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ARCHIVÉE: Discours à l'Université Fudan - Shanghai

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Discours à l’Université Fudan

Shanghai, le mercredi 30 juin 2010

Tout d’abord, j’aimerais au nom des Canadiennes et des Canadiens présenter toutes mes sympathies aux familles des victimes ensevelies sous la terrible coulée de boue qui a fait des milliers de sinistrés dans la province de Guizhou et forcé le déplacement de millions de personnes.

Une épreuve pour la Chine que nous suivons attentivement et qui ne nous laisse pas indifférents. Soyez assurés de notre solidarité.

La polyglotte que je suis aurait beaucoup aimé s’adresser à vous en chinois aujourd’hui. Mais je n’ai pas pu réaliser ce rêve. Aussi je me contenterai d’alterner du français à l’anglais, qui sont les deux langues officielles du Canada.  Permettez-moi tout de même de vous dire de bon cœur : Ni-How!

C’est un honneur insigne et un grand bonheur que d’amorcer cette visite en République populaire de Chine que j’entreprends aujourd’hui à titre de gouverneur général du Canada, en m’adressant aux étudiants et professeurs de l’une des universités les plus prestigieuses au monde.

Je considère que le progrès de nos sociétés est indissociable de l’essor de ces lieux voués au savoir, à la recherche de solutions aux enjeux de l’heure, au mieux-être collectif, au développement des techniques, à la circulation des idées et, comme nous le rappellent si bien le nom et l’histoire vénérable de votre institution, à faire briller de jour en jour sur nos vies la lumière de la connaissance et, j’ajouterais, de la fraternité.

Je suis d’autant plus heureuse de vous rencontrer en cette année mémorable où le Canada et la République populaire de Chine célèbrent quarante ans de relations diplomatiques.

C’est en 1968 que le Canada annonçait son intention historique de reconnaître officiellement la République populaire de Chine et d’appuyer son adhésion à l’Organisation des Nations Unies.

Or, deux ans plus tard, soit le 13 octobre 1970, le Canada a été parmi les premières démocraties occidentales à établir par voie diplomatique des liens avec votre grand pays, que nos populations n’ont cessé d’approfondir.

Le Canada tient la Chine pour un pays ami et un partenaire stratégique, dont nous ne manquons jamais de reconnaître et de promouvoir l’importance au sein de la communauté internationale.

Ce que nous avons accompli ensemble en quarante ans est remarquable et, pour nous, source de fierté, comme je le mentionnais au président Hu Jintao que j’ai eu la joie d’accueillir, il y a quelques jours à peine, à Rideau Hall, lieu de résidence et de travail du gouverneur général en la capitale, Ottawa.

Bien sûr, il existait des liens entre nos deux pays bien avant 1970, comme en font foi, au siècle dernier, deux exemples de solidarité chers à nos peuples.

Celui de Norman Bethune, ce chirurgien canadien héroïsé par le président Mao, qui s’est appliqué d’une manière inlassable à soigner nombre de blessés.

Et celui de l’envoi par le Canada, en 1961, en pleine guerre froide, de céréales à la population chinoise frappée alors par une famine dévastatrice.

C’est également le Canada qui, à cette époque, a appuyé inconditionnellement votre demande pour joindre les Nations Unies, un geste qui a eu l’effet d’entraîner 30 pays à suivre notre exemple et à échanger des ambassadeurs avec la Chine, conformément à ce qu’on appelait alors la « méthode canadienne ».

C’est grâce à de tels exemples de complicité que nos peuples ont érigé au fil du temps les fondations d’une amitié que nous estimons précieuse et prolifique.

Aujourd’hui, la Chine est notre deuxième partenaire commercial et la troisième destination pour les exportations de marchandises en provenance du Canada.

Par ailleurs, de la région de l’Asie-Pacifique, la Chine est le plus important investisseur au Canada.

En cette année marquante de nos relations et en vue d’accroître notre présence chez vous, le Canada a inauguré six nouveaux bureaux commerciaux pour aider les entreprises canadiennes à Shenyang, Qingdao, Nanjing, Wuhan, Chengdu et Shenzen.  Ce qui devrait stimuler le partenariat sino-canadien.

De plus, des initiatives de recherche en science et en technologie, conclues entre nos deux pays, nous permettent d’explorer de nouvelles possibilités d’innovation, qui sont autant de promesses d’une prospérité accrue dans des domaines névralgiques comme la biotechnologie, l’énergie et l’environnement, l’agro-industriel et les bioproduits, ou les télécommunications.

Dans un univers de plus en plus complexe, le temps est venu de penser à l’avenir et donc de voir comment nous envisageons les quarante prochaines années de notre amitié.

Quelles sont les perspectives les plus prometteuses autour desquelles nous pouvons renforcer stratégiquement nos liens et les diversifier? La réflexion est déjà bien engagée, les fondations sont solides, et les mécanismes de collaboration sont bien établis.

Mais cet exercice est important.

