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ARCHIVÉE: Prix pour l'excellence en enseignement de l'histoire canadienne

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Remise des Prix du Gouverneur général pour l’excellence
en enseignement
de l’histoire canadienne

Rideau Hall, le vendredi 20 novembre 2009

Quel plaisir de vous accueillir dans cette résidence où l’histoire est partout présente sous nos yeux. Soyez les bienvenus.

Nous sommes réunis pour rendre hommage à de fins pédagogues, des femmes et des hommes passionnés qui conçoivent leur salle de classe comme un théâtre.

Un théâtre où se déploie toute l’étendue de l’expérience humaine accumulée au fil du temps, pour l’enrichissement de leurs élèves.

Nous sommes ici également pour saluer le travail exceptionnel accompli sur deux fronts : celui de l’histoire populaire et celui de la recherche académique.

Applaudissons chaleureusement les lauréats des Prix Pierre Berton et Sir John A. MacDonald, Paul Gross et Ian McKay.

Parmi nous se trouvent aussi des jeunes.

Des jeunes si mordus d’histoire déjà qu’ils ont remporté des prix et des concours chapeautés par la Société nationale d’histoire du Canada et d’autres organismes voués à l’histoire.

Puis-je vous demander de vous levez-vous qu’on vous voit et qu’on vous applaudisse?

Nous voulons tous que la génération qui marche dans nos pas ait de meilleures conditions de vie que celles que nous avons connues. Qu’elle ait les moyens, l’envie et l’audace d’aller plus loin que nous sommes allés, en tirant profit et leçon de nos expériences.

Or, vous le savez, les préjugés sont parfois si tenaces et les haines si opiniâtres qu’il arrive que les abus, les injustices et les conflits d’hier se reproduisent dans le présent et hypothèquent l’avenir de celles et de ceux qui nous suivent.

C’est pourquoi il ne faut jamais reculer lorsque l’occasion se présente de reconnaître nos zones d’ombre et de réparer une injustice de l’histoire.

C’est là, je crois, notre plus grande responsabilité envers la génération qui nous suit et qui ne rêve que d’un monde meilleur et plus juste. C’est là notre responsabilité la plus exigeante aussi.

Je reviens d’un périple dans le sud-est de l’Europe, en Slovénie, en Croatie et en Grèce.

C’est une région du monde où la mémoire de la dictature, des conflits et des guerres fratricides reste vive, mais où les populations ont fait le vœu d’avancer ensemble sur le chemin de la réconciliation et de renforcer les piliers de la démocratie.

Les femmes, les hommes et les jeunes que j’ai rencontrés là-bas savent à quel point leur avenir collectif dépend de leur capacité à reconnaître les outrages du passé et à les transcender.

En Croatie, en particulier, dans la ville de Vukovar, j’ai pu rencontrer les élèves d’une école secondaire, en compagnie du président Mesić.

Ces jeunes d’origines croate et serbe étudient, vivent ensemble, dans une ville où sont profondément inscrites les affres de la guerre qui avait divisé leurs parents et leur communauté.

Sur tous les murs de Vukovar, on voit encore la marque des balles et des roquettes. Il y a quantité d’édifices éventrés, un vaste cimetière où gisent des centaines d’hommes et de femmes emportés par une guerre haineuse et fratricide, en plus de nombreuses fosses communes dont les victimes n’ont pas encore été identifiées.

Ces jeunes vivent au cœur des outrages. Tout est là pour en témoigner. Et ils savent à quel point les liens qu’ils sont en train de reconstruire sont fragiles et précieux.

L’histoire est là pour nous le rappeler : le monde dans lequel nous vivons est le résultat d’une évolution parfois tourmentée, souvent déchirante, rarement pacifique, comme l’évoque si bien d’ailleurs Paul Gross dans son film Passchendaele.

Certains chapitres sont lumineux et glorieux ; d’autres sombres et accablants.

Ici, au Canada, nous sommes justement en train de faire la lumière sur l’un de nos chapitres les plus douloureux, celui des pensionnats autochtones.

Il faut savoir que, pendant plus d’un siècle, des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leur famille, à leur communauté, puis soumis à des mesures d’assimilation forcée et, dans de nombreux cas, à diverses formes de violence, d’humiliation et d’abus.

Impossible, à mon sens, de bien cerner la réalité des peuples autochtones aujourd’hui et la nature de nos rapports les uns avec les autres sans comprendre cet épisode tragique de notre histoire collective et reconnaître les torts subis.

Par la déportation massive de leurs enfants vers les pensionnats, les peuples autochtones ont été dépossédés de leurs langues, de leurs cultures, de leur dignité; ils ont été dépossédés des liens précieux, vitaux et affectifs entre les générations; ils ont été dépossédés de la transmission des savoirs ancestraux.

