveilleux changements.

Permettez-moi tout d’abord de parler un peu de la diplomatie. Le Canada a été l’un des premiers pays à reconnaître l’indépendance de la Malaisie en 1957 et, depuis ce temps, nos peuples respectifs ont établi d’étroites relations dans de nombreuses sphères.

L’un de nos secteurs de coopération les plus importants est celui de l’enseignement supérieur, et c’est sur le thème majeur de la collaboration et de l’éducation que j’aimerais aujourd’hui axer mon propos.

Depuis des années, les étudiants malaisiens et canadiens participent avec enthousiasme à des programmes d’études à l’étranger, comme cet excellent programme d’échange que vous avez avec l’Université de Lethbridge, par exemple.  Aujourd’hui, nous avons justement une excellente occasion, je dirais même une obligation, de renforcer ces liens.

Et ce, non seulement entre nos deux pays, mais avec des institutions et des partenaires de partout dans le monde et de nos propres pays.

Nous devons pratiquer la diplomatie du savoir.

La diplomatie du savoir se pratique à plusieurs niveaux, soit local, régional, national et international, et lorsque nous parvenons à combiner parfaitement l’expertise, la créativité, la collaboration et la communication, il se passe alors des choses remarquables.

Apprendre est l’une de mes passions, et je suis convaincu que l’éducation a le pouvoir universel de changer nos vies pour le mieux. D’ailleurs, avant de devenir gouverneur général, j’ai passé la plus grande partie de ma vie à l’école, comme étudiant, puis comme éducateur, et, jusqu’à tout récemment et pendant près de 27 ans, comme vice-chancelier d’université. Peu de gens aujourd’hui nieraient le fait qu’une nation dont la population est très instruite est une société civique et prospère et que, dans le monde interconnecté du 21e siècle, où nos liens sociaux, économiques et environnementaux sont si importants, aucune véritable éducation ne s’acquiert en vase clos.

La mondialisation et la révolution des communications qu’a entraînées Internet nous offrent l’occasion de concrétiser la promesse d’un apprentissage à l’échelle planétaire.

Évidemment, chacun de nous vit dans une collectivité qui nous nourrit et qui façonne notre caractère distinctif. C’est pourquoi je tiens à souligner la nécessité d’être conscients de nos besoins, de nos compétences et de nos buts locaux, et du rôle primordial que jouent les centres urbains dans notre monde en rapide évolution.

Les villes sont des plaques tournantes du savoir et des catalyseurs de créativité. En cette ère de mondialisation, il y a des centaines de millions de gens qui quittent les campagnes pour s’installer en milieu urbain. Comme l’écrivait le journaliste canadien Doug Saunders, « La dernière migration humaine d’une ampleur aussi considérable a eu lieu en Europe et dans le Nouveau monde, au cours des 18e et 20e siècles, et a eu pour effet direct une réinvention totale de la pensée humaine, de la gouvernance, de la technologie et de la notion de bien-être social. »

Il faut donc porter une attention particulière à nos villes, des villes comme Penang, et au rôle critique que peut jouer l’université, cette université, dans l’édification d’un monde plus averti et plus bienveillant.

Sachant cela, comment devrions-nous procéder, mise à part la meilleure éducation possible à donner aux jeunes? Nous devons chercher à nous distinguer en développant et en mettant à profit nos forces et notre expertise locales, tout en recherchant constamment de nouveaux partenariats et de nouvelles occasions plus éloignées et même à l’échelle internationale.

L’élément commun est la communication, notamment, mais pas seulement, l’utilisation des nouvelles technologies de communication. Après tout, rien ne remplace le dialogue en personne pour bâtir la confiance et trouver une cause commune.

En d’autres termes, nous devons nous parler!

Au Canada, des universités, des entreprises et des collectivités ont obtenu de remarquables succès de cette façon, c’est-à-dire en misant sur leurs propres racines et en adoptant une vision mondiale. L’usine RIM/Flextronic, ici à Penang, témoigne du succès que la petite ville de Waterloo, en Ontario, a connu en établissant un groupement d’innovation de calibre international, tout comme cela témoigne du succès avec lequel vous avez obtenu la collaboration du Canada.

