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Nouvelles

ARCHIVÉE: Congrès des Fondations communautaires du Canada

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Vancouver, le jeudi 12 mai 2011

 

Bonjour, et merci de m’avoir invité à venir vous parler aujourd’hui des collectivités au Canada.

En 2017, dans six ans, notre pays va célébrer le 150e anniversaire de la Confédération. Depuis mon installation, j’ai invité les Canadiens et les Canadiennes à se faire une vision du pays auquel ils aspirent. Dans cette perspective, je voudrais vous poser quelques questions. À quoi voulons‑nous que nos collectivités ressemblent dans six ans? Comment y arriver? Comment créer des collectivités plus éclairées et plus bienveillantes?

Pour répondre à ces questions, il faut d’abord réfléchir à l’un des thèmes de ce congrès, soit « Notre situation actuelle ». En prenant le pouls de nos collectivités telles qu’elles existent maintenant, nous serons plus en mesure de voir où nous voulons aller au cours de l’avenir.

Premièrement, nos collectivités sont disparates et dispersées, mais nous sommes néanmoins unis par des traits communs. Et c’est par cette unité que se définit le Canada. En dépit de nos différences et des défis uniques auxquels nous faisons face, et quelles que soient nos langues et nos cultures, nous sommes tous des Canadiens et des Canadiennes.

Et il y a un autre aspect qui nous rapproche — entre Canadiens, bien sûr, mais aussi par rapport au reste du monde. Nous vivons dans une société de plus en plus mondialisée où les frontières ne font plus obstacle à l’échange d’idées. Et au fil des progrès technologiques, notre société évolue elle aussi, plus vite que jamais au cours de notre histoire. 

Songez au fait qu’en Europe occidentale, il a fallu près de trois siècles pour que l’une des grandes révolutions du monde de la communication — la presse à imprimer — rejoigne la majorité de la population. De nos jours, Internet — révolution des communications de notre époque — a mis moins d’une décennie à atteindre plus de la moitié de la planète.

Ce que cela nous démontre, c’est qu’aucune personne et aucune collectivité au Canada ne vit isolée des autres. Si vous le permettez, je vous en donne un exemple.

En février dernier, mon épouse, Sharon, et moi avons eu le privilège d’effectuer une visite au Yukon. À l’origine, nous devions passer à Old Crow, la localité la plus septentrionale du territoire. Mais il n’est pas toujours facile de se rendre à Old Crow, comme nous l’avons constaté quand cette étape de notre itinéraire a été annulée à cause du mauvais temps.

Or, chaque habitant d’Old Crow — ils sont trois cents en tout — apporte quelque chose à la collectivité; ces gens se fient les uns aux autres pour assurer la préservation de leur mode de vie et l’autosuffisance de leur communauté. Si Old Crow est un lieu éloigné sur le plan géographique, sa population, elle, est loin d’être isolée.

Grâce à la technologie, Sharon et moi avons pu converser avec des élèves et des enseignants d’Old Crow par vidéoconférence; une visite virtuelle, si je puis dire, dans une localité éloignée peuplée de gens fiers. Donc, comme vous le voyez, même la situation dans laquelle vivent les citoyens d’Old Crow ne les empêche pas d’apporter quelque chose au Canada.

Cela dit, même si nous devons comprendre qu’aucune collectivité ne vit en vase clos, il ne faut pas perdre de vue les défis uniques auxquels chacune fait face, ainsi que les buts et les ressources qui lui sont propres.

Pour une petite localité du Nord comme Old Crow, par exemple, les défis sont fort différents de ceux qui existent à Vancouver. Les deux doivent toutefois évaluer les forces et les faiblesses de ce dont elles disposent, par exemple le territoire et l’infrastructure, et surtout les habiletés, les talents et les possibilités de leur population. C’est ainsi qu’une collectivité peut constater ses lacunes et prendre conscience de ses ressources.

Enfin, pour mesurer où en est une collectivité, il existe aujourd’hui un outil relativement nouveau qui va au-delà des méthodes traditionnelles. L’Indice canadien du mieux‑être, qui nous vient de l’Université de Waterloo, nous aide à améliorer notre sort en nous faisant mieux comprendre les principaux facteurs qui influent sur notre qualité de vie.

