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Nouvelles

ARCHIVÉE: Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean
Discours à l’occasion de la Journée internationale de la femme

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Kaboul (Afghanistan), le jeudi 8 mars 2007

J’ai peine à croire que je me retrouve aujourd’hui parmi vous, en Afghanistan. Je suis venue de loin pour livrer un message d'espoir aux femmes de ce pays.

Laissez-moi vous regarder.

J’ai envie de laisser cette image de vous entrer lentement dans mes yeux.

J’ai envie de préserver longtemps cette image de vous, et de la propager partout où j’irai comme un ferment d’espoir.

Si vous saviez combien j’ai souvent crié d’indignation pour vous qui ne le pouviez pas.

Si vous saviez combien mes larmes m’ont souvent semblé impuissantes devant les grilles qui vous emprisonnaient.

Si vous saviez combien de fois j’ai imaginé la vie que vous meniez, chaque seconde de chaque jour, avec la peur au ventre, sous la terreur.

Le sort que l’on vous réservait était pour moi comme pour tant d’autres inacceptable.

Je suis ici pour vous le dire de vive voix.

Je suis née moi-même dans le pays le plus pauvre des Amériques, Haïti, où la violence et l’injustice étaient alors le lot quotidien.

Ma mère a quitté ce régime de terreur pour que ses filles puissent s’épanouir en toute liberté.

Nous avons trouvé au Canada un espace de liberté incomparable et je me suis fait un devoir de défendre cette liberté avec vigilance.

J’ai consacré plusieurs années de ma vie professionnelle à accompagner des femmes qui avaient subi plusieurs formes de violence, physique ou psychologique, sexuelle ou institutionnelle.

Je porte en moi les paroles de ces femmes brutalement mortes à elles-mêmes et qui, peu à peu, revenaient à la vie.

Ces paroles de courage me fortifient, dans les épreuves comme dans les beaux jours.

Je suis ici aujourd’hui pour entendre les vôtres.

Si vous saviez combien je suis convaincue que la participation des femmes à la vie de la cité et des villages est une garantie de progrès.

Et combien il m’importe que les femmes afghanes aient accès à la place qui leur revient dans les institutions de votre pays.

J’estime que le rôle que les femmes afghanes doivent jouer dans la reconstruction de l’Afghanistan est incontournable.

Nous sommes plusieurs à le penser, et à le dire à voix haute.

J’ai dit plus tôt au président Karzaï que les femmes ont toujours su combien la vie est précieuse, que leurs aspirations profitent à l’ensemble et que l’avenir de ce pays passe par elles.

Donnez du pouvoir aux femmes et vous verrez reculer la pauvreté, l’analphabétisme, la maladie et la violence.

Ce sont les femmes qui s’occupent en grande partie de la santé et de l’éducation des enfants.

Ce sont les femmes qui leur inculquent les valeurs de compassion et d’ouverture dans un monde où prévaut encore trop souvent l’instinct guerrier.

Tous les combats qu’ont menés les femmes, et qu’elles mènent encore, pour le respect de leurs droits sont, en soi, une affirmation de la dignité humaine.

S’en prendre à la dignité des femmes, c’est offenser la vie, c’est bafouer l’humanité.

Je sais, je sais que vous faites face à de dures réalités.

Je sais que de jeunes femmes trouvent dans le suicide la seule issue possible devant des situations intenables, au point de s’immoler par le feu.

Je sais que le taux d’analphabétisme des Afghanes est l’un des plus élevés au monde.

Je sais que moins de 10 p. 100 des Afghanes accouchent en présence d’une personne qualifiée, et que ces conditions précaires entraînent plus de la moitié des décès des Afghanes en âge de procréer.

Et la mère que je suis souffre d’apprendre que le taux de mortalité infantile en Afghanistan atteint près de 20 p. 100.

Voilà autant de raisons de saluer vos efforts et de se mobiliser en faveur des femmes afghanes, dans le respect de leurs besoins et de leurs aspirations.

Voilà aussi pourquoi j’ai été si heureuse, tout à l’heure de visiter, en compagnie de Son Excellence Husna Banu Ghazanfar, ministre des Affaires féminines, une école  financée par l’Agence canadienne de développement international, et dont l’objectif est d’offrir aux femmes afghanes des possibilités de formation, de façon à ce qu’elles aient les moyens de gagner dignement leur vie, de pourvoir aux besoins de leurs enfants et de contribuer à l’avancement de leurs communautés.

Je viens vous dire qu’il y a au Canada une vive volonté de s’assurer que la situation des femmes afghanes s’améliore et que leur voix se fasse entendre.

Voilà enfin, mes chères amies, pourquoi je ne pouvais souhaiter meilleure compagnie que la vôtre en cette Journée internationale de la femme.

J’avais décidé depuis longtemps que je viendrais chez vous en ce jour particulier pour rendre hommage à votre courage et à l’espoir que vous incarnez pour les vôtres et pour toutes les femmes du monde.

Voilà, mes sœurs afghanes, ce que je vois lorsque je vous regarde.

Sachez que vous avez devant vous une alliée.

M’accompagnent au long de ce périple, deux femmes exceptionnelles —  Madame June Webber, directrice de la Politique et du développement international pour l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, et Madame Francine Pelletier, une documentariste et féministe engagée — qui m’aideront à faire rayonner vos mots.

Et j'aimerais saluer les Canadiennes et les Canadiens qui apportent de l'espoir aux Afghanes.

Mais, j’ai assez parlé.

Car je préfère de beaucoup vous entendre.

Et permettons-nous, mesdames, en ce jour festif, de nous rappeler le proverbe tadjik selon lequel « le travail d’une femme vaut mieux que les discours de cent hommes ».