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ARCHIVÉE: Discussion sur le droit des femmes à l’occasion du cinquantenaire de la Déclaration canadienne des droits

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Discussion sur le droit des femmes à l’occasion du
cinquantenaire de la Déclaration canadienne des droits

Saskatoon, le mardi 24 août 2010

Je ne pouvais souhaiter protection plus bienveillante et tonique que ce merveilleux châle que vous m’offrez gracieusement, Mesdames Greyes et Linklater, avant de prendre la parole ce matin.

C’est un cadeau précieux et je vous en remercie infiniment.

Puisque le thème porte sur les droits de la femme, permettez-moi tout d’abord de rendre hommage aux femmes qui ont fait de moi la femme que je suis aujourd’hui, en commençant par ma grand-mère, une veuve qui a élevé seule ses cinq enfants.

Vivant à Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques, elle s’est donné comme priorités de devenir autonome, d’acquérir son indépendance financière et de fournir à ses enfants la meilleure éducation possible. 

Courbée du matin au soir sur sa machine à coudre pour subvenir aux besoins de ses enfants, elle était probablement visionnaire, reconnaissant que l’émancipation des femmes est intrinsèquement liée à notre capacité de devenir autonome.

Héritière de cette philosophie, ma mère n’en a jamais dévié, luttant sans relâche pour les droits humains, la liberté et la justice en Haïti, et œuvrant à promouvoir une campagne en faveur de l’alphabétisme travers ce pays de toutes les misères.

À cause de son combat contre la dictature et l’oppression, elle a dû, avec ma sœur et moi, s’enfuir au Canada, où elle a nous a élevées seule et nous a appris comment avoir la force de se tenir debout, quelles que soient les épreuves que la vie nous réserve.

En nous montrant comment avoir confiance en nous-mêmes.

Et surtout, en nous apprenant que l’éducation est gage de liberté, comme sa mère le lui avait toujours dit.

Dans ma jeunesse, je me suis à mon tour engagée socialement en me joignant au mouvement féministe des inspirantes femmes québécoises – des femmes de tous les milieux, pédagogues, intellectuelles, ouvrières, immigrantes et réfugiées, femmes indigènes – aux côtés desquelles je me suis battue pour la reconnaissance des droits de la femme.   

C’est avec elles que j’ai aidé à établir un réseau de plus de 150 refuges d’urgence au Québec pour les femmes battues et leurs enfants. C’est également auprès de ces femmes – ces femmes que j’ai accompagnées dans leurs efforts pour fuir la violence conjugale et se reprendre en main avec force et vigueur – que j’ai appris comment réfléchir et passer à l’action. 

Puis il y a eu, bien sûr, toutes ces femmes que j’ai rencontrées au cours de mes visites d’un bout à l’autre du Canada et aussi à l’étranger, dans des pays de l’Afrique, des Amériques et de l’Europe, en Afghanistan et en Chine, des femmes d’un grand courage qui sont les piliers de la lutte planétaire en faveur de la justice, du respect et de la solidarité pour toutes et tous.

Ce sont les femmes qui ont fait de moi la femme que je suis, et je leur en suis éternellement reconnaissante.

La discussion qui nous rassemble aujourd’hui, dont le thème est formulé sans hésitation comme une assertion, en est une que j’ai menée à la grandeur du pays et partout dans le monde au cours des cinq dernières années à titre de gouverneure générale du Canada.

Cette assertion, qui stipule que les droits des femmes et les droits de la personne sont indissociables, constitue en fait l’une des mes convictions les plus profondes et, à mon sens, la condition sine qua non de l’avancement de nos sociétés.

Ainsi, permettez que j’affirme d’entrée de jeu que l’on ne saurait concevoir de droits de la personne qui excluent plus de la moitié du genre humain.

J’estime depuis toujours que se dissocier du sort des femmes est non seulement une absence infamante de responsabilité, mais un crime injustifiable contre l’humanité.

Il est opportun, et nécessaire, de le rappeler, alors que nous venons de marquer le 10 août dernier le cinquantenaire de l’adoption de la Déclaration canadienne des droits, par le gouvernement du premier ministre John Diefenbaker qui disait alors : « L’histoire montre que si l’on permet d’enfreindre les droits d’un citoyen ou d’une citoyenne, quel qu’il soit, cela veut dire que tous les autres risquent, tôt ou tard, de perdre également leurs droits ».