Cet indice englobe huit catégories, avec une série de sous-indices, afin d’évaluer l’état de santé du Canada et des collectivités qui s’y trouvent. Les indices mesurent des facteurs clés et interreliés qui se répercutent sur notre bien‑être. Ils nous produisent un instantané de notre vie communautaire, de notre engagement démocratique, de notre niveau d’éducation et de la vitalité de notre environnement. Ils nous fournissent des constats sur la santé de notre population, sur notre niveau de vie, sur l’usage que nous faisons de notre temps et sur nos activités récréatives et culturelles.

Pris globalement, cet indice nous aide à discerner les grandes tendances de notre qualité de vie, ce qui nous procure un outil puissant pour agir. Je sais que les fondations communautaires s’intéressent à cet indice depuis sa création; à vos yeux, c’est là un autre important moyen d’évaluer l’état de vos collectivités, aussi bien en tant que telles que par rapport à l’ensemble du pays.

Une fois que l’on sait où on en est, que l’on a défini ses faiblesses et ses possibilités, il faut alors se demander : que faire pour combler les lacunes?

Pour mon mandat à titre de gouverneur général du Canada, je me suis donné pour priorité d’exprimer une vision du pays éclairé et bienveillant qui peut être le nôtre et de mettre l’accent sur trois piliers qui jouent tous, selon moi, un rôle essentiel au sein des collectivités canadiennes.

En soutenant les familles et les enfants, on assure la continuité de la communauté. En accroissant l’apprentissage et l’innovation, on crée le savoir dans la communauté. Et en encourageant la philanthropie et le bénévolat, on cultive le développement de la communauté.

Aujourd’hui, je vais m’attarder au bénévolat et à la philanthropie, deux des plus importants moyens de valoriser nos communautés, autant collectivement qu’individuellement. Ce que je vais vous démontrer, c’est que comme les collectivités, qui ne vivent pas en vase clos, ces piliers se chevauchent et se soutiennent les uns les autres.

Le Canada est l’un des pays les plus généreux du monde. Chaque année, 12 millions de Canadiens et de Canadiennes consacrent plus de deux milliards d’heures à des activités de bénévolat.

Beaucoup de ces heures se passent dans la collectivité, à aider des gens dans le besoin. J’ai vu cela dans tout le pays, partout où je suis allé. Que ce soit dans des banques alimentaires, dans des refuges, dans des hôpitaux ou dans des centres communautaires, des Canadiens et des Canadiennes de tout âge se dévouent de toutes sortes de façons.

Cet esprit d’entraide entre voisins, on le retrouve à une foule d’endroits, et je suis fier de constater qu’il se porte bien ici à Vancouver.

D’ailleurs, il est juste que ce congrès se tienne ici, dans cette ville. Il y a à peine un an, des collectivités du pays tout entier partageaient ensemble l’enthousiasme des Jeux olympiques d’hiver. Nous avons tous vu le dynamisme et l’hospitalité dont ont fait preuve nos bénévoles qui ont prêté main-forte durant les Jeux de Vancouver, fiers de représenter le Canada.

Je ne peux qu’espérer que quand ils sont rentrés chez eux, une fois leur poussée d’adrénaline olympique passée, ils ont rapporté dans leur propre milieu cette passion qui les animait et se sont faits les ambassadeurs du bénévolat, car il ne faut jamais douter de l’impact que peuvent avoir les bénévoles.

Une seule goutte de colorant dans un verre d’eau transparente suffit à lui donner de la couleur. C’est ce que font  chaque jour les bénévoles : une bonne action à la fois, ils changent le monde.

Nous devons donc — en tant que parents, en tant que frères et sœurs, en tant qu’enseignants et en tant que société — prendre le temps d’allumer et de transmettre le flambeau de la générosité. En somme, voyez cela comme le relais de la flamme olympique du bénévolat. En propageant la flamme d’un flambeau à l’autre, en inculquant d’une génération et d’une collectivité à l’autre l’importance du don de soi, nous ferons en sorte que les Canadiens et les Canadiennes, et surtout les jeunes, prennent conscience de cet aspect essentiel de notre pays.

Donc, nous avons démontré que nous sommes un peuple bienveillant, mais il faut que nous soyons aussi un peuple éclairé.

L’usage de moyens innovateurs, par exemple les médias sociaux, peut nous aider à diffuser notre message et à mobiliser les gens.

