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ARCHIVÉE: Discours devant les membres de l’Assemblée nationale et du Sénat de la République démocratique du Congo

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Discours devant les membres de l’Assemblée nationale et
du Sénat de la République démocratique du Congo

Kinshasa (RDC), le lundi 19 avril 2010

Je suis ravie de cette occasion qui m’est donnée de prendre la parole devant cette auguste assemblée et je vous remercie de la chaleur de l’accueil que vous me réservez.

Je tiens à saluer par la même occasion toutes les Congolaises et les Congolais qui sous la pluie battante se sont massés sur tout le parcours de l’aéroport jusqu’en ville pour nous souhaiter la bienvenue avec cœur, avec joie. Je suis heureuse que nous ayons ainsi l’occasion de nous rencontrer.

Cette première visite d’État du Canada chez vous, en République démocratique du Congo, nous tient particulièrement à cœur.

Pourquoi?

Parce que nous estimons que l’Afrique a grand besoin que la paix et la sécurité prévalent en République démocratique du Congo, et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs. Nous croyons que l'essor même de tout le continent africain en dépend.

Toute notre coopération vise à appuyer ce grand rêve aux cotés des femmes, des hommes et des jeunes qui le chérissent, travaillent et l'appellent de tous leurs vœux.

Je suis ici pour vous dire que les Canadiennes et les Canadiens sont solidaires de vos efforts, des efforts déployés par les Congolaises et les Congolais en ce sens.

Faut-il rappeler que le Canada a été le premier pays à rouvrir son ambassade à Kinshasa en 1997, après les années de conflit.

Nous savons combien ces années ont été éprouvantes, difficiles et ce qu’il vous en coûte pour en émerger.

C’est la troisième fois que je viens en Afrique, et je constate qu’un vent de changement souffle sur ce continent.

En 2006, lors de mes premières visites d’État à titre de gouverneur général du Canada, qui m’ont conduite en Algérie, au Mali, au Ghana, en Afrique du Sud et au Maroc, j’ai voulu identifier les forces qui représentaient l’Afrique de tous les espoirs.

J’ai vu de mes yeux, vu qu'au cœur même de ces espoirs, il y a la femme africaine.

L’an dernier, au Liberia, à l’invitation de la première femme du continent à être élue à la tête d’un État, Son Excellence Ellen Johnson-Sirleaf, j’ai participé au Colloque international sur le renforcement des capacités des femmes, le développement du leadership et de la sécurité.

J’arrive du Sénégal, qui célèbre aussi cette année le cinquantenaire de son indépendance, et j’ai été saisie par le dynamisme d’une société civile engagée dans tous les secteurs et où les femmes ont leur mot à dire.

Partout, sur mon passage, du nord au sud, et cette fois-ci de l’ouest au cœur, j’ai vu de mes yeux les Africaines porter le continent sur leurs épaules, et je suis convaincue que c’est par elles que passera la renaissance de l’Afrique.

Donnez des moyens aux femmes de vivre en sécurité et dans la dignité.

Donnez des moyens aux femmes d’agir.

Et, comme j’aime à le répéter, vous verrez reculer la violence, la corruption, la pauvreté, la maladie, l’injustice, l’analphabétisme.

C’est en donnant des moyens aux femmes que l’on donne aux familles, aux communautés, au pays auquel elles appartiennent, à la nation tout entière, des chances d’une vie meilleure et plus juste, des chances d'avancer et de prospérer.

Je sais que dans la région des Grands Lacs, la voix des femmes a transcendé les frontières, les divisions, la cupidité, pour rétablir le dialogue et contrer la haine.

Il m’importe de leur rendre hommage ici aujourd’hui.

Je le fais avec d’autant plus de conviction que la femme qui se tient devant vous a consacré plusieurs années de sa vie à combattre l’exclusion et la violence faite aux femmes et aux filles car, pour être éminemment condamnable, ce fléau sociétal n’est pas exclusif à une seule région du monde.

Je suis aussi une femme noire des Amériques, née dans l’un de ses pays les plus pauvres, Haïti, et dont les racines plongent dans ce continent africain d’où mes ancêtres ont été arrachés pour être réduits à l’esclavage. 

Je suis aussi la mère d’une petite fille de dix ans.

Et je suis gouverneure générale et commandante en chef d’un pays de tous les possibles, le Canada, qui veut croire en vos espoirs de stabilité, de paix et de justice et n'a de cesse de les accompagner.

C’est donc à tous ces titres que je m’adresse à vous aujourd’hui, distingués membres de l’Assemblée nationale et du Sénat de la République démocratique du Congo.

Sachez que l’une des valeurs chères aux Canadiennes et aux Canadiens est l’égalité de la femme et de l’homme, et nous nous réjouissons que la liberté de la femme, son droit à l’éducation et sa participation au pouvoir politique soient reconnus formellement dans la Constitution de votre pays.

Nous applaudissons également aux efforts déployés pour promouvoir les droits de la femme congolaise dans vos programmes et plans nationaux.

Comme vous, nous estimons qu’il n’y a pas de démocratisation ni d’avancement possible sans la reconnaissance du rôle des femmes dans le développement des sociétés et sans l’assurance que leur intégrité physique et psychologique est protégée.

Or, vous le savez mieux que nous, il se vit dans plusieurs régions du pays une crise dont le degré d’horreur est inouï.

Une crise qui ne nous laisse pas indifférents.

Une crise qui piège les femmes et les enfants, et qui suscite partout de vives inquiétudes.

Je suis convaincue de votre volonté d’en finir avec une histoire tourmentée et des années de guerre, qui ont laissé des séquelles profondes dans la population, mais les tueries et les crimes se poursuivent en certains points chauds du territoire congolais et continuent de vous affliger.

