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ARCHIVÉE: Assemblée générale annuelle de Bénévoles Canada

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Ottawa, le lundi 6 juin 2011

 

Je vous remercie pour votre aimable introduction. J’ai toujours des doutes, lorsqu’on me demande de prononcer une courte et inspirante allocution. Je vais vous dire pourquoi. En 1979, j’ai été nommé vice-chancelier et recteur de l’Université McGill; je dois dire que j’étais un très jeune et naïf recteur.

On m’a alors demandé de prononcer un bref, chaleureux et inspirant discours de remerciement. Je me suis donc dit, voilà ce que je dois faire : me lever pour parler, parler pour être entendu, puis m’asseoir pour être apprécié.

Dès le premier mois, l’Université a dû faire face à un train de réductions budgétaires draconiennes. Or, Hydro-Québec offrait à ce moment-là de généreuses subventions d’équipement pour remplacer des appareils manuels par des appareils utilisant l’électricité, une ressource qui était très économique à l’époque. Nous avons donc sauté sur cette occasion en or et remplacé, entre autres, les distributeurs d’essuie-mains dans toutes les salles de toilettes par des sèche-mains électriques.

Fier de cette brillante décision digne du meilleur leadership, je suis allé inspecter ces appareils. Le premier que j’allais voir était installé dans les toilettes pour hommes de l’édifice de la faculté de génie. Je vois donc ce superbe appareil, tout neuf et d’un blanc éclatant. Cependant, je remarque qu’il y a déjà un graffiti au-dessus du bouton d’activation. Voici ce qui était inscrit : « Appuyez sur ce bouton pour un bref, chaleureux et inspirant message de votre recteur. »

J’aimerais tout d’abord remercier les membres et le personnel de Bénévoles Canada, ainsi que ceux qui appuient cet organisme, pour votre engagement et votre esprit philanthropique.

J’ai souvent parlé du concept de « construction de grange », où les voisins s’entraident. Vous tous ici avez constaté l’importance d’aider autrui, ce qui prouve, encore une fois, que le Canada est une nation avertie et bienveillante.

Depuis mon installation, j’invite les Canadiens à se joindre à moi pour imaginer ce que pourrait être notre pays. Nous cherchons à devenir une nation éclairée et bienveillante, où tous les Canadiens peuvent réussir, contribuer au mieux-être de la société et développer leur plein potentiel. Nous voulons que le Canada soit un pays qui accroît et met en application les connaissances de ses citoyens afin de pouvoir améliorer le sort de tous, tant au pays qu’à l’étranger. 

Cette vision repose sur trois piliers que j’ai évoqués : soutenir les familles et les enfants; accroître l’apprentissage et l’innovation; et encourager la philanthropie et le bénévolat.

Je sais que vous avez appelé les Canadiens à faire part de leurs points de vue sur le pays qu’ils désirent en 2017, qui sera l’année du 150e anniversaire de la Confédération, tout comme je l’ai fait d’un bout à l’autre du Canada depuis mon installation comme gouverneur général.   

Vous leur avez demandé plus précisément leur point de vue sur l’état du bénévolat, une question qui prendra de plus en plus d’importance. Comment pouvons‑nous promouvoir le bénévolat auprès d’un plus grand auditoire? Comment pouvons-nous atteindre nos buts? Comment le Canada peut-il aider à définir le bénévolat pour la prochaine génération?

Premièrement, nous devons savoir où en est le bénévolat aujourd’hui. La façon de mesurer le don fait l’objet de bien des débats, mais certains faits sont indéniables. Comme vous le savez, le  Canada a le deuxième plus fort secteur bénévole au monde. Chaque année, 12 millions de Canadiens consacrent plus de deux milliards d’heures au bénévolat.

En fait, selon l’Indice Vivre mieux de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, 66 pour cent des Canadiens ont déclaré avoir aidé un pur inconnu au cours du dernier mois, un pourcentage plus élevé que dans les autres pays de l’OCDE. Il est très réconfortant de savoir que les Canadiens ont à cœur d’aider les gens dans le besoin, que ce soit au sein de leurs communautés ou dans divers pays.

