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ARCHIVÉE: Dernière séance plénière de la Conférence nationale de Centraide Canada : Un avenir à l’image de nos aspirations

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Calgary, le jeudi 14 avril 2011

 

Bonjour, et merci de votre chaleureux accueil en cette dernière journée de la Conférence nationale de Centraide Canada. Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous, en cette Semaine nationale de l’action bénévole, pour souligner le magnifique travail que vous faites. Vous êtes des Canadiens et des Canadiennes dévoués qui êtes conscients de l’importance du bénévolat et de l’impact de votre action dans vos collectivités. Vous avez su changer les choses et venir en aide aux gens qui sont dans le besoin. Pour cela, vous méritez toute notre reconnaissance.

Ma citation préférée vient de George Bernard Shaw :

« Certaines personnes voient les choses et se demandent “pourquoi?”
Nous rêvons de choses qui n’existent pas encore et nous nous disons “pourquoi pas?” »

En 2017, notre pays célébrera le 150e anniversaire de la Confédération, et dans cette perspective, j’ai invité les Canadiens et les Canadiennes à réfléchir à l’avenir auquel ils aspirent. Le Canada sera-t-il, comme nous l’en savons capable, un pays plus averti et plus bienveillant? Y retrouvera-t-on on un secteur bénévole dynamique? Comment entrevoyons‑nous le bénévolat en 2017?

Il est important de se poser ces questions et de tenter d’y répondre. L’avenir que nous recherchons sera le fruit des objectifs que nous nous fixons aujourd’hui. C’est le théologien Gregory Baum qui disait qu’une idée de l’avenir prend place dans la conscience des gens et détermine par conséquent le genre de vie qu’ils mènent.

En nous faisant une vision du pays auquel nous aspirons, nous nous donnons le moyen d’œuvrer à la réalisation de nos objectifs.

D’abord, voyons où nous en sommes aujourd’hui. Le Canada compte un secteur bénévole qui est le deuxième en importance au monde. Chaque année, douze millions de nos concitoyens et de nos concitoyennes consacrent plus de deux milliards d’heures à des activités bénévoles.

Cela est impressionnant.

Mais songez que plus des trois quarts de ces heures — plus d’un milliard et demi — sont données par à peine sept pour cent de tous ces gens. C’est donc une part bien mince de notre population qui assume une proportion considérable du temps que nous consacrons au bénévolat.

Dans cette perspective, on constate qu’il reste encore beaucoup d’amélioration à faire.

Nous devons repenser en profondeur notre façon de voir le bénévolat. Pour nous, à l’heure actuelle, le bénévolat est une activité qui vient s’ajouter à toutes les autres. Mais si nous changions notre perception, si le bénévolat devenait plutôt une partie intégrante de notre vie de tous les jours?

Déjà, il y a des gens pour qui le travail bénévole fait partie du quotidien, des gens qui trouvent le moyen d’apporter régulièrement leur contribution à des organismes. Dans certaines provinces, le bénévolat est une exigence pour l’obtention d’un diplôme d’études secondaires, une façon d’initier les jeunes à ce genre de travail et de leur faire comprendre l’impact qu’ils peuvent avoir autour d’eux. Et de plus en plus, on trouve des milieux de travail où l’on permet aux employés de consacrer du temps à des activités de bienfaisance et de collecte de fonds.

Chaque année, par exemple, la campagne de charité en milieu de travail du gouvernement du Canada recueille des millions de dollars pour Centraide et pour d’autres œuvres charitables. On peut espérer que plusieurs autres entreprises suivront l’exemple et feront de la place pour des activités de bénévolat au travail.

Et nous — en tant que parents, en tant que frères et sœurs, en tant qu’enseignants et en tant que société — il nous incombe de prendre le temps d’allumer et de transmettre le flambeau du don de soi. Voyez cela comme le relais de la flamme olympique. En passant le flambeau à ceux qui suivent, en transmettant d’une génération et d’une collectivité à l’autre la valeur de ce don de soi, on fait en sorte que notre jeunesse comprenne cet aspect vital de notre pays.

