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Nouvelles

ARCHIVÉE: Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean
Discours à l’occasion du forum étudiant : « De l’abolition de la traite des esclaves à l’élimination de la discrimination raciale »

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Rideau Hall, le mercredi 21 mars 2007

Bonjour et merci d’avoir bien voulu vous joindre à moi pour souligner le Bicentenaire de la Loi d’abolition de la traite des esclaves dans l’Empire britannique.

Cet anniversaire est d’une grande importance, car il commémore le jour où la traite des esclaves et l’esclavage sont devenus des pratiques illégales sur le territoire canadien.

Ces derniers jours, j’ai beaucoup réfléchi à cette période critique de notre histoire collective.

Je compatis à la douleur des femmes et des hommes sans nombre qui ont été transportés de force de l’autre côté de l’Atlantique.

Je compatis à la tristesse de ces millions d’autres dont les corps gisent au fond de l’océan.

Je compatis à la colère des Autochtones qui se sont retrouvés esclaves sur leur propre terre.

En tant qu’arrière-arrière-petite-fille d’esclaves africains et autochtones, ces récits de souffrance et d’exploitation m’ont profondément bouleversée, me rappelant le combat qu’ont mené les esclaves haïtiens en 1804 pour établir la première république noire au monde.

Ces récits m’ont également rappelé ma visite d’État au Ghana, il y a à peine trois mois, quand je me suis arrêtée devant la « Porte du non-retour » au château d’Elmina.

Cela étant dit, le Bicentenaire est également une grande source d’inspiration. Les récits héroïques relatant les actes d’audace et de courage posés par des citoyens et des non-citoyens déterminés à abattre les murs de l’injustice et de la tyrannie m’ont vivement émue.

Une simple signature au bas d’un document a changé le cours de l’histoire humaine.

La traite d’êtres humains ne serait plus jamais admise.

L’indifférence à la vue de personnes réduites en esclavage ne serait plus défendable.

La dignité intrinsèque des personnes d’ascendance africaine ou autochtone ne pourrait plus être bafouée.

C’est le 25 mars 1807 que le commerce transatlantique des esclaves a été reconnu pour ce que c’était vraiment : l’un des crimes les plus barbares de l’histoire de l’humanité.

Ce jour-là, une page venait d’être tournée.

Ce jour-là, les voix des femmes et des hommes, esclaves ou libres, ont triomphé des forces brutes de l’intérêt personnel et de la haine.

Ce jour-là, les principes universels de la justice et de la liberté l’ont emporté sur les lois perverses de l’inégalité et de l’exploitation.

Ce jour-là, la voie a été ouverte à la création d’un monde où chacune et chacun pourrait être libre.

Il est bon de rappeler que les Canadiennes et les Canadiens ont joué un rôle actif dans ce mouvement universel, comme l’expliqueront bientôt nos distingués experts.

Vers la fin du 18e siècle, les citoyens et les législateurs du Bas‑Canada étaient de plus en plus nombreux à demander l’abolition de l’esclavage.

Quant au Haut-Canada, il est devenu, sous le leadership du lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe, le premier territoire de l’Empire britannique à adopter une loi pour libérer les esclaves.

Les loyalistes noirs du Canada ont été pour leur part des acteurs déterminés du mouvement grandissant d’esclaves libérés exigeant l’émancipation.

Enfin, le Canada est devenu la plaque tournante du chemin de fer clandestin, un réseau à la grandeur du continent formé de citoyennes et de citoyens engagés, offrant des refuges sûrs aux milliers d’Afro-Américains qui fuyaient l’esclavage aux États-Unis.

Toutefois, malgré ces percées encourageantes, les mentalités n’ont pas évolué du jour au lendemain. La ségrégation a malheureusement perduré, perpétuant les mêmes préjugés et les mêmes pratiques racistes qui avaient donné prise à l’esclavage.

Deux cents ans plus tard, le Canada fait figure de modèle de démocratie, d’harmonie interraciale et d’égalité. En parcourant cette salle du regard, je peux voir la grande diversité qui fait la force de notre pays.

Toutefois, nous ne saurions nier que ces décennies de ségrégation et d’esclavage ont laissé des séquelles de racisme et d’exclusion qui se manifestent dans nos collectivités jusqu’à ce jour.

Or, nous ne voulons pas vivre dans un pays où des gens ne peuvent trouver un emploi décent à cause de la couleur de leur peau.

Nous ne voulons pas vivre dans un pays où des gens éprouvent des difficultés à se faire servir dans des établissements privés à cause de la couleur de leur peau.

Nous ne voulons pas vivre dans un pays où des gens éprouvent des difficultés à se trouver un logement à cause de la couleur de leur peau. Pourtant, ce sont des situations qui se produisent encore parfois aujourd’hui.

Certes, il faut célébrer les immenses progrès que notre pays a accomplis, mais nous devons aussi demeurer vigilants car le spectre du racisme et de l’exclusion nous guette. Ensemble, nous devons faire en sorte que toutes et tous puissent devenir des membres à part entière de notre société.

Aucune société n’est à l’abri de la discrimination raciale. J’estime qu’il est impossible de surmonter les enjeux du présent sans avoir un regard lucide sur les leçons du passé.

C’est pourquoi j’ai décidé, à titre de gouverneure générale du Canada, de convier des jeunes à Rideau Hall pour poursuivre, ensemble, l’œuvre que nos ancêtres ont commencé.

Je souhaite donc, en cette Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, entendre vos commentaires sur ce que signifie pour vous l’abolition de la traite des esclaves.

Je tiens à savoir ce que vous pensez de la discrimination raciale au Canada.

Et surtout, je veux que vous me disiez comment nous, citoyennes et citoyens du Canada, pouvons améliorer nos mentalités, devenir plus solidaires malgré nos différences et bâtir le genre de société offrant à toutes et à tous des chances égales de s’épanouir.

Merci.