L’Indice Vivre mieux est un important outil de mesure d’une société, puisqu’il est basé non pas sur notre rendement économique, mais sur notre qualité de vie. Et bien qu’il nous donne un bon aperçu de notre pays par rapport à d’autres, le nouvel Indice du Vivre mieux canadien, qui relève de l’Université de Waterloo, mettra l’accent sur les collectivités canadiennes individuelles, afin d’améliorer nos vies en nous aidant à comprendre les facteurs clés qui influent sur la qualité de vie.

Cet indice englobe huit catégories, avec une série de sous-indices, afin d’évaluer l’état de santé du Canada et des collectivités qui s’y trouvent. Les indices mesurent des facteurs clés et interreliés qui se répercutent sur notre bien‑être. Ils nous produisent un instantané de notre vie communautaire, de notre engagement démocratique, de notre niveau d’éducation et de la vitalité de notre environnement. Ils nous fournissent des constats sur la santé de notre population, sur notre niveau de vie, sur l’usage que nous faisons de notre temps et sur nos activités récréatives et culturelles.

Collectivement, cet indice nous aide à déterminer les tendances concernant notre qualité de vie en général et devient pour nous un puissant incitatif à l’action. Je sais que, dès le départ, l’Indice a sollicité l’apport des communautés, ce que vous considérez comme une autre excellente façon d’évaluer la situation de ces dernières, individuellement et en tant que composante de notre pays.  

Je vous invite toutes et tous à examiner les résultats de cette recherche pour voir comment nous pourrions améliorer notre pays et comment nous pourrions attirer de nouveaux bénévoles.

Il est essentiel d’intégrer de nouvelles personnes et des idées innovatrices dans la communauté bénévole. C’est ainsi que nous pourrons conserver notre rang de deuxième  pays comptant le plus grand secteur bénévole, après les Pays-Bas.

Alors, qu’est-ce qui distingue nos deux pays? Que pouvons-nous apprendre du succès des Pays-Bas? Comment pouvons-nous appliquer les leçons apprises afin d’attirer des bénévoles?

Au-delà des différences évidentes telles la langue, l’histoire et les traditions, il y a une distinction majeure qui me frappe : la confiance que l’on accorde à autrui. La confiance que l’on accorde à autrui et le bénévolat, ce n’est pas un nouveau concept, mais c’est une réalité importante dont les Pays‑Bas ont fait la promotion à grande échelle et avec succès.

Nous pouvons examiner cette question sous trois angles distincts : la confiance que l’on accorde aux individus, à l’organisme et à la société.

Cette confiance, si présente chez les bénévoles, prend forme dès le jeune âge et tient à la fois de l’éducation et de la compréhension.

Depuis 80 ans, le Bureau central des campagnes de financement aux Pays‑Bas, appelé le CBF, surveille les organismes caritatifs, comme cela se fait dans notre pays, mais il œuvre en outre à promouvoir la confiance dans les autres. Il analyse également les tendances en matière de collecte de fonds afin d’aider ces organismes. Parce qu’ils sont approuvés, étroitement surveillés et accrédités par le CBF, ces organismes jouissent une grande crédibilité auprès du public.

En tant que parents, il est de notre devoir de susciter cette confiance très tôt chez nos enfants, pour qu’ils apprennent à respecter nos différences et à célébrer la diversité de notre pays.

L’acquisition de cette confiance que l’on accorde à autrui se poursuit à l’école, où nous apprenons à nous intéresser aux autres, à travailler ensemble et à atteindre des objectifs communs.

Et maintenant que le monde est interconnecté, nous nous rendons compte que les frontières ne sont plus des barrières aux nouvelles idées. Les gens partagent désormais davantage leur culture, leur religion et une part d’eux-mêmes, trouvant des points communs avec les autres et s’efforçant de les comprendre. Il est important d’aller au devant de quiconque souhaite faire du bénévolat.

Après tout, aider les autres est un langage universel. Les néo-Canadiens souhaitent vivement s’engager, démontrer leurs habiletés et mettre leurs compétences au profit de leur nouveau pays.

J’aimerais vous raconter quelques histoires qui illustrent bien l’amabilité de certaines personnes.