Chaque fois que nous faisons la promotion du bénévolat et que nous encourageons des changements dans notre façon de le percevoir, nous créons au Canada une nouvelle vague de bénévoles qui continueront de renforcer cette foule de gens qui se dévouent avec loyauté et persévérance.

Cela me rappelle lorsque mère Teresa est venue à Montréal, il y a quelques décennies. L’une de nos voisines, émue par l’œuvre de cette dernière auprès des pauvres de Calcutta, lui a demandé ce qu’elle pourrait faire pour aider. Mère Teresa lui a répondu : « Vous n’avez qu’à regarder autour de vous. Vous verrez que, dans votre propre quartier, il y a une famille qui a besoin de vos soins et de votre amour. »

Peu de temps après, j’ai lu une critique à l’endroit de l’œuvre de mère Teresa. Son refuge à Calcutta permettait de secourir quelque 200 personnes dans une ville qui en compte des millions qui vivent dans la pauvreté la plus épouvantable. Son travail y était décrit comme n’étant qu’une goutte dans un océan. Quelques semaines plus tard, je me suis rendu compte du fondement erroné de cette critique, qui analysait l’action de mère Teresa du point de vue de la physique, plutôt que de la chimie.

Je m’explique. Mes enfants, alors âgés de 2 et 9 ans à l’époque, critiquaient ma façon de les divertir à l’occasion de leurs fêtes d’anniversaire. Elles me disaient : « Pourquoi ne donnes-tu pas un spectacle de magie comme le fait M. MacFarlane plutôt que de raconter des histoires de fantômes auxquelles personne ne croit? »

En ce temps-là, Andy MacFarlane était le recteur de la faculté de journalisme à l’Université Western et moi, le recteur de la faculté de droit. Étant assez compétitif de nature,  j’ai décidé d’assister à la fête d’anniversaire suivante qui avait lieu chez les MacFarlane, où Andy s’était déguisé en magicien avec une longue cape et de grosses manches bouffantes. Il a commencé à faire un tour de magie au cours duquel il allait transformer l’eau en vin. Prenant un verre d’eau, il l’a soulevé dans les airs et a prononcé le mot magique « Abracadabra! ». Il a ensuite dissimulé le verre sous ses manches et a exécuté une pirouette de 360 degrés, tout en ajoutant quelques gouttes de teinture rouge dans le verre, sans que personne s’en aperçoive. Une fois le verre sorti de sous ses manches, l’eau était devenue d’une belle couleur rose.

C’est à ce moment que j’ai pris conscience de la façon dont mère Teresa changeait la culture de Calcutta, et même celle du monde. C’est la transformation de l’eau, et non ce qui y avait été ajouté, qui améliorait la vie de tant de familles.

Cela, c’est d’être bienveillant. Mais il faut aussi être averti.

À mesure que notre perception du bénévolat évolue, nos organismes de bienfaisance doivent changer eux aussi. Il est essentiel qu’ils reconnaissent les besoins des bénévoles afin de pouvoir s’adapter pour y répondre. Il importe également qu’ils s’y prennent de façon innovatrice pour faire leur recrutement.

Comment vont-ils y réussir? Au cours d’une étude menée récemment par Bénévoles Canada, des bénévoles ont dit qu’ils recherchaient des possibilités qui leur offrent la  chance d’acquérir une expérience précieuse et de travailler avec d’autres personnes à la réalisation d’objectifs communs. De nos jours, les bénévoles aspirent à se dépasser et à acquérir des habiletés nouvelles et variées. Ils veulent apporter une contribution véritable à la société et sentir qu’ils font partie d’une équipe de gens qui travaillent ensemble à un pays et à un monde meilleurs. Les organismes doivent être conscients de ce désir et faire une place à cette nouvelle manière de voir les choses.