Dernièrement, je suis allé à Waterloo, où j’ai été le président de l’Université de Waterloo pendant de nombreuses années, pour assister à l’inauguration du Centre Stephen Hawking, au Perimeter Institute for Theoretical Physics. À l’instar de RIM, cet institut de physique théorique est né de l’étroite collaboration entre des universités, des gouvernements et le secteur de la haute technologie, lequel exploite et alimente le processus.

Grâce à l’échange continuel d’idées, de travaux de recherche, de besoins et d’information entre les universités locales, les instituts de recherche, les gouvernements et le secteur de la haute technologie, Waterloo est bien placée pour être un chef de file du 21e siècle dans les domaines de la physique théorique et de l’informatique quantique, qui constituent la prochaine grande frontière en traitement de l’information.

Si je vous raconte ces histoires, ce n’est pas pour mettre indûment l’accent sur les grandes réussites du Canada, mais plutôt pour vous faire part de certaines expériences récentes à l’intersection de la mondialisation et de l’éducation. Ces exemples nous démontrent que, dans le monde actuel, les établissements d’enseignement avant-gardistes sont au premier plan de plusieurs frontières clés :

  1. Comme je l’ai déjà dit, les universités doivent chercher à nouer des liens entre les entreprises locales, les groupes communautaires et les établissements d’enseignement. Bref, elles doivent pratiquer la diplomatie du savoir aux niveaux local et régional afin d’identifier les besoins et les buts spécifiques et trouver ensemble des solutions.

  2. Pour faire cela efficacement, les universités doivent comprendre la dynamique de l’économie du savoir du 21e siècle, où l’éducation, la recherche et l’innovation sont valorisées plus que jamais. La meilleure façon d’accroître les connaissances, c’est de les partager le plus largement possible, d’où la grande importance de développer des groupements créatifs et de communiquer constamment.

  3. Enfin, les universités doivent prendre de nouveau au sérieux leur rôle, qui est de transmettre le savoir de la civilisation passée à celle du futur, afin que les traditions et les cultures qui constituent notre contribution unique au monde soient comprises et respectées. Et au sein même du milieu universitaire, il ne faut jamais perdre de vue notre engagement en faveur de la démocratie, de la liberté des universitaires et de l’apprentissage proprement dit.

Je sais par ailleurs que l’Universiti Sains Malaysia s’intéresse tout particulièrement aux liens entre les arts et les sciences. J’aimerais donc m’attarder un instant sur ce sujet très intrigant et qui est souvent négligé.

Leonardo da Vinci, cet extraordinaire génie de la Renaissance qui a constamment fusionné l’art et les sciences dans ses dessins et ses découvertes, a écrit ceci :  

« L’œil est le principal moyen pour l’esprit de comprendre complètement et magnifiquement l’œuvre infinie de la nature. » 

Da Vinci était un avant-gardiste par sa capacité et son désir de voir et de communiquer vraiment ce qu’il voyait. Par exemple, c’est à lui que l’on doit le tout premier dessin exact de la colonne vertébrale, résultat de son extrême curiosité et de son remarquable talent artistique. Cet exemple nous démontre les rôles de renforcement mutuel que les arts et les sciences peuvent jouer dans le domaine de la découverte. Ce n’est donc pas une coïncidence, selon moi, si Florence, la ville où a vécu Da Vinci, était un centre prospère de grandes réussites artistiques et scientifiques.

Il n’y a réellement pas de ligne de démarcation entre les arts et les sciences, puisque les deux cherchent à révéler et à interpréter la vérité.

L’accent que vous mettez sur les arts me rappelle en fait quelque chose que j’ai lu, après le décès de Steve Jobs, le fondateur d’Apple, cet  innovateur qui a su marier les arts et les sciences humaines à la technologie.

Voici ce qu’il aurait dit un jour : « En tentant de concevoir une stratégie et une vision pour Apple, nous nous sommes posé ces  questions, ‘ Quels incroyables avantages pourrions-nous offrir au client? Où pourrions-nous amener le client? ’, plutôt que de dire, ‘ Assoyons-nous avec les ingénieurs pour concevoir une technologie extraordinaire, puis essayons de voir comment la commercialiser. ’ Je crois que nous avons suivi la bonne piste. »

Outre le fait que c’est là un très bon exemple à suivre, j’estime que les établissements d’enseignement supérieur peuvent reformuler la question imaginative de Steve Jobs et se demander ‘ Quels avantages notre savoir peut-il offrir au citoyen? Où pourrions-nous amener notre société? ’ La valeur du savoir doit toujours être envisagée à la lumière de sa capacité d’aider les autres. Les arts sont essentiels, car ils nous aident à interpréter et à mieux comprendre notre vision de l’humanité dans un monde en constante évolution. 