Il y a environ une vingtaine d’années, mère Teresa est venue à Montréal. L’une de nos voisines, émue par l’œuvre de cette dernière auprès des pauvres de Calcutta, lui a demandé ce qu’elle pourrait faire pour aider. Mère Teresa lui a répondu : « Vous n’avez qu’à regarder autour de vous. Vous verrez que, dans votre propre quartier, il y a une famille qui a besoin de vos soins et de votre amour. »

Peu de temps après, j’ai lu une critique à l’endroit de l’œuvre de mère Teresa. Son refuge à Calcutta permettait de secourir quelque 200 personnes dans une ville qui en compte des millions qui vivent dans la pauvreté la plus épouvantable. Son travail y était décrit comme n’étant qu’une goutte dans un océan. Quelques semaines plus tard, je me suis rendu compte du fondement erroné de cette critique, qui analysait l’action de mère Teresa du point de vue de la physique, plutôt que de la chimie.

Je m’explique. Mes enfants, alors âgés de 2 et 9 ans à l’époque, critiquaient ma façon de les divertir à l’occasion de leurs fêtes d’anniversaire. Elles me disaient : « Pourquoi ne donnes-tu pas un spectacle de magie comme le fait M. MacFarlane plutôt que de raconter des histoires de fantômes auxquelles personne ne croit? »

En ce temps-là, Andy MacFarlane était le recteur de la faculté de journalisme à l’Université Western et moi, le recteur de la faculté de droit. Étant assez compétitif de nature,  j’ai décidé d’assister à la fête d’anniversaire suivante qui avait lieu chez les MacFarlane, où Andy s’était déguisé en magicien avec une longue cape et de grosses manches bouffantes. Il a commencé à faire un tour de magie au cours duquel il allait transformer l’eau en vin. Prenant un verre d’eau, il l’a soulevé dans les airs et a prononcé le mot magique « Abracadabra! ». Il a ensuite dissimulé le verre sous ses manches et a exécuté une pirouette de 360 degrés, tout en ajoutant quelques gouttes de teinture rouge dans le verre, sans que personne ne s’en aperçoive. Une fois le verre sorti de sous ses manches, l’eau était devenue d’une belle couleur rose.

C’est à ce moment que j’ai pris conscience de la façon dont mère Teresa changeait la culture de Calcutta, et même celle du monde. C’est la transformation de l’eau, et non ce qui y avait été ajouté, qui améliorait la vie de tant de familles.

Voilà comment être bienveillant envers l’autre. Cependant, il faut le faire avec intelligence.

À ce propos, j’aimerais vous raconter une autre histoire qui m’a beaucoup émue, moi‑même et tant d’autres personnes. Une histoire qui illustre parfaitement la générosité envers les autres et la volonté de leur rendre service.

Chaque année, l’Université Harvard récompense 11 personnes pour leur contribution remarquable au profit de leurs collectivités. En 1996, devant plus de 27 000 personnes, le célèbre établissement a ainsi rendu hommage à deux personnes très différentes : M. Walter Annenberg et Mme Oseola McCarty.

M. Annenberg était bien connu pour son philanthropisme et, en 1989, pour la création de la Fondation Annenberg. Tout au long de sa vie, en plus d’avoir été récompensé à de nombreuses reprises, on estime qu’il a fait don de plus de 2 milliards de dollars.

Pour sa part, Mme McCarty nous fournit un exemple tout aussi inspirant. C’est ainsi que, dans l’État du Sud, aux États-Unis, la nouvelle d’un don remarquable, et d’une source inusitée, s’est vite répandue : Mme Oseola McCarty, alors âgée de 87 ans, avait fait don de 150 000 $ à l’Université du Sud du Mississippi, à Hattiesburg, la ville où elle habite.

À une époque où les établissements d’enseignement supérieur reçoivent des dons de plusieurs millions de dollars, les médias nationaux ont pour habitude de passer sous silence ces petits gestes de générosité. Mais, cette fois, certains détails personnels ont montré qu’il s’agissait en fait d’un geste extraordinaire. Forcée de quitter l’école après la sixième année, pour s’occuper d’une tante malade, Mme McCarty a par la suite gagné tranquillement sa vie pendant 75 ans comme blanchisseuse.