Nous vivons dans un contexte de mondialisation et d’interrelation qui exige une part croissante de notre temps et de notre attention. Au cours de la dernière décennie, les technologies nouvelles ont évolué plus vite que jamais; les organismes bénévoles doivent emboîter le pas afin de maintenir pleinement l’intérêt des Canadiens et des Canadiennes et d’attirer leur attention sur des enjeux importants. Ces nouveaux outils sont autant de moyens d’accroître notre effectif de bénévoles et notre capacité de financement.

La catastrophe survenue récemment au Japon en est un excellent exemple. Quelques instants après avoir appris le désastre, partout au Canada, des gens avaient commencé à recueillir des dons. Il y avait bien sûr les méthodes traditionnelles de sollicitation téléphonique, mais plusieurs ont également pu envoyer des dons par message texte au moyen de leur portable.

Grâce aux médias sociaux tels Facebook, YouTube et Twitter, l’appel s’est transmis d’une personne à l’autre dans le monde entier.

Ce genre de campagne « virale » est peut-être la voie de l’avenir pour la collecte de fonds, non seulement parce que cela est peu coûteux, mais aussi parce que cela permet aux gens de s’engager personnellement et de répandre un message auquel ils croient véritablement. Le développement de ces stratégies en ligne cible également l’un des plus importants groupes de bénévoles potentiels : les jeunes.

La mobilisation des jeunes dans les activités de bénévolat constitue une nécessité pour l’avenir. Plusieurs des chefs de file du bénévolat au Canada prendront bientôt leur retraite, et ils laisseront un vide derrière eux s’ils ne transmettent pas à la génération suivante les habiletés et l’expérience qu’ils ont acquises toute une vie durant.

Mais bien que certaines autorités scolaires et gouvernementales aient fait du bénévolat une condition d’obtention d’un diplôme, c’est aux organisations de bénévoles qu’il appartient de maintenir l’intérêt des élèves, pour qu’ils y reviennent par choix.

Il faut également songer à encourager nos nouveaux concitoyens à s’engager dans l’action bénévole. Souvent, ces nouveaux arrivants au pays ont un profond sens de la solidarité qui est solidement ancré dans leur culture. De fait, dans diverses régions du globe, y compris au Canada, l’entraide entre voisins est une réalité qui va de soi.

Mon épouse, Sharon, et moi-même avons vécu pendant plusieurs années dans la région de Waterloo, dans le sud-ouest de l’Ontario. Nous avons eu beaucoup de plaisir à explorer les nombreuses routes de campagne qui serpentent à travers d’endroits comme St. Jacobs, Heidelberg, Winterbourne et New Hamburg. Le long de ces routes se trouvent de nombreuses fermes de Mennonites.

Parfois, on a la chance de passer juste au moment où l’on construit une grange : c’est là un exemple extraordinaire d’une collectivité qui se rallie pour aider quelqu’un qui en a besoin.

Si vous prenez le temps de regarder, vous verrez des hommes perchés sur les charpentes, marteau en main. Vous les verrez faire un effort ensemble pour hisser et solidifier d’énormes poutres. Vous verrez les femmes qui travaillent de leur côté, fabriquant des courtepointes et préparant le repas pour tout le monde. Et vous verrez les enfants qui imitent leurs parents, en attendant le jour où ce seront eux qui se mettront à la tâche et qui s’acquitteront de leurs responsabilités au sein de leur collectivité.

Cette image de la construction d’une grange me rappelle ce que font nos bénévoles dans leur milieu, ce que ces néo-Canadiens ont à nous offrir et ce à quoi il nous est permis d’aspirer. Les bénévoles « construisent des granges » tous les jours. Côte-à-côte, ils s’emploient à atteindre un objectif commun. Et ils trouvent des stratégies innovatrices afin de répondre aux problèmes changeants que pose un monde en évolution.

Et même si ces nouveaux arrivants doivent parfois affronter des obstacles linguistiques et culturels, il faut reconnaître la passion avec laquelle ils viennent en aide à autrui. Il faut absolument les mettre en contact avec l’engagement qui existe au Canada envers le bénévolat.