Car le monde dans lequel nous vivons exige désormais que nous travaillions de plus en plus étroitement à trouver des solutions communes à des enjeux qui concernent l’ensemble de la planète.

Comme l’écrivait si justement et avec tant de sensibilité l’écrivaine canadienne d’origine chinoise et native de Shanghai, Ying Chen, « chacun de nous est un mince ruisseau qui se jette dans la mer où se retrouve l’humanité entière. »

S’il nous faut continuer à penser ensemble le monde, il nous faut tout autant nous donner les moyens de le comprendre et d’agir sur lui, de telle sorte que réflexion et action se conjuguent et participent à l’affirmation d’une conscience qui embrasse toute l’étendue de l’expérience humaine, où qu’elle s’enracine.

À cet égard, la collaboration entre le Canada et la République populaire de Chine est un modèle prometteur, que nous avons la responsabilité de faire fructifier en poursuivant les dialogues de haut niveau qui se sont instaurés dans des secteurs cruciaux pour nos sociétés et, disons-le, pour l’avenir de l’humanité, l’humanisation de l’humanité, notamment la gouvernance, les droits humains, l’État de droit, l’administration publique, l’environnement et le développement durable, la santé, la coopération multilatérale, la paix et la sécurité, les changements climatiques, les échanges académiques et culturels.

En décembre 2009, la visite en Chine du premier ministre du Canada, le très honorable Stephen Harper, a reconfirmé notre volonté commune de multiplier les occasions de coopération.

C’est dans cet esprit que le Canada se réjouit de s’être vu octroyer le statut de destination approuvée par la Chine, ce qui facilitera de beaucoup les contacts et les échanges entre nos peuples. Nous devons en effet être liés plus profondément.

D’ailleurs, l’occasion est belle de me réjouir devant vous que plus de 42 000 étudiantes et étudiants chinois fréquentent les institutions académiques canadiennes, et il faut encourager ces rencontres dans les deux sens puisqu’elles représentent, à mes yeux, la voie de l’avenir, comme en témoignent les projets de recherches et les programmes scolaires menés de concert par des institutions comme la vôtre et des universités canadiennes.

Il est opportun de préciser que le chinois est la troisième langue la plus parlée au Canada, après l’anglais et le français, les deux langues officielles de notre pays, comme je l’affirmais au début, et que l’on recense de nos jours plus d’un million de Canadiennes et de Canadiens d’origine chinoise qui constituent en fait le plus grand groupe ethnique non européen au Canada.

J’ajouterai en outre que la Chine a contribué à édifier le Canada d’aujourd’hui que nous voulons inclusif, et dont nous sommes si fiers.

Durant la majeure partie du 19e siècle, les premiers immigrants chinois ont travaillé durement, dans des conditions souvent difficiles, voire inacceptables, comme main-d’œuvre bon marché et captive, cible facile de préjugés enracinés, pour construire le chemin de fer qui a unifié le Canada d’est en ouest.

En 2006, le Canada a fait amende honorable et reconnu publiquement le sort déplorable fait à ces travailleurs et à leurs familles. Des excuses officielles ont également été présentées aux survivants et aux descendants, et il y a eu réparation.

Les contributions de nos compatriotes d’origine chinoise sont immenses et touchent tous les aspects de notre réussite collective, et elles sont célébrées par les Canadiennes et les Canadiens d’un océan à l’autre de notre vaste pays.

La force du Canada réside justement dans notre capacité de tirer des leçons de nos erreurs et nous améliorer. Nous, Canadiens, ne sommes pas infaillibles, et il nous apparaît crucial de ne jamais cesser de nous interroger sur notre vivre-ensemble et la façon de l’améliorer, sur la façon dont nous voulons réaliser ensemble, sur notre façon d’avancer ensemble.

À cette fin, nous avons mis en place plusieurs mécanismes, comme la Charte canadienne des droits et libertés qui nous permettent de contrer plus efficacement les exclusions, les injustices, les iniquités.

Cette Charte est pour nous le  texte fondateur de notre modernité, car elle affirme haut et fort notre aspiration commune à la paix ainsi qu’à l’harmonie sociale et à la stabilité.

La force du Canada repose également sur une société civile dynamique, innovatrice et créative, composée des secteurs culturels, d’organisations citoyennes et d’autres organisations non gouvernementales qui rehaussent sans cesse nos efforts visant à devenir une société plus harmonieuse, plus productive et plus prospère.

Nous, Canadiens, sommes convaincus que notre diversité est notre plus grande richesse et ce sont ces mêmes valeurs d’ouverture que nous défendons partout dans le monde.

Moi qui suis née dans le pays le plus pauvre des Amériques, Haïti, qui suis arrivée au Canada avec mes parents réfugiés politiques, et qui ai pu me hisser à la plus haute fonction de mon pays d’accueil, j’incarne cet idéal-là avec fierté et émotion.

Sachez que ce voyage en Chine que j’amorce en votre présence est sous le signe de l’amitié.