J’ai toujours été profondément convaincu que l’éducation a le pouvoir universel d’améliorer des vies et de bâtir un monde plus équitable et plus juste.

L’universitaire canadien George Fallis a fait observer un jour que « L’université a toujours appartenu au monde sans frontière des idées ». Or, la mondialisation du 21e siècle permet aux universités de se joindre à ce monde sans frontière comme jamais auparavant. En tant qu’étudiants, éducateurs et chefs de file, nous pouvons contribuer grandement à la création de ce monde en formation. Nous sommes à un tournant majeur de l’histoire humaine. Un changement d’une telle ampleur comporte de nouveaux risques, mais offre également de nouvelles possibilités. Notre succès repose sur notre capacité de penser et d’être des chefs de file créatifs dans un environnement planétaire qui évolue rapidement. Nous devons user de stratégie et travailler d’une manière collaborative pour planifier l’avenir à moyen et à long terme.

Quelles sont les autres mesures pratiques que nous pouvons prendre pour être à la fine pointe de l’éducation postsecondaire aujourd’hui? Nous pouvons, entre autres, favoriser les échanges internationaux et les programmes d’études à l’étranger pour nos étudiants et inviter des étudiants étrangers dans nos salles de cours. Ce genre d’expériences permet d’exposer les étudiants et leurs hôtes à des idées et des perspectives nouvelles et stimulantes, tout en encourageant le tissage de liens entre les pays et les institutions. La demande pour les études à l’étranger ne cesse d’augmenter; selon l’UNESCO et l’Organisation de coopération et de développement économiques, près de trois millions d’étudiants passent maintenant plus d’une année d’études à l’extérieur de leur pays, soit une augmentation de 57 pour cent entre 1999 et 2009.

À cet égard, je peux citer ma propre expérience, ayant eu la chance d’étudier aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ces expériences de vie dans un autre pays m’ont beaucoup servi, comme ce fut le cas pour mes cinq filles, qui ont toutes commencé à participer à des programmes d’échanges dès l’âge de 12 ans. Elles sont de fières Canadiennes, mais sont également des citoyennes du monde. Ces expériences les ont aidées à devenir plus tolérantes et plus respectueuses de la diversité et de la différence, et à acquérir une meilleure pensée critique.

Comme le souligne John Kao dans son ouvrage intitulé Innovation Nation, les établissements d’enseignement doivent aider les jeunes à développer une « intelligence culturelle » au moyen du multilinguisme, de l’expérience internationale et du respect et de l’appréciation de la diversité. À mes yeux, l’accroissement des programmes d’échanges et d’études à l’étranger sont l’un des meilleurs espoirs d’avenir, car ce sont ces étudiants qui pratiqueront la diplomatie du savoir et qui seront la source des innovations sociales et technologiques à venir.

La dernière suggestion pratique que je ferais est de renouveler notre accent sur l’enseignement de la pensée critique et de la résolution de problèmes et sur l’acquisition de compétences créatives. Il est essentiel que les étudiants aient de telles capacités pour pouvoir s’adapter et faire face à un avenir qui sera imprévisible et sans doute complexe.

Enfin, si vous ne retenez qu’une chose que de mes propos, je souhaiterais que ce soit l’importance de l’enseignement et des éducateurs pour nos sociétés. Nous devons chérir nos éducateurs, car ce sont eux qui assument la responsabilité de nous former, de nous guider et de nous instruire, nous et nos enfants.

En Malaisie, vous avez un riche passé en matière d’enseignement supérieur et de merveilleux pédagogues. Ce pays a fait des progrès majeurs pour ce qui est de l’apprentissage et de la promotion de la diversité et du multiculturalisme. Ce sont là des éléments clés du succès dans le monde d’aujourd’hui. Je vous félicite pour vos efforts acharnés et votre détermination.

En terminant, je tiens à revenir sur la notion de diplomatie du savoir et de son importance pour notre avenir collectif. Notre bien-être et notre prospérité au cours du 21e siècle dépendront de notre capacité d’apprendre et d’innover. C’est dans cet esprit que je souhaite que nous puissions continuer à œuvrer de concert pour bâtir le monde averti et bienveillant dont nous rêvons.

Merci.