Du coup, nous avons nous aussi, non-autochtones, été dépossédés d’une riche possibilité, celle d’apprendre et de grandir au contact de toutes ces cultures, d’apprécier et de partager l’esprit, la beauté et la sonorité de leurs langues, leur profonde connaissance du territoire, leur vision du monde, leur parcours, leur expérience millénaire.

Autochtones et non-autochtones ont été dépossédés d’un héritage unique et riche, de la possibilité d’apprendre les uns des autres et de grandir ensemble.

À la place, on a vu s’ériger les murs de l’oubli et de l’ignorance qui perpétuent l’indifférence.

Ce fut la séparation de deux mondes, ici même, dans notre pays : d’un côté, le développement, de l’autre, le sous-développement chronique.

La Commission de vérité et de réconciliation qui parcourra le pays au cours des cinq prochaines années m’a fait l’honneur de me nommer Témoin spécial, et j’ai accepté d’assumer pleinement cette responsabilité.

Mais cette responsabilité ne revient pas qu’à moi.

Je la partage avec l’ensemble de la population, et je souhaite vivement que les Canadiennes et les Canadiens, autochtones et non-autochtones, seront nombreux au rendez-vous lors des séances que tiendra la Commission.

On ne peut combattre les injustices, les préjugés et le racisme encore à l’œuvre dans notre société sans en questionner les origines.

Combien de nos rapports ont été dénaturés par des systèmes et des pratiques qui niaient les droits des uns en raison de leurs différences ?

Laissez-moi vous donner un exemple.

J’ai tenu ici même, en mars 2007, un forum jeunesse en vue de souligner le Bicentenaire de la loi d’abolition de la traite des esclaves dans l’Empire britannique.

Il est bon de rappeler que les Canadiennes et les Canadiens ont joué un rôle actif dans ce mouvement global de reconnaissance des principes universels de la justice et de la liberté.

Vers la fin du 18e siècle, les citoyens et les législateurs du Bas‑Canada étaient de plus en plus nombreux à demander l’abolition de l’esclavage.

Quant au Haut-Canada, il est devenu, sous le leadership du lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe, le premier territoire de l’Empire britannique à adopter une loi pour libérer les esclaves.

À ce forum, les jeunes en sont arrivés à cette conclusion : même si le Canada fait figure de modèle en matière de démocratie, d’harmonie interraciale et d’égalité, nous ne saurions nier que ces décennies de ségrégation et d’esclavage ont laissé des séquelles de racisme et d’exclusion qui se manifestent dans nos collectivités encore de nos jours.

Et pourquoi célébrons-nous chaque année ici, dans cette salle, les Prix du Gouverneur général pour l’affaire « personne », sinon pour célébrer la lutte des femmes pour la reconnaissance de leurs droits et rappeler ce qu’il reste à faire pour détruire les stéréotypes et les préjugés sexistes qui remontent à un temps pas si lointain où nous, les femmes, n’étions même pas considérées comme des personnes devant la loi?

Cela dit, c’est avec fierté que je me tiens devant vous aujourd’hui à titre de gouverneur général et de commandante en chef du Canada, moi femme, femme noire, dont les ancêtres étaient des esclaves.

Certes, nous avons réalisé de grands progrès et nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli collectivement.

Mais il nous faut rester vigilant, toujours.

Certes, c’est à l’aune de l’histoire qu’il nous faut tenter d’expliquer les réalités contemporaines.

À l’aune d’une histoire soucieuse de la vérité.

Or, s’il est vrai que les faits et les événements ne tranchent pas, qu’ils sont ni justes ni injustes, ni bons ni mauvais, ils suscitent des réflexions qui répondent à des préoccupations de notre temps, des préoccupations que partagent nos jeunes.

Aux interrogations de nos jeunes, vous, lauréates et lauréats, donnez une perspective historique sans laquelle nulle compréhension du présent et nulle vision de l’avenir ne sont possibles.

Une perspective historique qui permet à vos élèves de mieux définir la place qu’ils tiennent dans ce monde et le rôle qu’ils veulent y jouer et les gestes à poser en vue de l’améliorer.

Aujourd’hui, nous vous disons merci. Merci d’accomplir ce travail si essentiel auprès de nos enfants et de nos jeunes, avec passion, avec imagination, avec dévouement.

Merci de propager le goût de l’histoire, une histoire en perpétuelle mouvance, en perpétuel devenir, que la prochaine génération sera appelée à enrichir de ses interprétations, de ses expériences, de ses rêves, de son apport singulier.