Dans son livre intitulé All Together Now, Paul Hoffert s’est penché sur l’interconnectivité réalisée grâce à la technologie. Il avait bâti une collectivité en ligne, une sorte d’intranet du voisinage, qui servait à rapprocher les gens les uns des autres. Avec cet outil, la socialisation s’est accrue dans la collectivité, la confiance aussi, et les voisins ont pu s’entraider. Ces « habicons », comme M. Hoffert appelait ces collectivités, ont utilisé la technologie pour unir les gens d’une manière que nul n’aurait imaginée il y a quelques décennies.

Mais si nous pouvons nous fier à la technologie pour établir des liens entre nous, il ne faut cependant pas oublier le monde réel.

Quand j’habitais à Montréal, où j’étais principal et vice-chancelier de l’Université McGill, j’ai eu l’honneur d’être coprésident de Centraide Montréal. Cela m’a fait voir la collectivité au sein de laquelle je vivais, mais que je connaissais à peine. Cela m’a permis de marcher dans la rue, et de constater et de connaître les défis et les succès des gens qui y vivaient.

Il importe que l’on sache quelle est votre cause et quels sont vos objectifs, mais il importe tout autant de donner aux gens la chance de comprendre et de connaître la collectivité dont ils font partie. C’est là une façon non seulement de renforcer notre secteur bénévole, mais aussi d’encourager la philanthropie.

La confiance permet aux gens de tisser des liens, d’acquérir de la certitude et de se fier les uns aux autres pour assurer le bien commun. C’est ce qui se passe à Old Crow, c’est ce qui se passe au sein des « habicons », et c’est même ce qui se passe aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas sont le seul pays au monde où le secteur bénévole est plus vigoureux que le nôtre. L’une des principales différences entre nos sociétés respectives, c’est que depuis plus de 80 ans, on fait là-bas une promotion officielle de la confiance. Les organisations qui se méritent le sceau d’approbation du Bureau ont fait l’objet d’un processus d’examen et de validation serré, et ont par conséquent la confiance du public. Et à cause de cela, ils sont en mesure d’attirer davantage de bénévoles et de donateurs.

Après tout, pour donner, il faut toujours faire confiance jusqu’à un certain point.

Pendant des années, j’ai joué au hockey, et faire partie d’une équipe, c’est le summum de la confiance. L’entraîneur nous le faisait comprendre sans cesse tous les jours : même le joueur le plus fort et le plus talentueux ne peut jouer seul. Quand je passais la rondelle, j’avais confiance en mes coéquipiers pour qu’ils la captent; quand j’allais dans les coins de patinoire, j’avais confiance en eux pour qu’ils me protègent de l’équipe adverse. J’avais confiance en eux et ils avaient confiance en moi, ce qui se traduisait en victoires. La confiance, c’est ce qui sous-tend toute relation, que ce soit dans une équipe ou dans le secteur bénévole.

Les fondations communautaires travaillent ici au Canada afin de renforcer notre pays sur tous les plans : environnemental, économique et sociétal. Vous vous efforcez de bâtir la confiance, non seulement entre vous et les bénévoles, mais aussi auprès d’autres organismes sans but lucratif, de tous les paliers de gouvernement et des philanthropes.

Vous avez travaillé avec ardeur pour vous mériter cette confiance, mais il vous faut mettre autant d’ardeur pour la conserver. En effet, comme le disait Ken Dryden — un autre homme de hockey — dans son livre intitulé Becoming Canada, les problèmes et les possibilités de notre époque sont trop considérables pour qu’on puisse y fais face seul. Collaborer, coopérer, travailler ensemble : voilà où s’en va notre monde.

Le 150e anniversaire que s’apprête à fêter le Canada unira les collectivités du pays entier en une immense célébration. Pour le moment, j’espère que vous vous donnerez des objectifs et des priorités pour réaliser le pays auquel nous aspirons à l’approche de cette importante étape de notre histoire — un pays plus éclairé et plus bienveillant.

Après tout, les Canadiens et les Canadiennes ont toujours su imaginer ce qui leur était possible, et travailler résolument pour le réaliser. Nous rêvons de nouveaux horizons et nous marchons pour les atteindre.

Pour m’inspirer de l’illustre auteur britannique, George Bernard Shaw, « Certains regardent les choses comme elles sont et demandent pourquoi. Nous rêvons aux choses comme elles devraient être, et demandons pourquoi pas? »

Je vous remercie.