Ces gens-là veulent avoir la chance de travailler en équipe, de faire connaissance avec d’autres personnes et de découvrir leur nouveau pays. Ils veulent œuvrer dans un milieu qui valorise la diversité. Et ils veulent acquérir toute une gamme de nouvelles habiletés, notamment sur le plan linguistique, qui les aideront à réussir au Canada.

En associant nos nouveaux concitoyens à nos activités, nous assurons la continuité entre ceux et celles qui se dévouent aujourd’hui et les chefs de file et les bénévoles de demain. Et parce que ces nouveaux arrivants gardent souvent des liens avec leur pays d’origine, cela ouvre la voie à la mise en place d’un réseau de bénévolat d’envergure internationale qui favorisera l’avènement d’un monde plus averti et plus bienveillant.

Si nous tenons compte des besoins des bénévoles de notre époque, si nous savons tirer parti des technologies nouvelles et si nous prenons conscience de l’évolution de notre démographie, nous pourrons maintenir et même accroître notre réputation d’être parmi les pays les plus généreux du monde.

Il y a un autre aspect dont je voudrais vous parler aujourd’hui en ce qui concerne notre aptitude à mobiliser non seulement des bénévoles, mais aussi des donateurs : la confiance.

Les Pays-Bas sont le seul pays où le secteur bénévole est plus vigoureux que le nôtre. La façon dont ce secteur a connu sa croissance dans nos deux pays diffère à bien des égards — notamment à cause de l’influence qu’exercent la culture, la langue, l’histoire et les mentalités — mais l’élément qui a attiré mon attention est celui de la confiance.

Alors que, chez nous, les organismes caritatifs jouissent de la confiance des Canadiens et des Canadiennes, aux Pays-Bas, on va un peu plus loin et on s’emploie depuis plus de 80 ans à promouvoir officiellement cette confiance.

Le Bureau central des collectes de fonds exerce non seulement une surveillance des organismes de bienfaisance, comme nous le faisons ici chez nous, mais il s’occupe aussi de venir en aide à ces organismes en veillant à promouvoir la confiance et en analysant les tendances observées dans les activités de financement. Les organismes caritatifs qui portent le sceau d’approbation du Bureau central sont scrutés de près et ont par conséquent la confiance du public. Ils sont donc en mesure de recueillir des sommes plus considérables et d’attirer un plus grand nombre de bénévoles.

Au Canada, les organismes bénévoles se sont mérité la confiance de la population au fil des ans — eux aussi sont surveillés et accrédités par l’État — mais ils doivent accepter d’aller plus loin afin de promouvoir cette confiance, autant chez le public que parmi leurs rangs.

Après tout, la confiance est une chose qui va dans les deux sens. Plus on fait confiance et plus on donne d’autonomie aux bénévoles, plus ceux‑ci auront confiance en leurs moyens et s’attaqueront à leur tâche avec ardeur. En retour, ils sauront que tout en venant en aide à ceux qui sont dans le besoin, leur organisation a leur propre intérêt à cœur.

Nous savons tous que pour donner, il faut dans une certaine mesure faire confiance.

Comment les organismes bénévoles peuvent‑ils mieux promouvoir cette confiance de manière à rallier des Canadiens et des Canadiennes dévoués et talentueux à leur cause? Quelles leçons pouvons-nous tirer de ce qui se passe aux Pays-Bas et ailleurs dans le monde? Ce sont là certaines des questions auxquelles j’aimerais que vous réfléchissiez.

Alors que vous vous fixerez des objectifs pour l’année qui vient et pour les années ultérieures, et à l’approche du 150e anniversaire de notre pays, je vous invite à définir comment vous entrevoyez l’avenir de l’action bénévole et philanthropique, et à imaginer des façons nouvelles et innovatrices de faire en sorte que notre pays soit plus averti et plus bienveillant.

Après tout, les Canadiens et les Canadiennes ont toujours su se faire une vision de ce que peut être demain, et ne ménagent aucun effort pour y arriver. Nous rêvons de nouvelles perspectives, et nous faisons ce qu’il faut pour les réaliser.

Je vous remercie.