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ARCHIVÉE: Discussion sur la préservation de la culture et du patrimoine - Croatie

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Discussion sur la préservation de la culture et du patrimoine dans une société ouverte

Dubrovnik (Croatie), le lundi 26 octobre 2009

Je me tiens devant vous dans l’un des hauts lieux du riche patrimoine de la côte Adriatique, un lieu reconnu pour sa luminosité, sa beauté, son histoire.

Nous sommes au confluent des mondes slave et méditerranéen, de l’Occident et de l’Orient, dans une ville qui porte en elle les traces de son passé, des peuples qui l’ont convoitée, de ceux qui s’y sont installés, des cultures qui l’ont façonnée, des influences qui l’ont traversée.

Du haut des remparts où je me suis rendue hier, le regard embrasse des siècles d’une expérience.

Et j’ai été si émue, hier, lorsque le maire m’a dit qu’il y a six cents ans, dans cette ville même, la cité État de Dubrovnik, la pratique de l’esclavage a été condamnée, une première dans l’histoire du monde.

Mais impossible de venir à Dubrovnik sans que son histoire récente nous revienne à l’esprit.

Nous avons craint le pire après que des tirs d’obus eurent endommagé la vieille ville lors du conflit armé qui a suivi la déclaration d’indépendance de la Croatie.

Celle qu’on dit la rivale de Venise a été touchée en plein cœur : son héritage séculaire a été menacé de destruction, comme nous le rappelle le Mémorial de la guerre que j’ai pu visiter un peu plus tôt.

La ville a été assiégée pendant des mois et des mois, incendiée, sans eau ni électricité, la panique dans les rues.

L’Apocalypse au quotidien, en fait.

Sitôt la paix revenue, la reconstruction a commencé sans tarder, grâce à la mobilisation des forces vives de votre société, des experts en restauration et d’un plan global mis en œuvre par l’Unesco, qui avait inscrit Dubrovnik sur la liste du patrimoine mondial en 1979.

Vous avez respecté le plus rigoureusement possible le principe d’authenticité, alors même que tous les vieux métiers ont quasi disparu.

De la même manière que l’on construit un édifice pierre par pierre, vous avez aussi dû rebâtir les valeurs que Dubrovnik a toujours défendues : l’ouverture, la paix et la tolérance.

D’aucuns reconnaissent que vous avez relevé en peu de temps un défi colossal sur les chemins de la reconstruction et la réconciliation.

Je crois que nous avons beaucoup à apprendre de vous.

De vous qui êtes les dépositaires d’un héritage plus que millénaire.

De vous qui avez une conscience profonde de la responsabilité qui vous incombe de protéger ce trésor, un trésor que vous avez en partage avec l’humanité.

Or, aux dangers que posent les conflits armés, les catastrophes naturelles, les vols ou les pillages s’ajoute de nos jours celui du développement à tout crin, sans souci de l’environnement et de la communauté humaine où il s’inscrit.

Peut-être plus que jamais à l’heure de la spéculation immobilière, de l’étalement urbain et du tourisme à grand déploiement, faut-il avoir une conscience aiguë de l’histoire et du poids de nos décisions.

À cet égard, l’université où nous nous trouvons, la plus jeune université de Croatie, démontre avec éclat qu’il est possible de répondre aux contraintes de la vie urbaine et de concilier modernité et tradition.

Partout sur la planète, les cultures et les patrimoines sont menacés par la standardisation, l’uniformisation et la marchandisation auxquelles nous pousse la mondialisation des marchés.

Soyons toujours vigilants face à cette mondialisation qui, selon une logique strictement commerciale, risquerait d’agir comme un rouleau compresseur.

En certaines régions du globe, et c’est le cas chez nous, au Canada, c’est la préservation du patrimoine immatériel qui est un enjeu devenu une urgence.

Plus précisément la préservation des langues, des cultures et des modes de vie ancestraux des premiers peuples, de plus en plus soumis aux pressions de la modernité.

C’est tout un art de vivre et de concevoir le monde qui risque de disparaître s’il l’on n’y prend garde.

Il importe de mettre hors du temps, à l’abri des périls qui le guettent, cet héritage commun à l’humanité que représentent les traces tangibles et intangibles de notre passage dans le monde.

Car ces traces sont les témoins privilégiés de toutes ces choses inscrites dans les profondeurs de notre mémoire collective et qui constituent la richesse des civilisations.

Dans cette ville magnifique qu’est la vôtre, où le passé s’offre au regard, au toucher et aux sens, chaque fragment restitue les murmures et les traits d’une civilisation.

À contempler Dubrovnik nous vient un sentiment profond : celui d’appartenir à une humanité ingénieuse, virtuose, prodigieuse.

Nous vient aussi l’espoir que s’établissent entre les cultures du monde un véritable dialogue, fondé sur les valeurs qui nous rassemblent plutôt que sur les frontières qui nous séparent.

Je souhaite que cette discussion enrichisse notre réflexion sur les moyens de préserver ce trésor inestimable que sont nos cultures et notre patrimoine.

Une fois encore, Monsieur le maire, permettez-moi de vous féliciter, et par le fait même tous les habitants de cette ville, pour avoir préservé une telle merveille, avec autant de vision et de rigueur.

Je vous remercie.