Au nom de mes compatriotes canadiennes et canadiens — dont plus d’un million est d’origine chinoise, ce qui n’est pas banal pour une population de 34 millions d’habitants — je tiens à vous dire que ce que vous accomplissez nous importe, tout autant que les défis qu’il vous reste encore à relever.

Ma famille et moi, ainsi que la délégation officielle qui nous accompagne, sommes impatients de vous entendre et d’explorer pas à pas plusieurs aspects de la réalité des promesses et des aspirations de la Chine d’aujourd’hui.

Nous le ferons d’un lieu à l’autre.

Ici, à Shanghai, ville de tous les superlatifs, l’une des plus grandes mégalopoles au monde et hôtesse d’une exposition universelle; ensuite à Guangzhou, l’une des villes les plus productives de Chine et d’où sont en grande partie originaires les Canadiens chinois; à Chengdu, sur les lieux mêmes du terrible séisme de 2008, qui a bouleversé les Canadiennes et les Canadiens qui ont eu à cœur d’apporter soutien et main-forte aux sinistrés.

Et enfin, à Beijing, où je poursuivrai avec le président Hu Jintao ma discussion sur les moyens d’accroître, d’approfondir et de diversifier les relations déjà fructueuses entre nos deux pays.

Ce sont là les quatre points cardinaux de mon voyage d’amitié, une véritable rose des vents.

Je m’attarderai particulièrement aux efforts de reconstruction à Sichuan, étant donné que ma terre natale, Haïti, a également subi un tremblement de terre en janvier dernier à la suite duquel les Canadiennes et les Canadiens ont apporté leur contribution à la reconstruction de ce pays affligé par le malheur.

Le bilan de ce séisme est horrifiant : près de 300 000 morts, des centaines de milliers de blessés et de personnes traumatisées, plus d’un million de sans-abri toujours cantonnés dans des camps de fortune, des villes complètement dévastées, des infrastructures publiques, des universités, plus de 4000 écoles anéanties.

Pour Haïti, un pays sans grandes ressources et de toutes les misères, impossible de s’en sortir sans le renfort de la communauté internationale. Vous savez, comme moi, à quel point la solidarité importe dans tous les efforts de reconstruction.

Demain, sur le site de l’exposition internationale de Shanghai, je participerai à la Journée du Canada qui coïncide avec notre fête nationale, que j’ai l’habitude de souligner aux côtés de mes compatriotes. Si je suis parmi vous aujourd’hui, c’est dire à quel point notre relation avec la Chine est précieuse, et combien nous la chérissons.

Encore une fois, après les spectaculaires Jeux olympiques et paralympiques d’été de Beijing, qui ont précédé les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de Vancouver en février dernier, cette année propulse la Chine au zénith des rencontres internationales, avec la tenue de l’exposition universelle de Shanghai, la plus grande jamais organisée, à laquelle le Canada est honoré de participer.

Tout comme Montréal en 1967, la ville où j’ai vécu pendant de nombreuses années, Shanghai, à laquelle la métropole québécoise est jumelée, saura, nous en sommes convaincus, orchestrer un moment fort de solidarité mondiale et réaffirmer notre appartenance commune à un monde que nous devons protéger et célébrer ensemble dans toute sa diversité et sa richesse.

Il est extraordinaire que cette possibilité inouïe de resserrer nos liens de solidarité et de valoriser nos apports singuliers au patrimoine de l’humanité se déroule dans l’Empire du Milieu, l’une des civilisations les plus anciennes et illustres que le monde ait connue.

Permettez-moi de conclure ces remarques par une leçon de géographie quelque peu fantaisiste que j’ai rapportée à votre président la semaine dernière.

Cette leçon a marqué mon imagination et l’imagination de quantité d’élèves canadiens de l’école primaire à qui l’on demandait de fixer une carte du monde étalée sur le tableau vert.

On nous disait qu’il suffirait de trouer la Terre de part en part, n’importe où au Canada, pour arriver en Chine.

J’en avais déduit, dans ma tête d’enfant émerveillée, que nous étions des voisins des antipodes.

C’est ainsi, chers amis, que même si c’est la première fois que je viens en Chine, je me sens chez vous en terre de voisinage et parmi des amis de cœur.

Des amis avec lesquels nous pouvons nous engager sans entraves à réinventer le monde, pour le bien du plus grand nombre.

Des amis dont j’ai pu constater les prouesses de bâtisseurs d’infrastructures à l’occasion de mes déplacements officiels en Amérique latine et en Afrique.

Des amis avec lesquels nous voulons enrichir le dialogue des civilisations, accroître les échanges culturels et les liens commerciaux et élargir les relations entre les habitants des deux pays.

Des amis qui nous rappellent, selon la si belle et si profonde phrase, proverbialisée par la sagesse chinoise, que « le fond du cœur est plus loin que le bout du monde ».

Merci de votre attention et vive l’amitié entre le Canada et la République populaire de Chine!