Cette recrudescence de la violence constitue un terreau fertile pour la violation des droits les plus fondamentaux, notamment ceux des plus vulnérables, c’est-à-dire les femmes, les jeunes et les enfants à la merci des groupes armés.

Comme en fait foi le constat du Rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, que vous avez accueilli chez vous en octobre dernier : « Le fait, affirme-t-il, est que le nombre et la gravité des attaques ne s’estompent pas et semblent même s’aggraver. La violence sexuelle à grande échelle continue de sévir… »

Notamment dans l'est du pays on parle, dans certains cas, de graves violations du droit international humanitaire, voire de « crimes contre l’humanité », rapportait le mois dernier l’Organisation des Nations Unies.

Nous toutes et tous ici présents savons que l’ampleur des violences sexuelles atteint des proportions endémiques.

Qu’elles sont utilisées comme armes de guerre pour humilier les femmes, voire les détruire sans scrupules. Elles sont utilisées pour terroriser et annihiler toute une population.

Qu’elles sont en partie responsables de la propagation de maladies comme le VIH/SIDA, dont le coût social est incommensurable.

Que les enfants et les jeunes en sont aussi victimes, eux qui représentent plus de la moitié de la population, eux sur qui se fonde l’espoir d’une République démocratique du Congo enfin pacifiée.

Dans votre Constitution, vous avez tenu à reconnaître, et je vous en félicite, que toute violence sexuelle faite sur toute personne, dans l’intention de déstabiliser, de disloquer une famille et de faire disparaître tout un peuple, représente un crime contre l’humanité et est passible de condamnation.

Comme vous, chers amis, le Canada condamne ces violences qu’il juge inacceptables, indignes, déshumanisantes. 

Madame la ministre du Genre, de la famille et de l’enfant, je salue cette campagne vigoureuse que vous menez sous le thème « Je dénonce et je dis non! » Et tout le travail que vous faites pour la parité.

Aux souffrances et au courage de toutes les victimes, nous n’avons d’autre choix que de répondre par une plus grande solidarité et une meilleure coopération.

Solidarité et coopération avec vous, qui avez engagé votre pays sur la voie lumineuse de la démocratie, et qui avez la responsabilité de le faire progresser.

Solidarité et coopération avec la communauté internationale qui ne peut ignorer  cette tragédie qui se déroule au cœur même de l’Afrique, son cœur battant, trop souvent en toute impunité.

Solidarité et coopération avec les organismes qui œuvrent sur le terrain auprès des victimes de violences sexuelles et auxquels le Canada apporte son appui.

Solidarité et coopération avec les bâtisseurs et les bâtisseuses de la société civile congolaise, toutes et tous artisan de la paix qui se construit pas à pas, un geste à la fois, une action, un mot à la fois, les forces de vie qui se donnent corps et âme pour l'éducation, la sante, l'équité, la justice, le développement économique, l'harmonie sociale dans ce pays qui le mérite. Ce pays si riche en ressources naturelles, riche de tant de femmes, d'hommes et de jeunes de qualité. Et là est sa beauté.

Solidarité et coopération, j'insiste, avec les femmes congolaises, dont nous saluons le courage, et qui aspirent à plus de sécurité, de justice, d’égalité et de possibilités non seulement pour elles et pour leurs enfants, mais pour le plus grand nombre, pour la nation. J’ose dire, car il en est ainsi, pour une humanité que nous voulons plus humaine.

C’est ce qu’affirmait sans détour la militante reconnue de la lutte contre les violences sexuelles, Bernadette Ntumba, lors de son passage au Canada, l’an dernier : « Les choses vont changer, a-t-elle dit, si tout le monde s’implique : la société civile, le gouvernement et la communauté internationale. »

À cet égard, je me réjouis que,  dans le programme d’action régional sur les questions humanitaires et sociales de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, vous vous soyez engagés à « prévenir, éradiquer et punir toutes les formes de violence, d’exploitation et d’abus contre les femmes, les filles et les jeunes garçons et, ce faisant, à fournir l’assistance aux survivants ».

Certes, il s’agit là d’un gage d’espoir sur lequel nous devons miser.

C'est dans cet esprit que le Canada a contribué et continue à contribuer à plusieurs programmes en vue d'aider les femmes congolaises victimes de violence sexuelle à se rétablir, à se reconstruire, à participer à des activités génératrice de revenus et, surtout, à témoigner, à dénoncer, à porter plainte.

Depuis 2006, plus de 36 000 Congolaises ont bénéficié de ces programmes, et nous espérons en rejoindre beaucoup d'autres en collaboration avec nos partenaires congolais de la société civile.

Tous les combats que nous menons pour le respect des droits des femmes sont, à mon sens, purement et simplement, une affirmation de la dignité humaine.

C’est donc en misant ensemble sur les forces collectives des femmes, et des hommes qui croient en leur égalité, que nous triompherons des forces de la destruction.

C’est, du moins, le vœu que je formule devant vous, en toute fraternité, en cette année du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo. 

Je suis impatiente d’aller à la rencontre des populations et de la société civile congolaises, notamment dans la région de Goma, pour entendre et voir quelles sont les solutions mises de l’avant pour en finir une fois pour toutes avec cette violence inacceptable parce que dévastatrice.  Il y va de la paix que nous souhaitons ardemment pour le Congo.

Je vous remercie chaleureusement de votre écoute et souhaite de tout cœur paix, bonheur, sécurité et prospérité à toutes les Congolaises et à tous les Congolais. Et si nous sommes ici à vos cotés, c'est que nous y croyons.