D’où, pour poursuivre la réflexion de Diefenbaker, l’obligation de prôner avant tout la dignité et la liberté de chaque être humain; et c’est une idée qui a conduit à l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982.

Animés par la conviction que les droits des êtres humains sont inaliénables, des groupes de femmes, autochtones, francophones et anglophones, de minorités ethniques et raciales, de religions différentes, se sont donnés la main pour exiger que les libertés et droits fondamentaux des Canadiennes et des Canadiens, sans distinction, soient respectés et protégés.

Beaucoup de groupes, qu’il s’agisse de femmes, d’hommes ou de jeunes, m’ont reconfirmé leur foi en ce principe démocratique pour eux indissociable du Canada qu’ils aiment et qu’ils veulent faire rayonner à la face du monde.

De la pleine reconnaissance des droits des femmes dépend la pertinence et la vitalité de nos démocraties.

Quand les femmes réclament plus de justice, c’est pour que l’ensemble de la société vive en sécurité et profite de la contribution de chacune et de chacun.

Quand les femmes luttent contre la pauvreté, c’est pour que nos enfants mangent à leur faim et aient des conditions de vie plus décentes.

Quand les femmes dénoncent la violence, comme nous le rappelle tragiquement l’affaire Pickton qui défraie les manchettes ces jours-ci, sans oublier les nombreux cas de violence conjugale, de femmes disparues de Saskatchewan et d’ailleurs au pays, de la traite des femmes et des crimes d’honneur, c’est pour que nos familles et nos communautés soient des milieux de vie sains et respectueux de la dignité de chacune et de chacun.

Quand les femmes se démènent pour envoyer leurs enfants à l’école, filles et garçons, c’est pour faire progresser les leurs, leurs communautés, leur pays et le monde entier.

Quand les femmes combattent l’oppression et la dénoncent au péril de leur vie, c’est pour que tous les êtres humains, hommes et femmes, accèdent à la liberté.

Or, donnez du pouvoir aux femmes et vous verrez reculer les inégalités, la misère, la maladie, la barbarie, l’analphabétisme et la tyrannie.

Je ne me lasse pas de le répéter, tellement cette affirmation me semble aller de soi et s’est confirmée partout où je suis allée.

N’oublions pas que les droits des femmes, que nous tenons trop souvent pour acquis de nos jours, sont relativement récents dans l’histoire de notre pays et, par voie de conséquence, restent fragiles.

N’oublions pas que ce n’est qu’au début du siècle dernier que nous avons obtenu le droit de vote au Canada.  Au Québec, en 1940.  Et les femmes autochtones, quant à elles, ne l’ont obtenu qu’en 1960…

« Se vouloir libre, écrivait la grande féministe Simone de Beauvoir, c’est aussi vouloir les autres libres ».

C’est là, à mon avis, le sens véritable et l’incroyable fécondité des discussions comme celle que nous entamons aujourd’hui.

C’est la raison pour laquelle je tiendrai à Ottawa, à Rideau Hall, le 9 septembre, une conférence de deux jours sur la question cruciale des femmes et de la sécurité.

La sécurité des femmes demeure un problème dans notre pays, et il y a encore trop de cas de violence non rapportés et non résolus.

Prendre la parole, c’est refuser de s’emmurer vivante dans un silence stérile.

Prendre la parole, c’est propager autour de nous cette liberté qui nous est si chère au Canada, et qui manque encore cruellement à l’appel dans trop de coins du monde.

Prendre la parole, c’est ajouter un maillon à une chaîne de solidarité, plutôt qu’à celle de l’asservissement.

C’est pourquoi, chères amies, il me tarde de vous entendre, et que je me réjouis avec vous que la défense des droits des femmes n’est plus le souci de quelques-unes, mais fait l’objet d’une mobilisation qui transcende de plus en plus les sexes, les âges, les cultures.

C’est là, je crois, un grand signe d’espoir.

Et maintenant, à vous la parole!