Or, elle a décidé de donner la plupart des économies réalisées au cours de sa vie pour aider des étudiants noirs dans le besoin à poursuivre leurs études dans un établissement dont ils étaient exclus il y a trois décennies seulement. C’est ainsi que des entreprises locales ont vite voulu suivre son exemple par une campagne visant à susciter des dons semblables au sien.

Toutefois, au moment de recevoir son diplôme honoraire, Mme McCarty a eu du mal à se lever à cause de l’arthrite. M. Annenberg, assis à ses côtés, et également atteint d’arthrite, a essayé de l’aider à se lever. Vous imaginez-vous cet homme immensément riche, qui avait lui-même de la difficulté à se lever, s’acharner à aider Mme McCarty?

Et vous pouvez vous imaginer la réaction de l’auditoire. Tous ont commencé à applaudir, non seulement pour les dons faits par ces deux personnes, mais aussi parce qu’un homme très riche aidait une femme très généreuse.

Avant notre arrivée à Rideau Hall, Sharon et moi habitions dans le comté de Waterloo, au cœur du sud-ouest de l’Ontario. Nous vivions sur une belle ferme, où nous gardons des chevaux en pension.

L’une des choses qui distinguent le comté de Waterloo, ce sont ses communautés mennonites. Ces gens-là sont faciles à reconnaître, avec leurs chevaux et leurs calèches. Et on les respecte hautement pour leurs croyances, pour leur mode de vie traditionnel et pour les liens étroits qui les unissent.

J’aime bien raconter l’histoire d’Edgar, l’un de nos voisins mennonites, et de la construction de grange. Elle démontre bien comment les liens qui unissent une communauté peuvent être pour elle une source de soutien dans l’adversité.

Un jour, Edgar était chez nous. Pendant que Sharon examinait le budget de la ferme, elle lui a posé cette question : « Combien m’en coûterait-il de remplacer la grange? » Edgar lui a répondu : « Pourquoi voulez-vous savoir ça? » Alors, Sharon lui a expliqué qu’elle tentait de réduire les frais d’exploitation de la ferme et qu’elle vérifiait la couverture d’assurance. Pour cela, il lui fallait indiquer le coût de la grange au cas où elle serait détruite par le feu. Edgard lui a dit que ce n’était pas nécessaire qu’elle indique un coût de remplacement, parce que dans un tel cas, les voisins et les membres de la communauté donneraient bénévolement leur temps ainsi que des matériaux de récupération et se rassembleraient pour reconstruire gratuitement la grange. Puis après quelques secondes d’hésitation, il a ajouté : « Il vous suffit d’inscrire un montant de 2 000 $ pour l’achat de nouveaux bardeaux. »

Je suis sûr que pour plusieurs d’entre vous, l’histoire d’Edgar a quelque chose de familier.

Au Canada, les organismes bénévoles ont acquis leur crédibilité au fil des ans. Ils sont également surveillés et accrédités par le gouvernement, mais ils doivent être prêts à faire plus pour mériter la confiance du public et de leurs propres membres.

Il y a tant de communautés, tant de gens, qui comptent sur les gestes de bonté quotidiens de bénévoles et qui comptent sur leur présence en période de détresse. Bien que les Canadiens choisissent de faire du bénévolat, les besoins sont encore considérables.  

Alors que se poursuivra cette discussion et que nous travaillerons en vue du 150e anniversaire de ce pays, je vous remercie pour votre engagement et votre dévouement à l’égard du bénévolat et d’un Canada encore plus averti et bienveillant.

Après tout, les Canadiens ont toujours été capables d’imaginer ce qui pouvait être et ont travaillé avec acharnement pour y parvenir. Nous rêvons de nouvelles possibilités et nous nous faisons ce qu’il faut pour les réaliser.

Pour m’inspirer de l’illustre auteur britannique, George Bernard Shaw, « Certains regardent les choses comme elles sont et demandent pourquoi. Nous rêvons aux choses comme elles devraient être, et demandons pourquoi pas? »

Merci.